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Jean-François Hoarau : "Nous sommes l’université la moins bien dotée de France"

Ecrit par Thierry Lauret – le mardi 2 juin 2026 à 06H44
Le président de l'université de La Réunion Jean-François Hoarau.

Le président de l’Université de La Réunion tire la sonnette d‘alarme en évoquant un besoin urgent de financement de 12 millions d’euros afin de procéder à des travaux d’entretien et de réparation au sein de l’établissement. Selon lui, la dotation annuelle de l’État est inférieure de 20 millions d'euros par rapport à celle perçue par une université similaire de l’Hexagone.

Jean-François Hoarau, lors de sa récente visite à l'Université de La Réunion, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a annoncé une mission d'inspection générale (IGÉSR) dans votre établissement. Cette mission a-t-elle déjà débuté ?

Dès que nous sommes arrivés aux responsabilités, bien évidemment nous avions déjà constaté un certain nombre de dysfonctionnements. Et la première chose que nous avions demandée au ministère à l'époque, c'était de dépêcher une mission d'inspection sur les aspects RH et finances. Histoire d'avoir une idée très précise de la situation pour pouvoir, ensuite, décliner notre projet d'établissement sur une situation connue, stabilisée.

Cela nous a été assez longtemps refusé parce qu'il a fallu d'abord, je peux le comprendre, stabiliser des fonctions de DGS et de DRH, des fonctions qui étaient vacantes effectivement à l'époque. Donc il nous a fallu quelques mois pour recruter, en respectant le process administratif et juridique, les nouvelles personnes qui ont été affectées sur ces directions.

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Une fois que cela a été fait, nous avons reformulé ce vœu d’une mission d’inspection générale auprès du recteur Rostane Mehdi. Malheureusement, il est arrivé l'information sur la situation financière et le recteur nous a dit qu’il valait mieux, peut-être, stabiliser l'aspect financier, avant d'aller sur une mission d'inspection. Nous avons quand même insisté et le recteur nous a entendus.

Nous n'avons pas découvert cette décision de mission d’inspection générale, au contraire nous l'avons appuyée avec un très grand intérêt.

L’intérêt pour vous, c'est d'avoir un regard extérieur sur la situation de l’Université de La Réunion ?

Clairement. L'idée, c'est vraiment d'avoir une connaissance parfaite de la situation.

Nous rencontrons encore des difficultés sur le plan du fonctionnement RH et sur le plan financier, donc ce n'est pas un hasard si nous nous retrouvons aujourd'hui dans une situation qui n'avait pas été forcément anticipée. Ce fameux déficit de 6,3 millions d’euros constaté par le compte financier de l'exercice 2025, qui a été voté en mars 2026, j'insiste, c'est l'exercice qui avait été voté sous administration provisoire.

Le fait de constater quelque chose qui n'avait pas été prévu nécessite encore davantage un regard d'expert et un regard, disons indépendant, sur la situation de l'université aujourd'hui.

Nous allons stabiliser les objectifs et manifester un certain nombre de points sur lesquels nous souhaiterions que la mission se focalise. Je pense qu'il ne faudra pas s'attendre à une arrivée de la mission avant septembre ou octobre. Nous en avons besoin : même si nous avons déjà commencé à comprendre en partie la situation, je pense qu'il y a encore beaucoup à découvrir.

Sans attendre cette mission d’inspection, vous avez déjà commencé à travailler sur des réductions de dépenses et sur des suppressions de postes ?

Alors ce ne sont pas des suppressions de postes, mais des non-renouvellements de CDD. Des contrats à durée déterminée qui ne sont pas prévus pour durer éternellement. Nous avions effectivement déjà anticipé la nécessité de faire coïncider au plus proche les dépenses de masse salariale et les ressources dont nous disposons pour la financer.

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Parce que comme vous le savez, le compte financier a fait ressortir près de trois millions d'euros de masse salariale non financés sur ressources globalisées. L'idée, c'était de retrouver une cohérence à ce niveau-là.

Avant même d'avoir la situation exacte, nous avions déjà commencé à mettre en place un certain nombre de mesures que nous sommes en train de renforcer, bien évidemment.

Il se trouve que pour le bon fonctionnement des universités, pas seulement la vôtre, ces postes de contractuels sont régulièrement renouvelés, d'une manière ou d'une autre. Ces postes ne répondent-ils pas à un besoin ?

L’une des causes de la situation financière un peu compliquée dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, c'est justement cette dérive en matière de politique de contractualisation. Systématiquement, on renouvelait effectivement les contrats sans regarder les besoins, la capacité de financement. Nous avons repris cela en main. Je crois que nous sommes dans une situation aujourd'hui où nous devons tous être lucides.

Justement, le budget rectificatif qui va être présenté au recteur ces prochains jours, avec la note d'accompagnement des conditions de retour à l'équilibre que nous mettons en place, va traduire cette lucidité de notre côté.

Maintenant, ce que j'ai dit au ministre, c'est qu'il faut aussi que l'État soit lucide sur la situation et notamment sur le manque d'accompagnement en termes de dotation nationale par étudiants.

La Région évoque un manque à gagner d'environ 16 millions d'euros par an pour l'Université de La Réunion. Vous êtes d'accord sur cette évaluation ?

Nous avons un document, une étude nationale officielle (réalisée par Data sup recherche, Ndlr), qui montre très clairement que par rapport à la moyenne nationale, il nous manque 20 millions d'euros chaque année. Ce n'est pas du one-shot, c'est sur notre dotation nationale annuelle : il nous manque 20 millions d’euros pour que nous soyons au niveau de la moyenne nationale.

Si nous comparons ce qui est comparable, quand nous replaçons l'université dans sa catégorie, c'est-à-dire celle des universités avec un secteur santé de moins de 20.000 étudiants, nous sommes l'université la moins bien dotée de France.

C'est aussi un autre axe d'amélioration de la situation financière : convaincre le ministère qu'il n'y a pas simplement, probablement, une gestion un peu hasardeuse des postes de contractuels, mais qu'il y a aussi clairement un besoin de financement.

Depuis quelques années, il y a un certain nombre de mesures (revalorisation du point d’indice, avancée des carrières) qui ont été décidées au niveau national, qui s'appliquent aux universités et qui n'ont pas été compensées financièrement. Il n'y a pas de masse financière qui est transférée pour compenser ces mesures.

Entre les différentes sensibilités qui composent le CA de l'université, tout le monde est d'accord sur le fait que l'État doit accompagner davantage l'université.

Est-ce qu'un coefficient géographique, à l’image de ce qui existe au CHU, constituerait une avancée ?

Il existe actuellement une réflexion des Assises du financement des universités au niveau national. Nous avons fait parvenir une note et nous avons demandé la mise en place pour La Réunion d'un coefficient géographique, qui correspondrait à une sorte de coefficient de vie chère de 35%.

C'est extrêmement important. Nous ne sommes même pas sur la masse salariale, là nous sommes sur notre capacité à pouvoir réhabiliter nos infrastructures. C'est l'enjeu : nous avons un énorme problème pour maintenir en l'état nos bâtiments, tout simplement parce que nous n'avons pas l'argent pour le faire.

Nous n'avons jamais eu la masse financière pour nous permettre de relever ce défi de la maintenance. Et vous voyez, je ne jette même pas la pierre sur les mandatures d'avant. Je pense qu'elle n'avaient pas non plus les moyens de le faire avant. En fait, si nous ne faisons rien, dans deux ou trois ans nous fermerons le tiers de nos bâtiments.

Nous avons déjà commencé à fermer certaines salles qui ne sont plus utilisables aujourd'hui. Régulièrement, nous sommes amenés à en fermer d'autres, parce que la climatisation est en panne et parce que le système est vétuste. Nos services se débrouillent comme ils peuvent pour la remettre en route, mais pour l'instant cela revient à mettre un pansement sur une plaie béante. Mais cela ne va pas tenir bien longtemps.

Si nous ne faisons rien, nous fermerons le tiers de nos infrastructures. Et fermer des infrastructures, c'est fermer des formations.

Nous avons déjà travaillé, nous n’avons pas attendu, pour essayer de voir combien cela représenterait. Simplement pour mettre les bâtiments en conformité avec les mesures de sécurité, ce sont 12 millions qu'il faut être capable de dégager tout de suite. Si nous voulons tout refaire comme il faudrait que ce soit fait, c'est 25 millions d’euros.

« La seule solution que nous avons, c'est d'emprunter auprès de la Banque des Territoires »

Pour éviter cela, à l'horizon de 2 ans ou 3 ans, il faut être capable d'investir 12 millions d’euros dans la réhabilitation. Comment fait-on ? Vous connaissez la situation financière de l'université, aujourd'hui c'est impossible.

C'est là où le manque de dotation de l'État se fait le plus ressentir, finalement. C'est notre capacité à pouvoir investir dans la réhabilitation. La seule solution que nous avons, c'est d'emprunter auprès de la Banque des Territoires.

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Nous avons commencé à investiguer dans ce sens. Si on veut emprunter 12 millions d’euros, cela signifie un remboursement annuel de 1 million. Il faut que nous soyons capables d'augmenter nos recettes de fonctionnement de 1 million par an, pour pouvoir être crédibles et avoir les autorisations d'emprunter. Pour l'instant, c'est inimaginable.

Jean-François Hoarau, université

Donc nous avons vraiment besoin de cette réflexion territoriale, de cet accompagnement du territoire pour sortir de cette situation. Nous, nous allons faire notre part, nous allons faire le boulot sur la masse salariale, nous allons aussi faire le boulot sur les recettes propres, parce que nous avons quand même quelques pistes pour les augmenter.

Notamment, nous sommes déjà dans une démarche de fondation partenariale. Cela va mettre un peu de temps, mais nous allons associer le monde socio-économique à la réflexion du projet d'établissement.

L’université n’est pas une entreprise, de quels leviers disposez-vous pour engranger des recettes ?

Nous sommes en train de monter une cellule de financements internationaux qui va à la fois être performante sur la capacité à concevoir des projets, et sur la capacité à suivre et à faire rentrer l'argent associé à ces projets.

Nous construisons une politique avec les organismes nationaux de recherche (ONR), non seulement pour avoir plus de cohérence sur le plan scientifique, mais aussi pour mutualiser les moyens et être capables, ensuite, d'aller chasser en meute, comme on dit, sur la scène internationale. Il faut monter en capacité pour être compétitif sur la scène internationale et avec les ONR, nous pourrons effectivement être plus crédibles et plus performants pour aller capter ces gros projets européens et internationaux.

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Sur notre formation continue, nous sommes en train de revoir aussi tout le système. Je suis convaincu que nous perdons beaucoup d'argent sur la formation continue parce que nous ne tarifons pas au prix réel. Nous n'avons pas ce modèle de coût complet.

Votre projet de fondation est-il basé sur le même modèle que celui des universités de l’Hexagone ? Des entreprises vont la financer en échange de réduction d’impôts ?

Oui, c'est une forme de mécénat. Le monde socio-économique nous reproche d'avoir été un peu trop isolé pendant assez longtemps. Notre démarche depuis un an, c’est de discuter avec tout le monde. Nous avons rencontré beaucoup d'acteurs économiques qui n'attendent qu'une seule chose, c'est de travailler avec nous.

Nous avons déjà enclenché cette démarche, maintenant il faut la rendre opérationnelle.

La fondation, c'est, je pense, le meilleur outil institutionnel pour mettre en œuvre concrètement cette collaboration avec le monde socio-économique et culturel. Quand nous parlons de fondation partenariale, l'idée n'est pas simplement d'aller chercher des sous. L'idée, c'est aussi de bénéficier de l'expertise et de l'expérience des entreprises. Parce que nous ne préparons pas nos étudiants pour nous. Nous préparons nos étudiants pour qu'ils deviennent de futurs collaborateurs des entreprises.

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