Retrouvé après quatre mois de clandestinité à La Réunion, un déserteur de l’armée comorienne sera renvoyé aux Comores

Il faisait partie des sept militaires comoriens ayant faussé compagnie à leur délégation pendant l’exercice interarmées Papangue 2026. Interpellé près de quatre mois plus tard à La Réunion, le soldat demandait l’asile en affirmant craindre une « exécution extrajudiciaire » dans son pays. Le tribunal administratif a rejeté son recours contre son renvoi vers les Comores.
Près de quatre mois après sa disparition, l’un des militaires comoriens ayant déserté pendant l’exercice Papangue 2026 a été retrouvé à La Réunion. Dans un jugement rendu le 19 août, le tribunal administratif a rejeté son recours contre la décision préfectorale ordonnant son renvoi vers les Comores.
Né en 1997, le militaire était arrivé sur l’île le 22 mars avec un visa de court séjour. Il appartenait à la délégation comorienne venue participer à l’exercice interarmées Papangue 2026, organisé notamment par le 2e RPIMa de Saint-Pierre.
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Deux jours seulement après son arrivée, le 24 mars, il avait faussé compagnie à son unité. Au total, sept militaires comoriens avaient déserté leur délégation en plusieurs vagues entre la base aérienne 181 de Sainte-Marie et le site du 2e RPIMa à Pierrefonds.
À la fin du mois de mars, deux d’entre eux avaient été retrouvés. L’un avait été remis à son détachement, tandis que le second avait été placé en rétention administrative avant d’être expulsé vers son pays. Cinq soldats restaient alors recherchés.
Interpellé lors d’un contrôle d’identité
Le militaire concerné par la décision du tribunal faisait partie de ces cinq déserteurs encore dans la nature. Il a finalement été interpellé le 22 juillet à la suite d’un contrôle d’identité, après près de quatre mois passés clandestinement à La Réunion.
Placé en rétention administrative, il a déposé une demande d’asile le 24 juillet. Celle-ci a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 6 août. Une semaine plus tard, le préfet de La Réunion a décidé de le reconduire aux Comores.
Devant le tribunal administratif, le militaire demandait l’annulation de cette décision. À défaut, il souhaitait obtenir la suspension de son éloignement jusqu’à ce que la Cour nationale du droit d’asile se prononce sur son dossier.
Il craint une « exécution extrajudiciaire »
Pour expliquer sa désertion, le soldat affirme avoir voulu fuir les « exactions perpétrées par l’armée comorienne au sein de la population ». Il dit également craindre d’être victime d’une « exécution extrajudiciaire » s’il retourne dans son pays.
Le militaire évoque notamment le sort de deux anciens collègues. Le premier aurait été assassiné en septembre 2024, tandis que le second serait porté disparu. Il affirme par ailleurs connaître l’identité des auteurs du premier meurtre, une information qui pourrait, selon lui, mettre sa vie en danger.
Pour appuyer ses déclarations, il cite également les propos tenus dans la presse au début du mois d’avril par le directeur de cabinet du président comorien. Celui-ci avait annoncé que des « sanctions sévères » seraient prises contre les soldats impliqués dans ces désertions. Leur emprisonnement et leur radiation des rangs de l’armée avaient notamment été évoqués.
Des éléments jugés insuffisants
Le tribunal considère toutefois que la perspective de telles sanctions ne suffit pas à démontrer que le militaire serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants aux Comores.
La juridiction estime également que les rapports internationaux présentés par le requérant sont rédigés « en des termes très généraux » et ne se prononcent pas spécifiquement sur le sort des militaires déserteurs.
Concernant son ancien collègue tué en 2024, le tribunal relève que le soldat n’apporte aucune preuve de l’identité des auteurs ni du danger personnel que cette information lui ferait courir. Les magistrats soulignent également que le requérant est resté dans l’armée pendant plus de deux ans après avoir appris ces éléments.
Quant à l’autre militaire déserteur qui serait porté disparu, cette situation n’est pas suffisamment documentée pour établir que le requérant serait lui-même menacé.
Pour le tribunal, le soldat ne présente donc pas « d’éléments sérieux » justifiant son maintien à La Réunion pendant l’examen d’un éventuel recours devant la Cour nationale du droit d’asile. La juridiction note d’ailleurs qu’aucun recours devant la CNDA n’avait encore été déposé à la date du jugement.
Sa demande d’annulation et sa demande de suspension ont donc été rejetées. La décision préfectorale autorisant son renvoi vers les Comores demeure applicable. Le jugement ne précise pas si le militaire a, depuis, effectivement quitté La Réunion.


