Exercice Papangue 2026 : une démonstration de force et de coopération dans l’océan Indien

Du 23 au 26 mars 2026, La Réunion accueille l’exercice interarmées et interalliés Papangue 2026. Près de 2.000 militaires sont mobilisés pour renforcer la capacité de réaction face aux crises majeures, dans un contexte régional et international de plus en plus tendu.
Organisé tous les deux ans, l’exercice Papangue constitue un rendez-vous stratégique pour les forces armées de la région. Il vise à entretenir et renforcer les capacités de réaction face aux catastrophes naturelles, aux crises sécuritaires ou encore aux menaces liées aux trafics maritimes.
Une manœuvre régionale d’ampleur
Ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la coopération entre les pays membres de la Commission de l’océan Indien — Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles et France — et représente son volet militaire. L’édition 2026 est coorganisée par la France et Madagascar.
Une conférence de presse s’est tenue à bord du bâtiment amphibie Dixmude, actuellement engagé dans la zone dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc. L’occasion pour plusieurs responsables militaires de souligner l’importance de cette coopération régionale.
« Nos hommes sont fiers d’être aux côtés de nos frères d’armes de la zone. Les enjeux sont à la fois techniques et humains », souligne le capitaine Mourad Ali, des forces armées comoriennes. « La sécurité de notre zone géographique repose sur la confiance mutuelle. » Même constat du côté des Seychelles. « Cet exercice est une opportunité pour ajuster nos capacités dans les domaines aérien, terrestre et maritime », explique le capitaine Loizeau, évoquant également les sauts opérationnels réalisés durant la manœuvre.
Au-delà des aspects techniques, l’esprit de coopération est au cœur de l’exercice. « L’océan Indien ne nous éloigne pas, il nous relie », insiste le lieutenant Thomas, de la police mauricienne. « L’interopérabilité, ce n’est pas seulement faire fonctionner nos radios ensemble, cela passe aussi par le cœur et une volonté commune. »
Sur le plan opérationnel, les échanges sont également concrets. Le lieutenant Rakotoson, chef de section au 1er bataillon parachutiste malgache, met en avant les bénéfices directs : « Nous avons pu renforcer nos capacités grâce au 2e RPIMa et découvrir le matériel français. » Une coopération qui a notamment permis la création d’une section franco-malgache.
Pour les forces françaises, cet exercice est aussi un test grandeur nature. « Nous démontrons notre capacité à agir ensemble, aussi bien en cas de crise que de catastrophe naturelle », rappelle le colonel Renaud Voyer, chef de corps du 5e régiment étranger.
Le Dixmude au centre du dispositif
Le rôle du Dixmude est également central dans cette manœuvre. Son commandant, le capitaine de vaisseau Jocelyn Delrieu, souligne l’importance de la mission Jeanne d’Arc : « Elle permet à 160 jeunes officiers de gagner en expérience et d’appréhender les enjeux complexes de la zone. » Le bâtiment a notamment assuré le transport des troupes et du matériel entre mer et terre.
Mais c’est surtout dans la vision d’ensemble portée par le commandant supérieur des FAZSOI que se dessine la portée stratégique de l’exercice. Pour le général de division Jean de Monicault, Papangue dépasse largement le cadre d’une simple manœuvre ponctuelle.
« Ce n’est qu’une étape de cet exercice annuel, qui intervient après l’exercice Tulipe, à Madagascar, en présence de chefs d’État », rappelle-t-il, inscrivant Papangue dans un cycle d’entraînement régional structuré. Il insiste également sur l’apport de la mission Jeanne d’Arc : « C’est une chance de l’avoir parmi nous, cela renforce concrètement notre interopérabilité. »

Dans un contexte international qu’il qualifie de « particulier », le COMSUP FAZSOI souligne une évolution des rapports de force mondiaux. « Nous vivons un moment où l’expression de la puissance passe désormais par la force pour un certain nombre d’acteurs », explique-t-il, en référence notamment aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.
Face à cette réalité, la coopération régionale apparaît comme une nécessité stratégique. « Papangue n’est pas un événement isolé, au contraire, il s’inscrit dans la durée. C’est ensemble que nous allons devoir affronter ces enjeux », affirme-t-il, mettant en avant la montée en puissance des partenariats militaires dans la zone.
Quelques sourires crispés chez les gradés français
Avec près de 2.000 militaires engagés, l’exercice permet selon lui de démontrer concrètement les capacités des forces conjointes : « Nos forces ont des capacités, et nous devons les montrer. » Un message qui se veut aussi dissuasif que rassurant pour les populations. En filigrane, une priorité demeure : la protection des territoires et des citoyens. « Notre responsabilité, c’est de protéger nos concitoyens face aux dangers du monde », conclut le général.
Quelques sourires crispés chez les gradés français lorsqu'une question est posé au général Démosthène Pikulas, chef d'Etat major des armées malgaches quand est évoquée la présence de soldats russes sur la Grande Île. « Ce n'est pas question de travailler ou pas avec les Russes. Mais plutôt dans quel domaine on travaille ou pas avec les Russes. Nous collaborons avec tout le monde, et d'ailleurs les Russes sont présents à Madagascar depuis 1975. Principalement dans le cadre d'approvisionnement en armement, comme d'ailleurs nous nous approvisionnons chez les Chinois et chez les Français», répond le militaire malgache. « On est à l'aise, aucun problème », tente le CEMA de Madagascar dans un éclat de rire.


