Prostitution à La Réunion : entre loi répressive et réalité de terrain

Si la prostitution est légale en France, le proxénétisme, lui, est interdit. Sur notre île, des quartiers comme Saint-Jacques à Saint-Denis ou Pierrefonds à Saint-Pierre sont réputés pour être des lieux de « passes ». La législation ne condamne pas la pratique et vise les proxénètes.
Ce mardi 5 août, les forces de l’ordre, la mairie et les partenaires sociaux ont ouvert un GPO à Saint-Jacques, un groupe de partenariat opérationnel. Outre la délinquance et la hausse du sentiment d’insécurité, un problème gangrène le quartier de Saint-Jacques : le proxénétisme.
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C’est l’un des quartiers connus à La Réunion où des prostituées vendent leurs services. Or, si la prostitution est légale en France, le fait de payer une personne contre un acte sexuel est punissable pour le client. Pire, le proxénétisme, acte de tirer profit de la prostitution d’autrui, constitue un crime.
« C’est une situation qui n’est pas simple pour la police nationale. La loi prévoit de poursuivre les clients et les proxénètes […] On va travailler là-dessus également parce que c’est une nécessité absolue », explique le Major Jean-François Lebian.
Toute la difficulté pour lutter contre le proxénétisme est d’identifier et de remonter jusqu’au « mac », comme on l’appelle dans le jargon.
Le proxénétisme, un fléau à La Réunion
« Il faut quand même le dire : parfois, derrière ces personnes-là [les prostituées], ce sont des gens qui travaillent pour nourrir une famille », rappelle le Major de police, faisant référence au travail complexe de la lutte contre le proxénétisme.
Car, quand on parle de travailleuses du sexe, il faut distinguer deux catégories : les travailleuses en elles-mêmes et la traite d’êtres humains. Certain(e)s sont contraint(e)s à exercer ce métier et sont souvent rattaché(e)s à un mac. Originaires de Madagascar ou encore de Maurice, ce n’est pas fréquemment par choix qu’elles l’exercent, et souvent, une tête de réseau profite de leur détresse pour gagner de l’argent.
Plusieurs affaires ont fait écho à du proxénétisme à La Réunion : l’une des plus récentes est celle d’un homme de 70 ans, condamné par le tribunal de Saint-Pierre. Il était soupçonné d’avoir construit plusieurs cabanes dans un haut lieu de la prostitution du sud. Grâce à l’enquête des forces de l’ordre, ils ont pu remonter la piste et confirmer les faits de proxénétisme.
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Début février, l’État a présenté un dispositif visant à accompagner les personnes se prostituant à sortir de cette voie. 119 associations sont agréées en France. Un appel à projet de 3,4 millions d’euros a par ailleurs été lancé en début d’année par la préfecture de La Réunion pour soutenir l’action des acteurs de terrain.
Faut-il changer la législation ?
Comme indiqué plus haut, la France a changé sa loi autour de la prostitution en 2016. En Europe, les pays abordent la question du proxénétisme et de la prostitution de bien des manières différentes.
Si notre pays a suivi la méthode suédoise, en condamnant les clients, d’autres pays se calquent sur ce modèle, comme l’Espagne, où le racolage est interdit. La Roumanie, elle, interdit complètement la prostitution.
D’autres, au contraire, ont pris le contre-pied de la France. L’Allemagne autorise cette pratique, en offrant un cadre légal et une sécurité pour les pratiquants et les pratiquantes. Adoptée en 2002, elle constitue un levier actif pour lutter plus efficacement contre la traite humaine même si le modèle allemand est contesté par les conservateurs du pays outre-Rhin. Mais celles et ceux qu’on appelle aujourd’hui les travailleurs du sexe revendiquent la garantie de pouvoir travailler librement, pour eux-mêmes.
En France, le combat est porté par plusieurs associations, comme le Strass, le syndicat du Travail Sexuel. Changer la législation permettrait ainsi de mieux protéger ce milieu, contre les violences notamment. Comme le déclarait en fin d’année dernière Paola Gioia Macioti de la plateforme Jasmine* : « La hausse des violences est directement liée aux lois répressives qui ont augmenté la précarité des travailleuses du sexe, sans changer les conditions matérielles qui poussent les gens à faire ce travail pour subvenir à leurs besoins ».
*Plateforme pour alerter sur des agressions commises faites contre les travailleur(euse)s du sexe.


