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"La loi ! La loi !... Zot i conné rien qu’la loi. Et moin alorss’, moin c’est d’la merde, moin ?" (sic)

Correctionnelle Sud - Mardi 21-03-2017
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 22 mars 2017 à 16H58

La plus belle stupidité que l’on ait pu entendre quant à notre arsenal législatif, est bien que " nul n’est censé ignorer la loi ! " Pourquoi ? Parce qu’avec des dizaines de Codes et des dizaines de milliers de lois, personne ne peut y prétendre. C’est l’inflation. Ainsi, notre Code du Travail comporte près de 4 000 pages. En Allemagne, il n’en a que 50. Le travail ne fonctionne pas plus mal outre-Rhin.

Le martyre d’une vieille maman

Même les spécialistes que sont les avocats admettent qu’il leur est impossible de tout savoir. Alors, pensez, quand il s’agit de gens qui ne pensent jamais en termes d’altérité et qui, pour tout arranger, ont le cerveau un peu faible (inside understatement !) et n’ont reçu que le minimum de connaissances…

Mélanie, 72 ans, de quelque part dans l’intérieur du pays yab, est malade du cœur et prend des traitements quotidiens. Mélanie est en butte aux agissements de son fils, Josimé, la cinquantaine, un peu faible d’esprit mais violent quand il picole. Ce qui lui arrive encore souvent.

Bien sûr, Josimé ne travaille pas et touche un RSA qu’il dilapide très vite en substances diverses, liquides ou non. Quand il se retrouve fauché, vers le 10 du mois, il tente de piquer le maigre revenu vieillesse de sa maman. Et lorsque la pauvre dame ne peut satisfaire ses caprices, il la menace, l’insulte, l’injurie en des termes qu’on ne peut rapporter tant ils heurtent la sensibilité. Il y ajoute des menaces de mort, ce qui a poussé la vieille maman à enfin porter plainte contre son triste rejeton. Car il y a des années que ça dure.

" Moin na minm point d’fisil ! "

Dégingandé, mal fagoté, sale à l’audience, Josimé montre bien qu’il se fout du tiers comme du quart et s’en prend à tout le monde, interrompt la présidente Peinaud, toise le procureur Bernard, contemple sa mère l’air mauvais…

Bref, il n’a rien à faire en cette enceinte et ne comprend même pas les mots qu’on lui adresse. A-t-il menacé de tuer sa maman à coups de fusil ?

" Moin n’a point d’fisil, comment ma tueu à elle ? "

La présidente lui explique que les menaces constituent l’infraction, il s’en tient à sa position… intenable.

Un soutien inattendu lui vient du public : sa sœur, La Marie, qui n’a rien contre sa maman, tient quand même à soutenir son sinistre frère :

" Boug’-là i viv sans lestrécité. Laisse à li ! " On ne voit pas trop le rapport.

Très calmement, la présidente Peinaud lui explique qu’elle n’a pas la parole, ce qui revient à souffler dans une contrebasse.

Un vieil habitué des tribunaux

Lolita, jeune et jolie brunette de 20 ans, sa fille, tente bien de calmer La Marie, en vain.

Josimé a un casier judiciaire plus long qu’un discours de Jean-Paul Virapoullé, a déjà fait pas mal de séjours à l’ombre et n’a plus aucun sursis, tous étant tombés les uns après les autres comme des dominos.

Contre cet accusé qui ne comprend pas que la loi puisse lui reprocher les menaces de mort envers celle qui l’a mis au monde, le procureur demande 8 mois avec sursis et, en compensation, un TIG de 120 heures. Plus l’interdiction de s’approcher de sa maman. Cette dernière n’a pas réclamé de dommages-intérêts, juste de pouvoir enfin vivre en paix le reste de ses jours.

Là, on a droit à deux sortes de réaction assez inattendues mais qui prouvent bien le litige sérieux entre justice et justiciables.

La Marie éclate en sanglots et, presque à genoux, séchant gauchement ses larmes, supplie que l’on n’envoie pas son frère en prison. Il faut que sa propre fille, la tête sur les épaules, vienne la calmer. Tu parles !

" Moin la pas fait à ou rien moin ! "

La Marie se lève en furie, sort de la salle au galop, éructant des injures à l’adresse d’on-ne-sait qui.

Josimé, lui, qui a tout compris également, dresse un bras furibard à l’intention du procureur :

" A  koz ou en veut d’moin ? Moin la pas fait à ou rien, moin… " J’t’explique pas la tête du Proc’.

Josimé finira par retrouver un semblant de calme après les explications de la présidente Peinaud : " Vous n’irez pas en prison si vous effectuez ce travail d’intérêt général et si vous ne vous approchez plus de votre mère. Compris ? "

Oui, il affirme avoir compris en opinant cinquante fois… jusqu’à ce on l’entende marmonner :

" La loi ! Zot i connaît rien qu’ la loi. Et moin ? Moin c’est d’la merde, moin ? " (sic !)

Si Diderot ou d’Alembert étaient là, je leur suggèrerais volontiers de réécrire leur Encyclopédie, censée mettre la connaissance à la portée de tous. Mais faudrait qu’ils insistent sur l’aspect législatif de la vie en société !

 

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