Vols de véhicules: Une "PME criminelle" démantelée

"Nous avions observé l’augmentation des vols de véhicules depuis quelques mois sur la Réunion et nous avons mené une réflexion avec le colonel de Gendarmerie sur l’apparition d’une bande organisée" explique le magistrat. Sur cette base, les services spécialisés de la Gendarmerie de la Réunion ont entamé un travail de longue haleine au début de l’année 2016.
Les voleurs utilisaient un boîtier électronique
"À ce jour, au moins une trentaine de vols ont été reliés entre eux, mais nous arriverons sûrement à une cinquantaine" estime Eric Tuffery. Les véhicules étaient soit démontés pour la revente de pièces détachées, soit modifiés pour servir à la pousse. Un grand nombre de motos a été envoyé à Madagascar pour la revente.
L’équipe, organisée envoyait quelques individus en repérage. Ensuite, les voleurs utilisaient un boîtier électronique afin de démarrer les voitures. Jusqu’à cinq véhicules pouvaient être ainsi dérobés en une seule nuit. Une fois volées, les voitures étaient, soit démontées dans un garage de fortune, soit maquillées.
"Chacun avait un rôle défini. Certains s’occupaient de louer les fourgons pour transporter les motos volées, d’autres servaient de chauffeur, ou étaient spécialisés dans le démontage de motos ou de voitures ou encore dans le remontage mécanique. Certains accompagnaient pour faire le guet et aidaient à charger. La répartition était bien établie entre eux" estime Bérangère Prud’homme
Seat Ibiza, Peugeot 306, et grosses cylindrées
Les véhicules principalement visés par les malfaiteurs étaient des voitures moyennes dont les pièces détachées ont une valeur sur le marché parallèle, de type Seat Ibiza, Peugeot 306 ou 308 et des motos grosses cylindrées de type KTM ou Triumph. "Ce trafic a généré au profit des auteurs des rentrées illicites de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros" estime le Procureur.
Une cellule d’enquête a été mise en place au mois de septembre, travaillant spécifiquement sur cette équipe, avec l’intervention de deux analystes criminels. "Un dizaine d’individus ont été identifiés comme ayant participé à de nombreux faits. Le juge des libertés et des détentions a autorisé des mises sous écoutes téléphoniques. Des rapprochements ont été effectués sur des empreintes génétiques ou digitales retrouvées sur les véhicules" souligne Bérangère Prud’homme le Procureur Adjoint.
"Au début, les vols ont été traités au cas par cas au sein des brigades. Nous avons alors décidé d’associer nos efforts et cela a été le point de départ de l’efficacité de ce dossier, vu le volume atypique des faits. Nous avons engagé 70 militaires dès le début de la semaine pour mener à bien les interpellations" précise le Colonel Luc Auffret, Commandant de la Gendarmerie de la Réunion.
D'un casier judiciaire vierge à la bande organisée
Quatre des cinq auteurs déférés ont une vingtaine d’années et l’un une trentaine d’années. Ils n’étaient pas connus de la justice, passant donc rapidement à une délinquance très organisée. Les garde à vue ont démarré mardi matin dernier, avec l’audition d’une dizaine de personnes et qui ont reconnu leur implication.
Toutes les personnes impliquées sont issues du même quartier de l’Ouest. Les vols ont débuté à Saint-Paul et à Saint-Gilles mais le rayon d’action de la bande allait de Saint-Denis à Saint-Joseph.
Le juge d’instruction a été saisi pour des faits de "vol en bande organisé et destruction en bande organisée" et les auteurs encourent jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. La suite de l’enquête menée par le juge d’instruction devrait mener à une commission rogatoire afin de demander la collaboration des autorités malgaches.


