Le prévenu ne comparaît pas… parce que décédé hier !

Navrante histoire de deux frères, alors âgés de la trentaine, habitant la même case, partageant le même amour immodéré du rhum-charrette. Ils s’aimaient en "période sèche" et se détestaient farouchement après boire, autrement dit l’essentiel de leur sainte journée.
Tous deux avaient maintes fois comparu en correctionnelle, tour à tour plaignant et accusé, quand ce n’était pas les deux à la fois.
Le 11 mai 2012 éclate l’ultime confrontation. Qui a commencé, qui a fini ? On ne sait pas, on ne sait plus.
L’un des frères, qui devait comparaître ce matin, a d’abord été accusé du meurtre de son cadet. Selon les données de l’enquête de gendarmerie, "un tabassage en règle" à coups de poing et de couteau. Mais il s’avèrera que les coups n’étaient aucunement mortels.
Il reste l’histoire de la marmite, en réalité un panier à cuisson vapeur dont il aurait coiffé la tête de son frère avant de l’assaisonner de coups. Là encore, rien de probant. Si bien que l’accusation de meurtre sera requalifiée en coups mortels puis en violences volontaires. Ces coups ont-ils provoqué la mort du frère cadet ? Rien n’est moins sûr. L’affaiblissement d’un corps, déjà fragilisé par l’alcool à haute dose et à répétition, plane sur toute cette affaire.
Cet homme devait donc comparaître ce matin au tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Mais on apprenait en début d’audience qu’il était décédé la nuit dernière, probablement d’une cirrhose foudroyante, combinée à l’abus de médocs dont était aussi coutumier son frère. Le décès de l’accusé met fin à l’action publique.
Souhaitons à ces deux-là de se retrouver sous des cieux moins embrumés, pour s’aimer enfin comme deux frères le méritent.


