105 heures de travail d’intérêt général… parce qu’elle aime un voyou

Lui, c’est Jean, la trentaine bien tassée et un CV judiciaire qui se pose là : 15 condamnations déjà, essentiellement pour des vols avec toutes sortes de circonstances plus ou moins aggravantes.
Elle, Marie, malgré un effort certain de coquetterie (coquetterie de pauvre…) porte mal ses 25 ans et affiche les reliefs de trois grossesses successives autant que non désirées.
"Où ma tir l’argent ?"
Ce qu’on leur reproche ? Le 8 mars dernier, rue de Cayenne, Saint-Pierre, Marie a fait "passer" 35 grammes de zamal à Jean, encabané une fois de plus. A lui, on reproche logiquement la possession de zamal dans l’enceinte de la prison, possession aussi interdite que celle de téléphone et objets contondants. Les autorités pénitentiaires ont déjà donné à Jean 3 mois d’isolement pour ça.
Marie, pour seule défense, dit que ce zamal lui a été remis par un pote de Jean. Malgré les différentes accusations pleuvant sur ses frêles épaules, elle n’en démord pas :
"Moin na point d’l’argent, mi travaille pas, moin la jamais travaillé. Où ma tir’ d’largent ? Déjà que moin na point pou récupère mes enfants…"
Car les trois enfants du couple, souffrant du syndrome d’alcoolisation fœtale, ont été mis en famille. Alors qu’il n’a jamais été dit nulle part que Marie s’en fût mal occupée. Mais c’est ainsi.
Marie a du mal à comprendre ce qu’elle fait dans une enceinte de justice. Elle a du mal à comprendre bien des choses du reste.
"Nout’ ti paradis" ? Pffff !
Le vice-procureur Pierre Bernard dira humainement "qu’il y a des liaisons qui coûtent cher".
Encore plus qu’on ne le pense, sans doute. Car Jean, qui ne sait rien faire d’autre que voler et "passe plus de temps dedans que dehors", n’est sans doute pas aussi mauvais qu’il y paraît.
Il faut lui rendre ceci qu’il est le seul être humain de "nout’ ti paradis" à s’occuper vraiment de Marie, délaissée depuis longtemps ! Peut-on reprocher à celle-ci de s’accrocher comme carapate au seul homme lui témoignant une réelle affection ?
Cela se voit et s’entend même à la barre. Lorsque la présidente Dinot lui donne la parole, Marie reste coite.
"Est-ce que mi peux répond’ pou elle ?" demande-t-il avec un regard affectueux envers celle qui est sa compagne. Permission refusée.
En fin de compte, Marie finira par expliquer pourquoi elle ne peut avoir acheté le zamal, faute de moyens. Oui, elle le lui a transmis, mais c’est tout. Et la preuve du contraire n’a jamais été fournie. Mais reste la fourniture de zam’ à un détenu.
"Sentiment sans frontières"
Compréhensif, le tribunal ne s’est pas acharné sur ces deux laissés-pour-compte : 2 mois fermes pour Jean, 105 heures de TIG pour Marie.
"Moin la jamais travaillé mais ma essayé", promet-elle à ses juges. Ce n’est pas le genre d’histoire que l’on aime entendre. Je la raconte juste "pour faire et valoir ce que de droit", selon la formule consacrée. On ne sait jamais.
Cela prouve juste que "quand ou néna la chiasse, ou peu fé sak ou veu !" Mais aussi que le sentiment profond, sincère, s’insinue dans des âmes insoupçonnées à qui il ne reste en fin de compte rien d’autre. On a envie d’ajouter "heureusement, en fin de compte !"
Alors, Marie et Jean vont continuer de s’aimer, à travers les barreaux d’une prison, en attendant que quelque fée Clochette…
Coup de blues, les enfants.


