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Vidéo - Crise canne : "Les élus régionaux ont un plus grand rôle à jouer que ce qu'ils donnent à voir"

À l'heure où la filière canne est dans le flou le plus total concernant les négociations autour de la future convention 2022-2027, le parti Croire et Oser faisait un point ce mercredi à sa permanence. L'occasion pour les membres du PCO, qui apportent leur "soutien indéfectible à l'intersyndicale ", de remettre aussi bien les autorités compétentes que les industriels à leur place concernant le blocage en cours. "Les planteurs lé coincé entre le marteau et l'enclume : d'un côté zot y essaye de négocier une revalorisation du prix de revente de la canne à l'industriel sucrier Tereos et de l'autre côté, zot y essaye de renégocier le prix de revente de la bagasse avec Albioma", relève Louis Laï Kane Cheong, responsable du comité administratif de Croire et Oser.
Ecrit par Samuel Irlepenne – le mercredi 29 juin 2022 à 15H04

Un "paradoxe" pour ce dernier car une canne riche en fibre "est aussi synonyme d'une richesse moindre en sucre".

S'il salue la mobilisation des planteurs devant la préfecture, il appelle ces derniers à demander également des comptes au Conseil régional. Il s'en explique. "Aujourd'hui, les discussions tournent beaucoup autour de l'énergie et doivent être conformes au Plan pluriannuel de l'énergie (PPE), adopté par le conseil régional. Les élus régionaux ont un plus grand rôle à jouer que ce qu'ils donnent à voir pour consacrer les revendications que les planteurs essaient d'obtenir par la négociation. Notamment l'instauration d'un prix-plancher, la revalorisation du prix de la canne et de la bagasse, la requalification de cette dernière comme étant un produit dérivé et non plus un déchet".

Louis Laï Kane Cheong s'interroge également sur l'éclatement des compétences entre le Département et la Région en matière agricole. "Nous avons d'un côté un Département qui s'occupe de gérer qu'une partie du problème et la Région qui a la charge d'une autre partie du problème et les deux n'arrivent pas à s'entendre ou plutôt, feignent de ne pas s'entendre".

Communiqué de Croire et Oser sur les négociations autour de la convention canne 2022-2027 :

À l'heure où la filière canne est dans le flou le plus total concernant les négociations autour de la future convention 2022-2027, le parti Croire et Oser faisait un point ce mercredi à sa permanence. L'occasion pour les membres du PCO, qui apportent leur "soutien indéfectible à l'intersyndicale ", de remettre aussi bien les autorités compétentes que les industriels à leur place concernant le blocage en cours. "Les planteurs lé coincé entre le marteau et l'enclume : d'un côté zot y essaye de négocier une revalorisation du prix de revente de la canne à l'industriel sucrier Tereos et de l'autre côté, zot y essaye de renégocier le prix de revente de la bagasse avec Albioma", relève Louis Laï Kane Cheong, responsable du comité administratif de Croire et Oser.

Un "paradoxe" pour ce dernier car une canne riche en fibre "est aussi synonyme d'une richesse moindre en sucre". S'il salue la mobilisation des planteurs devant la préfecture, il appelle ces derniers à demander également des comptes au conseil régional. Il s'en explique. "Aujourd'hui, les discussions tournent beaucoup autour de l'énergie et doivent être conformes au Plan pluriannuel de l'énergie (PPE), adopté par le conseil régional. Les élus régionaux ont beaucoup plus de rôle à jouer que ce qu'ils donnent à voir pour consacrer les revendications que les planteurs essaient d'obtenir par la négociation. Notamment l'instauration d'un prix-plancher, la revalorisation du prix de la canne et de la bagasse, la requalification de cette dernière comme étant un produit dérivé et non plus un déchet".

Louis Laï kane Cheong s'interroge également sur l'éclatement des compétences entre le Département et la Région en matière agricole. "Nous avons d'un côté un Département qui s'occupe de gérer qu'une partie du problème et la Région qui a la charge d'une autre partie du problème et les deux n'arrivent pas à s'entendre ou plutôt, feignent de ne pas s'entendre".

Depuis 2017, nous suivons les questions de la convention canne, et plus généralement celles de l’énergie.
Ces dernières semaines, l’intersyndicale des planteurs (CGPER, JA, FDSEA, UPNA) s’est mobilisée pour forcer la négociation autour de la convention canne, sucre, rhum et énergie.

Pour rappel, la convention canne avait été instaurée dès 2017 pour compenser la disparition des quotas sucriers. Cette dernière est censée arrêter les modalités de détermination du prix de la canne, de la mélasse ainsi que de la bagasse, que les planteurs revendent à TEREOS s’agissant de la canne à 40,07 € la tonne (dont 22 € sont financés par l’Etat) pour une richesse de 13,8 % (taux de sucre présent dans la canne à sucre), et à ALBIOMA à 14,5 € la tonne dont 13,5 € reviennent au planteur et le reste à l’industriel sucrier.

Derrière ces négociations qui visent à assurer aux planteurs, des conditions de revenus dignes, se cachent en réalité, des problématiques liées au prix de l’énergie et de l’électricité qui intéressent tout usager.

Concrètement, se joue avec la convention canne 2022-2027, dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le prix de la facture d’électricité que les consommateurs paieront dans les années à venir à EDF.

Pour quelles raisons ?

Actuellement, ALBIOMA rachète la bagasse pour produire de l’électricité qu’elle revend à EDF au prix de 180 € MwH, sans débourser le moindre euro, dans la mesure où ALBIOMA, pourtant entreprise privée soumise de plein droit aux règles de la concurrence, bénéficie de larges subventions publiques pour racheter la bagasse aux planteurs ; bagasse qu’ALBIOMA revend à EDF en faisant nécessairement une marge.

Les planteurs demandent notamment à ce que le prix de rachat de la bagasse soit revalorisé ; ce à quoi ALBIOMA répond par le renvoi de responsabilité à TEREOS, en demandant aux planteurs de négocier avec ce dernier pour une augmentation du point de fibre d’au minimum 20 % (le point de fibre étant la mesure de l’électricité pouvant être retirée par la combustion de la bagasse).

Il est donc à comprendre que plus le point de fibre augmente, plus le taux de sucre présent dans la canne et revenant au sucrier (TEREOS) diminue.

Or, TEREOS rétorque qu’une augmentation du point de fibre de 20 % lui serait préjudiciable, parce qu’elle n’est pas en capacité de broyer le supplément. En réalité, il n’est pas intéressant pour TEREOS de racheter une canne dont le point de fibre est passé de 15 à 20 %, pour la simple et bonne raison que le taux de sucre à en retirer aura mécaniquement diminué.

Parallèlement, l’autre revendication des planteurs selon laquelle, le prix de la canne revendue à TEREOS pour le sucre devrait être revalorisé, notamment avec la fixation d’un prix plancher, se heurte à un refus catégorique du sucrier.
A ces négociations complexes où tout le monde se renvoie la balle, il faut ajouter, pour être parfaitement transparent, les modalités de paiement des planteurs : ces derniers sont payés par acompte en ramenant leur production et par avance de l’engrais (intrants) nécessaire à la production de cannes à sucre, vendu par une seule coopérative à la Réunion dans laquelle, TEREOS détient la majorité du capital.

Or, en fin de campagne sucrière, le sucrier (TEREOS) estime unilatéralement, le taux de richesse (de sucre) dans les cannes apportées par les planteurs, pour rectifier l’acompte et les avances concédés aux planteurs, de sorte que souvent pour ne pas dire toujours, en fin de campagne sucrière, les planteurs sont endettés auprès de TEREOS.

En conclusion, les négociations sont bloquées en raison de l’inertie et de la mauvaise foi des industriels, au détriment des intérêts des usagers pour lesquels, la facture de l’électricité va considérablement augmenter.

Parce que, si la focale médiatique se concentre sur les revendications des planteurs, il reste à savoir que ces négociations constituent également l’occasion pour les industriels (TEREOS et ALBIOMA), de renégocier la participation de l’Etat pour compenser notamment, sur fond de guerre en Ukraine, le prix des intrants (engrais), et le prix des bois de pellet qu’ALBIOMA importera du Canada et des Etats-Unis pour faire tourner leurs chaudières.
ALBIOMA, récemment racheté par des fonds d’investissement Américains, nécessairement guidée par une logique de profit, entend déjà répercuter l’augmentation par trois du prix des intrants et du prix des bois de pellet, sur la revente du MwH à EDF.

Or, si le prix du MwH que rachète EDF augmente, il découle d’une logique implacable qu’EDF répercutera cette hausse sur le prix de la facture d’électricité que les usagers paieront in fine.

Depuis 2017 que nous alertons sur la confiscation, par des instruments étrangers et par la mainmise des monopoles sur nos outils d’émancipation économique, il devient urgent de s’asseoir autour de la table de négociations, afin de réunir les industriels, les syndicats de planteurs, l’Etat et les politiques locales, pour notamment :

Nos propositions :

1°/ Réviser la PPE pour d’une part, revaloriser le prix de la bagasse et pour ne plus la considérer comme un déchet afin d’en augmenter mécaniquement le prix de revient, et d’autre part, fixer un prix plancher à la canne afin de contourner l’inertie et la mauvaise foi de l’industriel sucrier ;
2°/ Discuter avec les syndicats de traitement des déchets (SYDNE et ILEVA) pour renégocier la composition du débouché économique du combustible solide de récupération (CSR) en intégrant la bagasse ;
3°/ Une potentielle taxation, sans répercussion sur la facture d’électricité usagers, des bois de pellet importés depuis l’étranger (Canada, Etats-Unis, etc).

Nous saisissons également cette occasion pour interpeller les députés de la Réunion, fraîchement élus, sur la nécessité de saisir l’opportunité de leurs fonctions pour :

* Demander une mission de contrôle sur la gestion des fonds publics à la Réunion en rapport avec son développement énergétique et agricole ;
* Proposer une loi visant à modifier la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, afin d’intégrer des garde-fous législatifs dans la PPE de la Réunion auxquels, le Conseil régional ne pourra y déroger, notamment l’instauration d’un prix plancher de la canne et de la bagasse, la requalification de la bagasse en produit et non en déchet, et l’obligation d’une révision annuelle de la formule de richesse qui devra en outre être rendue publique.

Nous rappelons également aux manifestants qu’outre le square de Labourdonnais, le parvis du Conseil Régional de la Réunion devrait être envisagé, dans la mesure où la PPE Réunion, document éminemment stratégique dans la négociation de la convention canne, n’a toujours pas fait l’objet d’une adoption définitive et que les points de blocage précités peuvent trouver une issue par la voie régionale. L’on comprend mieux le silence de la Région et des élus régionaux dans ce dossier, qui ont tout intérêt à laisser croire que la responsabilité incombe à l’Etat et aux industriels... Nous appelons en conséquence à une table ronde à laquelle Croire et Oser entend participer en tant qu’élu local, pour aplanir ces problématiques qui intéressent à la fois la population réunionnaise, et l’avenir de l’île en matière énergétique et agricole, afin de réunir toutes les autorités ayant leur partition à jouer (élus régionaux, services déconcentrés de l’Etat, industriels sucriers et énergétiques, syndicats des planteurs et députés).

"Lespri lé ankor la"
Domin po Domoun
Pour le PCO (Parti Croire & Oser) - L’Interkomité

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