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Une polémique précède l'arrivée du nouveau recteur

Je tiens en préambule à vous présenter mes excuses pour mes absences de la semaine dernière. Comme vous le savez, mes occupations à Zinfos ne se résument pas à l’enregistrement de ce podcast et j’ai dû faire face à un surcroit d’activité qui m’a contraint à renoncer à mon rendez-vous quotidien avec vous. Et je crains malheureusement que cette situation ne se reproduise de temps en temps dans les semaines à venir.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le lundi 28 octobre 2024 à 18H42

 

Ravi donc de vous retrouver. Pour aujourd’hui, je vous propose une nouvelle fois de faire l’impasse sur les débats sur le Budget qui se sont déroulés la semaine dernière à l’Assemblée nationale. D’abord parce qu’on y a assisté à une véritable surenchère de propositions plus démagogiques les unes que les autres, mais aussi et surtout car on connait l’issue inéluctable de tout ce cinéma, le déclenchement par Michel Barnier du fameux 49-3 qui permettra au gouvernement de choisir les amendements qu’il souhaite rajouter à son projet initial. Tout en conservant l’objectif d’une économie de 60 milliards d’euros. La France aura donc un budget, à moins que le RN n’associe ses voix à celles du NFP à l’occasion du vote d’une motion de censure, ce qui ne semble pas être d’actualité pour le moment.

Dans cette volonté du gouvernement de faire des économies, j’aurais pu aussi vous parler de sa volonté d’aligner -enfin- le nombre de jours de carence des fonctionnaires sur ceux du privé, en cas de congés maladie. Cela dans un contexte de croissance exponentielle de l'absentéisme depuis une dizaine d’années. Le nombre de jours d’absence est ainsi passé de 43 millions en 2014 à 77 millions en 2022. Le coût total de cette différenciation est évalué à 15 milliards d’euros en 2022. Surtout, nous dit Le Monde, alors que les salariés du public et du privé avaient un nombre de jours d’absence à peu près équivalent en 2014, « l’écart, depuis, s’est creusé » : en 2022, les fonctionnaires comptaient en moyenne 14,5 jours d’absence par an, contre 11,6 jours dans le privé. Nous connaissons déjà la suite : grèves à tout va et manifestations. La contrepartie est que les jours de grève n’étant pas payés, ça permettra au gouvernement de faire des économies…

J’aurais pu vous parler du décès d’Abdéali Goulamaly, un grand chef d’entreprise réunionnais, un de ces hommes qui ont laissé leur marque dans le développement de notre ile. Il aurait pu, comme beaucoup, se contenter de faire fortune dans le commerce. C’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire en s’appuyant sur les sociétés laissées par ses parents à Madagascar dans le secteur de la culture du poivre, puis des crevettes. Mais Abdéali Goulamaly a surtout été un visionnaire, capable de flairer avant tout le monde les secteurs d’activité appelés à connaitre une très forte croissance. À La Réunion, profitant du boom de la défiscalisation, il s’est lancé dans l’industrie de la fabrication de peinture avec la marque Mauvilac. Puis, fort de ce succès, il a investi avant tout le monde dans le secteur naissant de la téléphonie mobile avec SFR, puis plus tard avec Zeop, ainsi que dans la pêche à la légine, un secteur hyper lucratif. Il s’était même lancé en 2016 dans les médias avec le rachat d’Antenne Réunion, avant de céder la télévision en 2021 au groupe Cirano.

Mais au lieu de tout cela, je préfère évoquer avec vous l’arrivée dans notre département de Rostane Mehdi, le nouveau recteur.

Un de nos lecteurs m’a opportunément transmis un article paru le 10 avril 2021 dans Valeurs actuelles. Oui, je sais, j’entends déjà certains de vos commentaires me rappelant qu’il s’agit d’un journal d’extrême droite et me reprochant mes lectures. Pour être clair et pour anticiper vos commentaires, VA ne fait pas partie de mes lectures habituelles mais ce n’est pas parce qu’il est d’extrême droite qu’il ne dit pas parfois des choses intéressantes.

Revenons donc au fond du sujet.

Cet article de Valeurs actuelles portait sur « Sciences-Po, royaume de l’islamo-gauchisme » et souhaitait mettre en exergue la lente agonie de cette prestigieuse école sous les coups de boutoir d’étudiants manipulés par des sous-marins des Frères musulmans.

Et les récentes tentatives d’occupations de l’université et de manifestations quotidiennes pro-palestiniennes sont venues prouver que le journal avait eu raison de nous alerter il y a trois ans déjà.

Le journal nous rappelle différents événements extrêmement graves que nous avions oubliés, une actualité en chassant une autre.

« C’était en 2014. Six ans avant la décapitation du professeur d’histoire Samuel Paty par un islamiste. Sept ans avant les accusations d’islamophobie mettant en péril deux professeurs de Sciences Po Grenoble, après une professeur de droit à Aix-Marseille. En septembre, une étudiante musulmane voilée de Sciences Po Aix quitte précipitamment son cours parce qu’elle ne supporte pas d’entendre les mots « laïcité ! » et « liberté de culte ! » clamés par son professeur d’histoire de la Révolution française. Ce dernier, mis sous pression, doit alors s’expliquer devant le reste de l’auditoire. L’élève voilée, habillée de noir de la tête aux pieds depuis le début de l’année et déjà sous le coup d’une plainte d’élèves auprès de l’administration, est à ses yeux manipulée, tel un « cheval de Troie du salafi sme ». L’émotion médiatique, laissant croire que l’élève a quitté l’amphithéâtre à cause de ces mots, devient nationale. Dans la foulée, le directeur de l’IEP, Christian Duval, fait acte de contrition devant les caméras de France 3 en déplorant un « incident regrettable », avant d’assurer son attachement aux « valeurs républicaines ».

« En novembre 2017, plusieurs associations laïques alertent la mairie d’Aix sur « l’entrisme islamique » à Sciences Po, avant la soutenance de thèse d’un élève. Pro-Tariq Ramadan, pro- Erdogan, membre des Frères musulmans et relais du Qatar, l’étudiant avait victimisé Mohammed Merah, « un coupable idéal » selon lui, et fait l’éloge, dans un long texte publié sur Facebook, du chef du Hamas commanditaire de l’attentat ayant coûté la vie à un étudiant étudiant de l’IEP de Paris, en 2002 » à Jérusalem. Malgré cela, cet étudiant avait obtenu son diplôme de docteur à l’IEP d’Aix, après avoir développé sa thèse « sur un prédicateur musulman désireux de tuer les homosexuels et les juifs, de coloniser et de soumettre les Occidentaux ».

Mais là n’est pas le sujet de mon podcast. Dans la suite de l’article, Valeurs actuelles en vient à parler de notre nouveau recteur. « Professeur de droit né en Algérie, Rostane Mehdi se fait un nom en mai 2002 dans Libération, lorsqu’il mobilise ses étudiants d’Aix-en-Provence contre le Front national. Après le massacre de Charlie Hebdo en janvier 2015, refusant de questionner les motivations religieuses des terroristes, Rostane Mehdi s’attaque dans le Figaro à la « faillite juridique de l’Europe ». Il conclut son article en mettant en garde contre « les islamophobes ». Cinq mois plus tard, il est nommé directeur de Sciences Po Aix ».

A la suite de cet article, Rostane Mehdi a publié un long droit de réponse que nous faisons le choix de retranscrire intégralement, de façon à ce que vous ayez tous les éléments de la polémique. Rappelons simplement que ce texte date de 2021.

« L’article publié par Valeurs Actuelles intitulé « Sciences-Po, royaume de l’islamo-gauchisme » met en cause mon honneur, mais également la réputation de Sciences Po Aix dont je suis le directeur. Je tiens en conséquence à rectifier un certain nombre de faits qui ne sont pas conformes à la réalité. Je ne peux notamment pas accepter la présentation distordue des engagements républicains qui me portent quotidiennement depuis que je suis professeur des universités et directeur de Sciences Po Aix. L’article évoque, comme on le ferait d’un élément à charge, mon lieu de naissance, et donc implicitement mon origine, à la lumière desquels il éclaire toutes les « déviances » dont l’article m’accable.

S’il devait y avoir un doute sur les motivations de cette surprenante appétence pour la géographie, il est dissipé lorsque quelques lignes plus loin, il est énoncé que Madame Yasmine Touaibia est « elle aussi née en Algérie ». La toponymie et l’état civil semblent donc impliquer des engagements politiques que l’article infère sans hésiter. Outre que l’article évoque des évènements qui pour beaucoup sont antérieurs à ma prise de fonction, il passe sous silence que, dans l’exercice de ma mission, j’ai pour seule boussole les lois et règlements de la République et les principes qui les sous-tendent.

À ce titre, rien ne vous permet de laisser planer le moindre doute sur ma détermination à condamner sans ambages le terrorisme islamiste. Si je ne devais en donner qu’une triste illustration, je rappellerais que dans le communiqué de presse publié après l’assassinat de Samuel Paty, je dénonçais l’ignominie d’un acte terroriste commis par des auteurs nommément désignés et invitait chacun à refuser « la peur qui brouille l’entendement, [à] opposer à la violence sans limite la force tranquille mais déterminée d’une démocratie vivante et sûre de ses valeurs ». Il en a été ainsi attentat après attentat.

La préservation de l’ordre démocratique est affaire de mesure. Aussi, ai-je toujours conçu ma fonction comme devant créer les conditions d’un juste équilibre entre liberté de pensée et ordre public. Cette liberté couvre, ne vous en déplaise, le champ des activités pédagogiques et scientifiques. C’est ainsi que sans avoir de sympathie particulière pour le candidat, j’y reviendrai, et l’objet de ses recherches, M. Ennasri a été autorisé, dans le respect des formes administratives et académiques, par le président de l’Université, et non par moi, à soutenir sa thèse.

Au-delà, je veille à ce que Sciences Po Aix soit un espace d’échanges et de confrontations intellectuelles. C’est dans ce cadre que M. Mélenchon a été invité, comme des dizaines d’autres personnalités de toute sensibilité, par l’une des 45 associations étudiantes de notre établissement, à présenter l’un de ses ouvrages. Notre sens de l’ouverture n’est pas sans limite. L’auteur de l’article aurait d’ailleurs pu découvrir et mentionner que l’une des seules conférences que j’ai refusé d’accueillir, en cinq ans, me fut proposée par M. Ennasri et l’association des étudiants musulmans d’Aix. Jugeant que le thème de la manifestation était sur le fond sujet à caution, je n’ai pas donné suite à cette sollicitation.

Ma fermeté m’a valu d’être attrait, sans succès, devant le Tribunal administratif de Marseille. Vous conviendrez qu’il est des façons plus efficaces de marquer sa complaisance à l’égard d’une idéologie mortifère.

Que dire enfin de la relation qui est faite d’un article publié sous ma co-signature par le Figaro, en 2015, et dont la conclusion est rigoureusement inverse à celle que l’article me prête. Me voilà tout à coup associé à ces islamistes qui ont non seulement contraint, comme des milliers d’autres, mes parents, universitaires, démocrates et laïcs, à l’exil mais aussi assassiné nombre de mes amis. L’ironie est étrange, et le paradoxe, cruel ».

Rappelons que Rostane Mehdi faisait partie des trois candidats à la direction de Sciences-Po comme le prouve une dépêche de l’AF,P et selon la source qui m’a envoyé l’article de Valeurs actuelles, c’est à la suite de la nomination de Luis Vassy à ce poste que le ministère lui aurait proposé celui de recteur de l’université de La Réunion. A titre de lot de compensation.

Vous avez maintenant autant d’éléments que moi. À chacun de se faire son opinion.

Etiquettes : Le podcast de Pierrot

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