Témoignage : à 35 ans, si elle n'a pas trouvé l'amour, elle fera un bébé toute seule

Ophélie* avait plutôt l'habitude des cris des enfants à la sonnerie de son téléphone jusqu'à l'année dernière où elle a obtenu un poste dans une entreprise de travaux et d'entretien. Cette jeune trentenaire a toujours travaillé avec les enfants mais la question d'en avoir un ne s'était jusqu'à présent jamais vraiment posée.
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“J'aimerais bien. L'idéal serait d'avoir un partenaire. Mais si à 35 ans, je ne le trouve pas, je le ferais toute seule”. Pour Ophélie, difficile de s'écarter du schéma traditionnel d'une vie de famille conjuguée à deux pour accueillir dans les meilleures conditions un enfant. Mais trouver "la bonne personne" et construire un projet de vie ensemble s'avèrent en réalité être un chemin semé d'embûches. Pour beaucoup, le modèle de vie classique en famille n'est d'ailleurs plus la panacée. Selon les chiffres de l'étude Couples-Familles-Ménages de l'Insee Réunion, le pourcentage de personnes âgées de 25 à 39 ans déclarant vivre en couple est ainsi passé de 60,3% en 2010 à 53,1% en 2021.
Un bébé dans une vie de famille conventionnelle d'abord
Quand elle était adolescente, Ophélie se voyait maman dès 23 ans, mère au foyer ou sinon sage-femme. Les années ont passé. La jeune femme “ a profité de sa jeunesse”, a fait des voyages grâce au sport qu'elle pratiquait, a “profité pour se connaitre aussi. Tenter d'être à l'aise dans son corps et son esprit", livre-t-elle.
Durant près de 15 ans, l'ancienne sportive de haut niveau a été en couple avec le premier amour de sa vie. Avec lui, la jeune femme s'est projetée dans une vie de famille "conventionnelle", celle qu'elle mènerait après avoir terminé ses études et étoffé son palmarès. Mais son tir n'a pas atteint sa cible. "On manquait de maturité et l'infidélité a aussi mis un terme à notre relation".
À 27 ans, Ophélie revient sur le banc des célibataires. "Il n'est plus question alors d'enfant. Je suis échaudée. J'ai peur de l'engagement à ce moment-là", se rappelle-t-elle.
Il y a trois ans, Ophélie fait la rencontre d'un homme. Rapidement, il est question entre eux de construire une "relation sérieuse". "Au bout d'un an, on parle d'avoir un enfant. Lui en a déjà deux. Nos discussions revenaient souvent sur l'éducation. Celle qu'il donnait à ses enfants me gênait". Les incompréhensions et les différences finissent par creuser l'écart et la séparation.
"Beaucoup de personnes de ma génération me semblent perdues"
Aujourd'hui, Ophélie est célibataire et en paix avec elle-même. Pour autant, “ce qu'on appelle "l'horloge biologique' chez les femmes, qui sert en réalité à la société à faire pression, me fait quand même réfléchir”, avoue-t-elle. "Beaucoup de personnes de ma génération me semblent perdues. C'est difficile de savoir ce que l'on veut dans une société de plus en plus individualiste avec des idées traditionalistes quand même bien ancrées".
Lasse d'attendre, la personne "stable, tolérante, ouverte d'esprit mais aussi autonome qui partagerait sa vision de la vie et de l'éducation", Ophélie se prépare plutôt à l'idée de tenter l'aventure d'un bébé en solo. “J'ai changé et la société a changé aussi. Les conditions des femmes ont évolué. Nous n'avons plus besoin des hommes pour subvenir à nos besoins matériels”, analyse Ophélie qui a fait une croix sur le schéma familial traditionnel, un air d'une célèbre chanson de Jean-Jacques Goldman dans la tête. Ce projet de faire un bébé toute seule, Ophélie s'est autorisée à le penser il y a peu. “Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre”, lâche-t-elle en rigolant.
Depuis août 2021, le critère médical d'infertilité a été supprimé de la PMA. La nouvelle loi bioéthique permet ainsi la procréation médicalement assistée à toutes les femmes qui ont un projet parental, aux couples homosexuels comme aux célibataires. En France, en 2023, selon les chiffres de l'agence de biomédecine, 40,2% des femmes inscrites sur liste d'attente pour une PMA sont célibataires. Pour les tentatives de PMA avec un don d’ovocytes, le délai d’attente moyen sur la France entière depuis la prise de rendez-vous jusqu’à la première attribution de gamètes est de 23,8 mois au 1er semestre 2023, prévient néanmoins l'agence de biomédecine.
Ophélie a encore quelques années devant elle, estime-t-elle, même si le contexte économique et social ne sont pas pour l'encourager. "Pour élever un enfant, il faut avoir les moyens, c'est-à-dire garder mon travail, mon logement et trouver un moyen de garde...", perçoit-elle les enjeux et difficultés d'une mère célibataire. Mais l'essentiel pour la jeune femme est d'être soutenue par sa famille. "Sans leur aide, je ne pourrais rien faire".
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