Quand écologie et enfants ne font pas bon ménage

“Les êtres humains ont besoin de beaucoup trop de ressources pour vivre”. Face à ce constat, la question de mettre un enfant au monde pose question à Aurélie*. La trentenaire en convient, elle a toujours éprouvé de l'inquiétude face au dérèglement climatique, peut-être même souffre-t-elle de ce qu'aujourd'hui, on nomme l'éco-anxiété.
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Alors un bébé rime aussi, pour Aurélie, avec montagne de déchets. Chaque année, en France, plus de 3 milliards de couches sont jetés. Des couches composées notamment de polyester et de polypropylène, des dérivés du pétrole. Enfouies, elles finissent par contaminer les sols et les eaux, tout en dégageant des gaz. Incinérées, les couches produisent des polluants également. Leur fabrication demande aussi beaucoup d'énergie. “Mais si tu veux utiliser des couches lavables, si tu veux élever un enfant de façon écologique, tu dois faire beaucoup de choses toi-même. Et pour ça, il faut être à la maison”, pointe Aurélie. La chargée de projet dans le sud de l'île tient à son indépendance. “Tout ce que l'on a inventé en puériculture depuis les années 50, c'est aussi pour permettre aux femmes de travailler”, plaide-t-elle.
Durant la pandémie de Covid-19, Aurélie a davantage réfléchi aux conséquences du changement climatique. “À ce moment-là, je vivais à Paris. Avec le confinement, je me suis rendue compte que notre mode de vie pouvait changer rapidement. Je me disais, si dans trois ans, les solutions proposées par le GIEC sont mises en place, je ferai un enfant."
L'adoption envisagée
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) livre depuis des années des rapports détaillés des conséquences du réchauffement climatique. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'avenir est incertain. Dans son dernier rapport, le GIEC indique que "pour chaque GtCO2 (milliard de tonnes, ndlr) émise par les activités humaines, la température globale augmente de 0,45°C". L’objectif de limiter le réchauffement à + 1,5 °C est encore loin d'être atteint mais quelques bonnes nouvelles tout de même, comme la baisse de la déforestation en Amazonie ou l'augmentation des capacités des énergies renouvelables en 2023 selon le journal La Croix, apportent une lueur d'espoir.
De retour sur son île il y a peu, Aurélie, au contact de sa famille, envisage un peu plus de fonder la sienne. “Mais si je deviens mère, ce ne sera pas plus d'un enfant. Les êtres humains consomment beaucoup de ressources. Nous sommes suffisamment nombreux sur cette planète”, avance la femme active. Aurélie a ainsi envisagé l'adoption, mais son compagnon depuis 7 ans s'y refuse.
"50°C prévus dans la Méditerranée en 2050... les perspectives ne sont pas rassurantes. Je ne sais pas dans quel monde on va vivre. Pourquoi mettre un enfant au monde dans ces conditions ? C'est une responsabilité que je ne suis pas sûre d'avoir envie d'assumer”, lance Aurélie. Avec le changement climatique, l'humanité est déjà témoin de la baisse de la biodiversité. L'inaction face au changement climatique aura également comme effets la réduction de la production alimentaire, un ralentissement de la croissance économique ou encore les inégalités sociales creusées, ont prédit les experts. Pour Aurélie, il faut créer les conditions favorables au désir d'enfant et cela passe aussi par une meilleure protection de l'environnement, de la santé publique en garantissant une alimentation sans pesticides par exemple.
Plus que l'idée que la naissance d'un enfant pèserait sur l'environnement, porter la responsabilité d'une autre personne et les nombreuses inquiétudes inhérentes à la vie de parents influencent également le choix actuel d'Aurélie de ne pas avoir d'enfant. “ Avoir cette peur viscérale pour quelqu'un d'autre alors que j'ai déjà beaucoup d'anxiété, c'est assez effrayant”.
* prénom d'emprunt


