Si on appliquait les tarifs de la compagnie Norwegian Air Shuttle, l'aller-retour serait à 112€ entre Paris et la Réunion !

L'aller simple Paris/New York à 179€ ! C'est le prix qu'ont payé les passagers qui ont embarqué à bord du premier vol low cost de la compagnie scandinave Norwegian Air Shuttle qui a décollé hier de Roissy.
La distance étant de 5.836 km, ça nous ramène le coût au km à 0,030 centime.
Dans le même temps, le Réunionnais qui a pris hier, soit à la même date, un aller simple Réunion/Paris sur Air Austral a payé 918€, pour une distance de 9391 km, soit 0,097 centime le km ! Plus de trois fois plus cher !
Si on appliquait le tarif au km appliqué par Norwegian Air Shuttle au trajet Gillot/Paris, ça nous donnerait l'aller simple à 281€ ! Et l'aller/retour à 562€ ! En pleine période rouge !
J'entends, souvent avec compréhension, les arguments des compagnies aériennes nous serinant qu'on ne peut comparer une ligne Paris/New York avec un Paris/Gillot car il y a beaucoup moins de clients prêts à payer plusieurs milliers d'euros pour voyager en 1ère classe sur nos lignes, alors même que c'est sur ces tarifs que les compagnies engrangent des bénéfices qui leur permettent de diminuer les coûts des classes "éco" sur les liaisons transatlantiques.
Sans doute. Mais quelles explications vont-elles nous fournir concernant Norwegian Air Shuttle puisque, par définition, il n'y a pas de 1ère classe sur un vol low cost ?
On va aussi nous dire que les conditions de confort à bord des avions de Norwegian Air Shuttle ne sont sûrement pas les mêmes que celles que l'on peut trouver sur Air Austral et Air France. Que, par exemple, l'espacement entre les sièges n'est sans doute pas le même. Qu'il n'y a pas autant de personnel naviguant à bord... Sans doute. Mais cela suffit-il à expliquer un coût trois fois plus cher ?
Elles vont également mettre en avant la configuration spéciale des lignes Paris/Réunion, qui s'effectuent uniquement de nuit, obligeant les avions à rester 12 heures par jour sur le tarmac. Or, il est connu qu'un avion qui ne vole pas coûte une fortune...
Elles vont probablement ajouter que Norwegian Air Shuttle est soutenu et financé par le gouvernement norvégien et qu'il s'apprêterait par exemple à bénéficier d'une loi, actuellement en discussion au Parlement d'Oslo, qui lui permettrait de recruter ses pilotes et hôtesses n'importe où dans le monde. Et donc de les payer le moins cher possible. Alors que nous connaissons tous les salaires très élevés payés aux pilotes en France, ainsi que le montant des charges sociales. J'entends aussi ces arguments, mais je repose ma question : cela justifie-t-il un prix trois fois plus élevé ?
Les Etats-Unis, ont déjà réagi à ce dumping social. Soucieux de préserver leurs compagnies nationales, les USA refusent, pour l'instant, de délivrer les autorisations de vols demandées par les deux nouvelles filiales de Norwegian. Installées en Irlande et en Grande-Bretagne, elles ont pour objectif de faire du transporteur norvégien le leadeur du low-cost long-courrier dans le monde.
Marc Rochet, le président d'Air Caraïbes, qui s'apprête à ouvrir une ligne low cost vers la Réunion avec sa nouvelle compagnie French Blue, à des tarifs encore inconnus pour le moment, s'indigne également. "Il faut que l'on bataille avec les mêmes règles". C'est aussi ce que pense Laurent Magnin, le directeur d'XL Airways, qui dénonce le fait que la compagnie norvégienne bénéfice d'un accord signé entre l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis, alors que la Norvège ne fait pas partie de l'UE. "C'est scandaleux !", s'emporte Laurent Magnin. "Les Norvégiens ont voté deux fois non à l'Europe. Pourquoi auraient-ils les mêmes avantages que les compagnies européennes ? Ça n'a aucun sens".
J'entends tous ces arguments. Mais dans ce cas, qu'est ce qui empêche une compagnie, Air Austral par exemple, de créer sa propre compagnie low cost et de proposer aux Réunionnais un aller/retour à 562€, comme sur la compagnie scandinave? Il y a sûrement des dizaines de milliers de nos compatriotes, et de touristes dans l'autre sens, qui sont prêts à supporter des conditions de vol spartiates pendant 11 heures, quitte à rester debout pendant toute la durée du vol, pour pouvoir aller voir de la famille. Ou tout simplement profiter de vacances bien méritées.
Vous vous rendez compte? Avec l'aide de la Région pour la continuité territoriale, de 450€ pour les foyers les plus modestes et de 300€ pour les classes moyennes, le voyage reviendrait soit à 112€, soit à 262€ !
Voilà ce que j'appelle de la vraie continuité territoriale !!!


