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Salaires et égalité : l’UFR hausse le ton, le MEDEF répond en tendant la main

Ecrit par Gaetan Dumuids – le mercredi 2 septembre 2026 à 10H04
Katy Hoarau, présidente du Medef Réunion

Après une lettre ouverte de l’Union des Femmes Réunionnaises adressée à Katy Hoarau, présidente du MEDEF Réunion, l’organisation patronale tente d’apaiser l’échange. En toile de fond : la place des salaires, du partage de la richesse et de l’égalité femmes-hommes dans le modèle économique réunionnais.

Un débat public s’ouvre entre l’Union des Femmes Réunionnaises et le MEDEF Réunion. Dans une lettre ouverte adressée à Katy Hoarau, présidente de l’organisation patronale, l’UFR réagit à son intervention du 31 août sur Réunion La 1ère et interroge la vision économique portée par le MEDEF pour le territoire.

L’organisation féministe pose trois questions centrales : “Quelle économie voulons-nous ?”, “Pour qui crée-t-elle de la richesse ?” et “Comment cette richesse est-elle partagée ?”. Pour l’UFR, ces interrogations doivent être au cœur du débat sur l’avenir économique de La Réunion.

Une critique de la notion de “prospérité partagée”

Dans son courrier, l’UFR dit partager certains objectifs avancés par le MEDEF, notamment la nécessité de produire davantage localement, de réduire les vulnérabilités de l’île, de renforcer les filières et d’inscrire La Réunion dans son environnement régional.

Mais l’organisation estime que la notion d’économie “robuste” ne peut pas se limiter à la compétitivité ou à l’attractivité économique. “Une économie réunionnaise véritablement robuste doit être à la fois productive et socialement juste”, écrit l’UFR, en ajoutant qu’elle doit permettre “à celles et ceux qui la créent d’en bénéficier”.

L’UFR pointe notamment la place insuffisante, selon elle, du pouvoir d’achat, des bas salaires, de la précarité et des inégalités dans le discours patronal. “Une prospérité qui ne permet pas aux familles de mieux vivre, aux salariés de mieux vivre de leur travail et aux femmes de gagner en autonomie et en responsabilités ne peut être qualifiée de prospérité véritablement partagée”, affirme l'UFR.

Salaires, aides publiques et place des femmes

Le point de divergence le plus net porte sur la création et le partage de la richesse. L’UFR refuse l’idée selon laquelle la création de valeur suffirait à elle seule. “La croissance n’est pas une fin en soi. La richesse créée doit pouvoir être mieux partagée”, écrit l’organisation, qui lie cette question à la justice sociale mais aussi à “l’efficacité économique”.

La lettre ouverte insiste particulièrement sur les salaires. Pour l’UFR, “le discours sur la compétitivité ne doit pas devenir un discours contre les salaires”. L’organisation estime qu’à La Réunion, les bas revenus pèsent directement sur la consommation locale et donc sur l’économie du territoire.

L’UFR demande aussi que les aides publiques aux entreprises soient évaluées à partir de critères précis, comme la création d’emplois durables, l’égalité salariale, l’accès des femmes aux responsabilités, la lutte contre les discriminations ou encore l’amélioration des conditions de travail.

Autre sujet mis en avant : la place des femmes dans les secteurs d’avenir et dans les lieux de décision économique. L’UFR estime qu’elles doivent pouvoir accéder davantage aux formations scientifiques, techniques, industrielles et numériques, mais aussi aux directions d’entreprise, conseils d’administration et organisations professionnelles.

Le MEDEF veut “saisir la main tendue”

Dans sa réponse, Katy Hoarau adopte un ton d’apaisement. La présidente du MEDEF Réunion affirme avoir lu la lettre de l’UFR “avec beaucoup d’attention” et dit y voir une contribution au débat sur le modèle économique et social de l’île.

Sur le fond, elle indique partager plusieurs constats. “Une économie ne peut être véritablement robuste que si elle est à la fois productive et socialement juste”, écrit-elle. Mais elle défend aussi la nécessité de “tenir ensemble” deux objectifs : “créer davantage de valeur à La Réunion et mieux la partager”.

La présidente du MEDEF refuse d’opposer “compétitivité et justice sociale, entreprises et salariés, création et partage de la richesse”. Selon elle, l’amélioration des rémunérations, la création d’emplois de qualité, la formation, l’innovation et le financement du modèle social dépendent aussi de la capacité des entreprises réunionnaises à créer davantage de valeur.

Katy Hoarau reconnaît également la portée symbolique de cette interpellation, adressée par une organisation féministe à une femme devenue présidente du MEDEF Réunion. “Je la reçois non comme une mise en cause, mais comme une main tendue. Et cette main, je souhaite la saisir”, répond-elle.

Vers un espace de discussion entre les deux organisations

Le MEDEF propose donc l’ouverture d’un échange direct avec l’UFR. Katy Hoarau cite plusieurs terrains de travail possibles : l’accès des femmes aux formations et métiers scientifiques, techniques, industriels et numériques, leur présence dans les instances de décision, l’égalité professionnelle et salariale, la reconnaissance des métiers du soin et de la Silver Economy, ainsi que la conciliation entre vie professionnelle et responsabilités familiales.

“Votre lettre souligne d’ailleurs elle-même qu’un espace réel de travail commun existe. J’en suis convaincue”, écrit la présidente du MEDEF, qui propose une rencontre entre les deux organisations pour identifier les convergences, discuter les désaccords et rechercher des propositions concrètes.

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