1 200 interpellations, 150 policiers et gendarmes blessés : un samedi de mobilisation marqué par les incendies et les pillages

Mairie incendiée, boutiques vandalisées, bâtiments publics attaqués… La mobilisation contre la vie chère, samedi 17 octobre, a été marquée par de graves violences dans plusieurs villes. Au lendemain des manifestations, l’heure est au bilan, tandis que l’exécutif promet une réponse judiciaire ferme et que les maires réclament des explications.
kLa France a connu, ce samedi 17 octobre, une journée de violences majeures en marge de manifestations qui ont réuni jusqu’à 800 000 personnes, selon les organisateurs. Ce dimanche, le pays se réveille sous le choc des incendies, des pillages et des affrontements qui ont accompagné la mobilisation.
Vers 23 h 30, alors qu’il rencontrait des CRS mobilisés à Paris, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé 1 200 interpellations dans le pays et 150 blessés parmi les policiers et les gendarmes.
Des gilets jaunes, des lycéens et des étudiants, rejoints par des organisations syndicales, avaient appelé à manifester contre la vie chère, la hausse des prix des carburants et les difficultés des services publics. Mais les revendications ont été éclipsées par les images de commerces pillés, de bâtiments incendiés et d’affrontements.

À Limoges, l’hôtel de ville ravagé par les flammes
L’incendie de la mairie de Limoges restera l’une des images les plus marquantes de ce samedi. Selon la préfecture, un groupe d’individus a attaqué l’hôtel de ville au terme de la manifestation. Le feu s’est ensuite propagé jusqu’à la toiture de cet édifice inauguré en 1883.
Le bâtiment est "en grande partie perdu", a déclaré le préfet de la Haute-Vienne. Devant le brasier, des centaines de personnes ont assisté, désemparées, à la destruction de ce symbole de la ville. L’AFP a notamment rapporté la scène d’une employée municipale en pleurs dans les bras d’une élue.
À Paris aussi, les dégradations sont considérables. Des commerces ont été saccagés et pillés, tandis que des individus tentaient, vers 20 heures, de pénétrer dans les Galeries Lafayette, dans le quartier des grands magasins.
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a décrit un bilan "lourd", d’une "ampleur immense". "Des rues entières ont été méthodiquement ravagées", a-t-il déploré sur Franceinfo TV, évoquant également des dégâts sur l’espace public et des monuments dégradés. L’élu a tenu à distinguer le mouvement social des auteurs de violences, pour lesquels il dit n’avoir "aucune indulgence".
Lecornu appelle à choisir son camp
Auprès des forces de l’ordre, samedi soir, Sébastien Lecornu a durci le ton. "Il est temps de choisir son camp, soit celui de la République, soit celui des casseurs", a déclaré le Premier ministre.
"Soit on est dans le camp de la République et donc des forces de l’ordre, de celles et ceux qui protègent les biens et les personnes et qui appliquent les lois, soit on est du côté des casseurs", a-t-il poursuivi, estimant être arrivé à un "point de non-retour".
Emmanuel Macron a également condamné les violences. "Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis", a affirmé le président de la République. Il a assuré les forces de l’ordre du soutien de la Nation et dénoncé ceux qui empêchent les manifestants pacifiques d’exprimer leurs revendications.

Une réponse judiciaire annoncée comme ferme
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé sur X avoir donné instruction aux parquets d’apporter une réponse judiciaire "extrêmement ferme" à des violences qu’il a qualifiées d’une "gravité inouïe".
"Le placement en détention provisoire doit être requis contre ceux qui s’en sont pris aux forces de l’ordre, aux sapeurs-pompiers, aux bâtiments publics et aux commerces", a-t-il indiqué.
Les dégradations et les pillages ont également suscité la réaction du monde économique. Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution et PDG de Carrefour, les a condamnés "avec la plus grande fermeté", au nom des commerces touchés sur l’ensemble du territoire.
Les maires demandent des comptes
Face à l’étendue des dégâts, les maires de Paris, Marseille et Lyon demandent à être reçus par le Premier ministre en début de semaine. Dans une déclaration commune, Emmanuel Grégoire, Benoît Payan et Grégory Doucet disent vouloir associer à leur démarche l’ensemble des maires des villes touchées.
"Nous exigeons qu’un diagnostic précis soit établi, expliquant l’enchaînement d’événements ayant abouti à cette situation. Cela ne peut et doit pas se reproduire", écrivent les trois élus.


