Riz : les prix mondiaux à leur plus bas niveau depuis dix ans, les Réunionnais vont-ils en profiter ?

Les prix mondiaux du riz poursuivent leur chute. Un an après la fin des restrictions indiennes à l’exportation, les cours ont reculé de 35 %, tombant autour de 360 dollars US la tonne, leur niveau le plus bas depuis 2017. Cette baisse s’inscrit dans un mouvement plus large : selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), l’indice des prix alimentaires a reculé de 1,6 % en octobre, enregistrant un deuxième mois consécutif de repli.
La production mondiale de riz est estimée à 541 millions de tonnes en 2024. Après trois années marquées par des tensions sur les marchés, la réouverture des exportations de l’Inde, premier fournisseur mondial, combinée à des récoltes exceptionnellement bonnes en Asie, a créé une situation d’offre excédentaire.
Le marché est désormais déséquilibré. L’offre dépasse largement la demande, d’autant que celle-ci reste peu dynamique hors Afrique. L’Afrique subsaharienne demeure le premier pôle d’importation mondial et pourrait augmenter ses achats de 15 % en 2025, selon la note de conjoncture Osiriz du Cirad. Les pays du Mercosur, eux aussi, affichent une forte progression de leurs volumes, avec une hausse de 16 % par rapport à 2024.
Retour de balancier après trois ans de tensions
Entre 2022 et 2023, les prix du riz avaient grimpé de près de 20 % deux années de suite. L’Inde avait alors freiné ses exportations pour contenir la flambée des prix, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et des aléas climatiques sévères en Asie.
La dynamique s’est inversée en 2024. Les prévisions pour 2026 confirment une production toujours abondante, renforcée par un éventuel retour du phénomène La Niña fin 2025. Les analystes anticipent donc une poursuite de la baisse, avant une stabilisation à des niveaux historiquement faibles.
Une concurrence accrue entre exportateurs
L’abondance de riz sur le marché mondial stimule la concurrence entre fournisseurs. Le rapport de la FAO publié en novembre confirme une pression forte sur les prix, alimentée par des stocks élevés et par le recul des achats de certains importateurs majeurs.
Les Philippines et l’Indonésie, habituellement gros acheteurs, réduisent nettement leurs importations. Aux Philippines, des restrictions imposées début septembre ont été prolongées jusqu’à la fin de l’année, entraînant une baisse drastique des volumes importés.
Les prix ne reculent pas au même rythme partout. Au Pakistan, le riz brisé était en octobre 5 à 10 % moins cher que celui de ses concurrents asiatiques. Malgré cette compétitivité, les exportations pourraient diminuer en raison de la faiblesse de la demande mondiale. Les pays du Mercosur enregistrent également une chute marquée, estimée à 40 %, en lien avec des stocks très importants.
Un enjeu politique majeur en Asie
En Asie, où se concentrent 90 % de la production et de la consommation mondiales, le riz reste une denrée hautement politique.
• Aux Philippines, les importations sont suspendues depuis septembre 2025 pour protéger les producteurs.
• En Indonésie, la stratégie vise l’autosuffisance alimentaire.
• Au Japon, les quotas d’importation sont maintenus, sous pression des lobbies agricoles. Ce choix entretient un prix intérieur très élevé : environ 4 000 yens (26 dollars US) le sac de 5 kg de riz local, contre 8 dollars US en Thaïlande.
Les producteurs sous pression
La chute des prix profite aux importateurs, mais fragilise les producteurs dans de nombreux pays. Les stocks mondiaux pourraient atteindre 215 millions de tonnes en 2026, un niveau record selon les premières projections de la FAO. Les stocks indiens, en particulier, devraient augmenter de 12 % fin 2025 et pourraient être mis sur le marché prochainement.
Selon les analyses du Cirad, aucun indicateur ne laisse entrevoir une remontée des prix à court terme. La baisse devrait se poursuivre au moins jusqu’au début 2026 avec l’arrivée des prochaines récoltes asiatiques.
Loin d’être un détail quand on sait que le riz est le produit de base des foyers réunionnais. Et dans de grandes proportions. En 2024, ce sont un peu plus de 42 340 tonnes, dont 34 900 tonnes de riz déjà blanchi, qui sont entrées sur l'île (source DAAF Réunion). Un chiffre en hausse de 10% par rapport à 2023.
Le riz décortiqué, destiné à être blanchi dans les rizeries du territoire, est également en hausse à 7 420 tonnes (+ 12%).
Le riz provient pour moitié du Cambodge. La place de l’Inde se maintient à 24% des importations alors que celle du Pakistan (11 %) devance désormais la Thaïlande (10%).
Reste à vérifier désormais que cette baisse arrive bien jusque dans les poches des consommateurs réunionnais…


