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"Réduction de l’accès aux droits, tensions logistiques, saturation des locaux" : la Cimade dénonce la politique de rétention des étrangers à La Réunion

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 4 juin 2026 à 06H45

Selon le bilan 2025 de la Cimade sur le centre de rétention administrative de La Réunion, l’intensification de la politique de reconduite à la frontière menée par les services de l’État s’accompagne d’un recul des droits des étrangers. L’an dernier, 94 personnes ont fait l’objet d‘une mesure de rétention et plus de 80% d’entre elles ont été expulsées.

« Depuis plusieurs années, la rétention administrative à La Réunion est le reflet miniature d’une politique nationale de plus en plus répressive à l’égard des personnes étrangères », relève le rapport 2025 de la Cimade sur le centre de rétention administrative (CRA) de La Réunion.

L’association, qui détient un agrément de l’État afin de s’assurer du respect des droits des étrangers lors de leur rétention, avance que « si le CRA de l’île reste le plus petit de France, avec huit places, les logiques qui y sont à l’œuvre sont les mêmes que dans les autres CRA : augmentation du nombre de personnes enfermées, allongement des durées de privation de liberté et recours de plus en plus systématique à la rétention, sans prise en compte suffisante des situations individuelles. »

Les femmes et les hommes enfermés dans un même lieu

Avec deux chambres de quatre places chacune, deux douches et deux toilettes, le CRA du Moufia ne permet pas de séparer les hommes et les femmes dans les petits espaces de vie commune. « On continue d’enfermer les femmes et les hommes dans le même endroit, au mépris des droits des femmes. C’est le seul CRA de France à le faire », dénonce Nicolas Hoarau, accompagnateur juridique en rétention pour la Cimade.

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En 2025, le CRA de La Réunion a servi à la rétention de 94 personnes, dont 72% de Comoriens, 9,7% de Mauriciens et 5,4% de Malgaches. Une fréquentation qui ne cesse d’augmenter malgré l’étroitesse des locaux et l’absence d’un personnel médical dédié : en 2024, 57 personnes avaient été retenues, contre 40 en 2023 et seulement 12 en 2022.

« Réduction de l’accès aux droits, tensions logistiques, saturation des locaux » : la surfréquentation du CRA, où transitent aussi les avocats et la police aux frontières, pose aussi des problèmes de fonctionnement, au point qu’un agrandissement de la partie administrative serait en projet.

Prison, rétention puis expulsion

Contrairement à l’opinion opportunément répandue par une partie de la classe politique, l’augmentation du nombre de personnes placées ne constitue pas le signe d’une quelconque poussée migratoire.

De fait, entrer de manière illégale sur le territoire réunionnais demeure très difficile. Sur les 94 personnes placées en rétention l’an dernier à la Réunion, 21 (soit 29,6%) venaient d'achever une peine de prison. Pour la plupart, il s'agit de détenus qui avaient fait l’objet d’une mesure de transfèrement au Port en raison de la surpopulation carcérale bien connue de la prison de Majicavo à Mayotte.

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« Ils n’ont pas de visite, ils ne connaissent personne à La Réunion pour les aider. Quand ils se font notifier une OQTF [obligation de quitter le territoire français] à leur sortie de prison, ils n’ont personne pour les aider. On a un SPIP [Services pénitentiaires d’insertion et de probation] qui n’est pas formé en droit des étrangers, mais qui est demandeur d’ailleurs. L’administration pénitentiaire prévient la PAF qu’il y aura une levée d’écrou d’une personne visée par une OQTF, c’est rodé, il y a eu des consignes ministérielles pour les reconduire à la frontière et une fois à Mayotte, ces personnes sont mises directement dans le bateau pour Anjouan », résume Nicolas Hoarau.

350 requêtes au tribunal administratif

Le reste du gros du contingent des personnes reconduites à la frontière est constitué par des étrangers entrés légalement à La Réunion, mais dont les titres de séjour n'ont pas été reconduits. Depuis plusieurs années, la dématérialisation des procédures complique la tâche des demandeurs étrangers, lesquels se heurtent aux errements techniques du système mis en place.

La volonté de la préfecture de réduire drastiquement le nombre de récépissés et de titres de séjour accordés est régulièrement dénoncée par les avocats et les associations. Selon nos informations, le tribunal administratif de La Réunion a enregistré pas moins de 350 requêtes en 2025 concernant les droits des étrangers, dont 27 référés liberté, 68 référés-suspension, 26 mesures d’éloignement et 7 demandes d’asile en procédure accélérée.

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Parmi toutes ces procédures administratives, une a particulièrement marqué Nicolas Hoarau : le 29 septembre dernier, les magistrats ont confirmé une OQTF signifiée à un Comorien entré légalement dans l’île, mais dont l’autorisation provisoire de séjour pour raisons médicales avait expiré. L’homme avait prolongé sa présence dans l’île pour accompagner dans ses derniers jours sa femme, gravement malade et arrivée via une Évasan (évacuation sanitaire).

Une liste de métiers en tension attendue pour La Réunion

« Cette dernière, entrée à La Réunion le 30 octobre 2024 sous couvert d’un laissez-passer expiré depuis le 29 février 2025, se trouve elle aussi en situation irrégulière. S’il est vrai qu’elle est hospitalisée dans un état critique, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle nécessiterait impérativement la présence à ses côtés de son époux et que ses enfants de nationalité française ne seraient pas en mesure de lui porter assistance », peut-on lire dans une décision glaçante rendue par le tribunal administratif.

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Selon les chiffres fournis par la préfecture, 133 procédures de reconduite à la frontière ont été opérées l’an dernier depuis La Réunion. Mais contrairement à certaines régions de l’Hexagone, l’île ne dispose pas de liste de métiers en tension, un terme qui désigne ces fameux postes occupés par des étrangers (faute de candidats français en nombre suffisant) dans l’hôtellerie et restauration, l’agriculture ou encore l’entretien, le plus souvent à la satisfaction de leurs employeurs.

De nombreuses entreprises locales sont favorables à l’application dans l’île de l’arrêté du 21 mai 2025 fixant la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement, en application de l'article L. 414-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Sollicitée par Zinfos974, la préfecture fait savoir que La Réunion devrait prochainement être ajoutée à la liste des régions inscrites au dispositif des métiers en tension :

« Dans le cadre de la loi du 26 janvier 2024 en faveur du contrôle de l'immigration et de l'amélioration de l'intégration, la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement est fixé par arrêté du 21 mai 2025, uniquement pour les régions métropolitaines.

La démarche est également étendue aux DROM qui doivent disposer eux aussi d'une liste applicable à leur territoire. Pour La Réunion, les travaux ont été conduits et la concertation locale a permis d'aboutir à une proposition de liste de métiers en tension qui est actuellement en consultation au niveau national.

L'arrêté devrait prochainement être signé. »

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