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57 étrangers enfermés en centre de rétention administrative à La Réunion en 2024

Ecrit par T.L. – le jeudi 1 mai 2025 à 16H18

Seul centre de rétention en France où l'on enferme dans un même lieu les femmes et les hommes, le CRA de La Réunion ne compte que 8 places dans un espace restreint. En 2024, il a vu transiter 17 personnes de plus que l'année précédente, pour une durée d'enfermement moyenne de 7,9 jours.

« Une étudiante enfermée en centre de rétention administrative (CRA) en même temps qu'un ancien détenu », c'est une situation qui s'est déjà produite à La Réunion, selon la Cimade.

Installé dans le commissariat de police de Sainte-Clotilde, le CRA propose deux chambres avec un total de quatre lits superposés. Lorsqu'une ou plusieurs femmes sont retenues, la Police aux frontières (PAF) les autorise à s'enfermer à clé dans leur chambre. Mais elles doivent éventuellement partager tous les espaces communs avec les hommes.

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Une situation certes bien éloignée de l'illégalité la plus totale dans laquelle s'exerce la rétention à Mayotte, où 1.860 enfants ont été enfermés en 2024. Mais qui témoigne des défauts d'un site peu adapté à la politique massive d'enfermement et d'expulsion appliquée ces deux dernières années par la préfecture de La Réunion.

Selon le rapport 2024 sur la rétention administrative en France réalisé par les associations chargées par l’État de veiller à l'application de la loi dans ces lieux de privation de la liberté (Forum Réfugiés, France Terre d'Asiles, Groupe SOS Solidarités, Cimade, Solidarité Mayotte), le CRA de La Réunion a vu transiter 57 étrangers (dont 5 femmes) l'an dernier, soit 17 personnes en situation administrative irrégulière de plus que l'année précédente.

Pas de violence policière dans le CRA de La Réunion

La durée moyenne d'enfermement s'établit à 7,9 jours, mais dans certaines situations, notamment dans le cas des prisonniers comoriens en fin de détention, le transit n'est que de quelques heures avant l'expulsion en avion. Contrairement à d'autres lieux de rétention, le CRA de La Réunion a été exempt de toute violence policière, relève le rapport.

« Dans la plupart des cas que j'ai pu voir, les prisonniers sont expulsés dès la levée d'écrou, le plus souvent sans même le savoir. En général, ils n'ont pas le temps de faire un recours », explique Nicolas Hoarau, accompagnateur juridique en rétention pour la Cimade. En 2024, 29,2% des personnes retenues étaient des détenus venant de purger leur peine, la plupart des autres (39,3%) ayant été interpellées lors de contrôles de police.

Le Groupe de recherche pour l'exécution des mesures d'expulsion (GRE), une unité créée à La Réunion et plus communément appelée Groupe de recherche des étrangers, serait à l'origine de nombre de ces arrestations.

« Il est arrivé à plusieurs reprises en 2024 que des personnes libérées par un juge soient à nouveau arrêtées par le GRE (…). Cette persistance dans les interpellations reflète la logique de chasse aux étrangers en situation irrégulière à l’œuvre sur l'île, où l'enfermement devient une finalité systématique plutôt qu'une mesure d'exception », constate le rapport des associations.

La durée maximale de rétention pourrait passer à 210 jours

Sous la pression législative exercée par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, les délais d'exercice du droit de recours des étrangers s'allongent, tandis que le laps de temps avant leur expulsion se raccourcit.

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« Avant la Loi Darmanin, la possibilité d'exécuter une OQTF était d'un an. On est passé à trois ans, cela change beaucoup de choses pour les gens à La Réunion. On a des personnes qui sont expulsées avant de voir le juge des libertés et de la détention (JLD), qui est le garant de la procédure. Gérald Darmanin a supprimé les catégories protégées, comme celle du parent d'enfant français. Aujourd'hui, il n'y a plus que les mineurs qui ne peuvent pas faire l'objet d'une OQTF », expose Nicolas Hoarau.

Toujours selon le rapport 2024 sur la rétention, une personne en situation irrégulière sur quatre a été libérée par un juge à La Réunion, contre plus d'une personne sur deux dans l'Hexagone. La Cimade craint les conséquences sur les conditions d'accueil des étrangers en CRA d'une proposition de loi qui vise à allonger la durée légale maximale de rétention. Celle-ci pourrait passer de 90 à 210 jours.

Un projet de loi envisage par ailleurs de confier à l'OFII, un organisme sous tutelle du ministère de l'Intérieur, la mission de faire exercer les droits des étrangers en rétention. La Cimade appelle « nos élus à assurer le respect scrupuleux des cadres légaux et des droits fondamentaux des personnes étrangères. »

Rétention, CRA
Infographie : rapport 2024 sur les Centres et locaux de rétention administrative.

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