Revenir à la rubrique : Société

L’expulsion aux Comores du footballeur Hakim Abdou suspendue par le tribunal

Ecrit par Thierry Lauret – le lundi 1 juin 2026 à 16H54
L'attaquant du FC Bagatelle Hakim Abdou (au centre) entouré de ses soutiens au tribunal administratif.

Visé par une OQTF depuis janvier dernier, le footballeur du FC Bagatelle Sainte-Suzanne conteste son expulsion vers les Comores, alors même que ses parents résident en toute légalité à Mayotte. Le tribunal administratif vient d’ordonner à la préfecture de réexaminer sa demande de titre de séjour.

Être expulsé vers les Comores alors même que toutes ses attaches familiales et personnelles se trouvent à La Réunion ou à Mayotte, c’est l’épée de Damoclès qui pèse au-dessus de la tête de nombreux comoriens arrivés à l’âge de l’enfance sur l’île Hippocampe, puis partis s’installer sur notre île.

L’article L. 441-8 du CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) dispose en effet que, dans la plupart des cas, un majeur comorien (ou étranger) résidant à Mayotte avec un titre de séjour régulier doit obtenir un visa pour se rendre dans un autre département français.

Une formation rémunérée au FC Bagatelle Sainte-Suzanne

Hakim Abdou, lui, est entré à La Réunion alors qu’il était mineur. Pour voyager d'un département français à un autre, il a dû produire un DCEM (document de circulation pour étranger) fourni par la préfecture en même temps que son passeport. Né en 2004 et arrivé à Mayotte à l’âge de 11 ans, Hakim Abdou a obtenu son inscription à l’université de La Réunion à 17 ans, mais a choisi de se consacrer au football, un sport qui lui permet de concilier sa passion pour le ballon rond et une formation rémunérée, grâce au FC Bagatelle Sainte-Suzanne.

Lire aussi : Le FC Bagatelle Sainte-Suzanne en soutien de son joueur Hakim Abdou, menacé d’expulsion vers les Comores

Le 5 janvier 2026, le conte de fée s’arrête net pour Hakim Abdou : la préfecture rejette sa demande de titre séjour et lui signifie une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Les services de l’État accusent le jeune attaquant d’avoir usé de faux documents pour établir son identité.

Soutenus par le club du FC Bagatelle Sainte-Suzanne, Hakim Abdou engage une procédure en urgence devant le tribunal administratif de La Réunion dans l’espoir de faire suspendre la décision de refus de titre de séjour. L’avocate du jeune comorien, Me Dilan Sunar, a fait valoir qu’il s‘agissait d’une simple erreur matérielle, comme on en trouvait régulièrement sur les documents d'état civil édités aux Comores ou à Mayotte.

Pas de documents d'état civil frauduleux selon le tribunal

Dans son ordonnance rendue le 28 mai dernier, la juridiction administrative a reconnu sans difficulté le caractère urgent de la procédure, un préalable indispensable à l’examen du dossier.

« Au titre de l’urgence, le requérant invoque notamment, outre l’ancienneté et l’intensité de ses liens familiaux en France, ses parents vivant à Mayotte, son père étant de nationalité française et sa mère disposant d’un titre de séjour, la nécessité d’accéder à nouveau à une situation régulière afin de pouvoir, en retrouvant son activité rémunérée auprès du FC Bagatelle, subvenir à ses besoins et achever sa formation professionnelle », justifie le juge des référés.

Lire aussi : 57 étrangers enfermés en centre de rétention administrative à La Réunion en 2024

Le magistrat poursuit en rappelant qu’aucune disposition de l’article L. 441-8 du CESEDA n’a pour effet de faire obstacle à l’obtention d’un titre de séjour « vie privée et familiale » en prenant notamment en compte les années vécues par Hakim Abdou à Mayotte. Quant au moyen soulevé par la préfecture arguant d’un document d’état civil frauduleux, il ne saurait être sérieusement retenu, selon le tribunal.

La préfecture condamnée à 1.500 euros

« En l’état de l’instruction, au vu des éléments probants produits par Hakim Abdou pour attester d’un état civil indiscutable, ces éléments étant corroborés par la circonstance que l’administration, à Mayotte puis à La Réunion, avait toujours, avant la décision litigieuse, pris en compte cet état civil à la faveur des documents officiels qui lui étaient délivrés, en dernier lieu son permis de conduire obtenu en janvier 2025, le grief d’état civil frauduleux ne saurait être validé », tranche l’ordonnance du juge des référés.

Lire aussi : Maurice : 2.500 travailleurs étrangers recrutés face à la pénurie de main d‘œuvre dans l’agriculture

Un jugement sévère envers les services de la préfecture, doublé d’un rappel sur les stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, qui énonce que toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

Le tribunal administratif ordonne donc la suspension de la mesure d’OQTF frappant le footballeur du FC Bagatelle Sainte-Suzanne et enjoint l’administration de réexaminer dans un délai de 10 jours sa demande de titre de séjour l’autorisant à travailler.

La préfecture devra par ailleurs s’acquitter de 1.500 euros pour les frais de justice.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :