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Procès d'Olivier Hoarau : coup de théâtre en fin d'audience

Au tribunal correctionnel, l’affaire des subventions prétendument détournées autour de la création du centre commercial Sacré Cœur au Port a pris une tournure surprenante. La société Mercialys, à l’origine des fonds versés à des associations locales, accuse ces dernières d’avoir failli à leurs engagements. Partie civile au procès du maire du Port, elle demande au tribunal d'abandonner les poursuites pour corruption et de requalifier les faits en abus de confiance.
Ecrit par Isabelle Serre – le vendredi 15 novembre 2024 à 06H31
Olivier Haorau, Eric Heinz et Fayzal Ahmed-Ali au tribunal correctionnel de St-Denis (DR)
Au deuxième jour d’audience ce jeudi, les débats se sont achevés avec la plaidoirie de l’avocat de la société foncière Mercialys, partie civile au procès du maire du Port. Mercialys est propriétaire d’une cinquantaine de centres commerciaux en France qu’elle gère, tandis qu’une de ses filiales se charge de la communication et de la promotion.

C’est à ce titre qu’elle a conclu des contrats de sponsoring à l’ouverture du Sacré-Cœur au Port, une opération de 74 millions d’euros montée de toutes pièces par le groupe Casino. « Ces contrats d’un montant de 80.000 euros passés avec des associations locales avaient pour but de créer du lien et de l’attachement avec les citoyens », développe Me Olivier Gutkès. Une contrepartie contractuelle était attendue de la part des sponsors : animer le centre commercial, organiser des démonstrations, etc.

 

Une corruption impossible et fantasmée

 

C’est ainsi que le club de football La Jeanne d’Arc a touché 35.000 euros, l’association Port Musculation et l’AS ZUP respectivement 17 500 euros, et l’association Sirandane 10.000 euros. « Des fonds détournés de leur objet », martèle la robe noire, puisque ces structures associatives se sont avérées être des coquilles vides. Poursuivant dans cette logique, Me Olivier Gutkès a demandé au tribunal de requalifier les faits de corruption en abus de confiance.

« Ceux qui ont reçu les fonds, président et trésorier des quatre associations, devraient être poursuivis. Il n’y a pas de corruption. Elle est fantasmée. Olivier Hoarau et les autres prévenus sont des receleurs », a asséné le conseil parisien, qui a demandé à ce que les 80.000 euros de subventions « détournées » soient remboursés à Mercialys. Coup de tonnerre dans le prétoire, alors que le président Duchemin a choisi de suspendre l’audience, qui devrait reprendre ce vendredi avec les réquisitions du parquet.

 

« Olivier Hoarau est un receleur »

 

En début de matinée, c’est Eric Heinz, 59 ans, ex-directeur du développement immobilier de Casino, qui s’est présenté à la barre. Pantalon bleu foncé et chemise impeccable, le quinquagénaire s’est appliqué à décrire un parcours professionnel exemplaire, avec comme seul point noir le traumatisme de son interpellation au saut du lit, suivie de plusieurs heures en cellule dans le cadre de sa garde à vue.

Le prévenu a confirmé que les conventions signées avec les associations l’étaient « en fruits » plutôt qu’en euros, Fayzal Ahmed Vali « n’étant pas à l’aise pour parler d’argent ».

« Vous êtes satisfait du résultat ? », questionne le président du tribunal. Eric Heinz reconnaît qu’aucune des associations subventionnées n’a accompli sa mission et admet « avoir été berné ». De nouveaux textos viennent à l’appui de ses relations avec Fayzal Ahmed Vali et Olivier Hoarau. « Vous étiez sous pression », résume le président Duchemin. « C’était du harcèlement », abonde la procureure de la République.

 

« C’est le maire quand même ! »

 

Bernard Payet, 59 ans, directeur de cabinet du maire, a ensuite été longuement interrogé sur son intervention au bénéfice d’Eddy Voltigeant, « un homme qui distribue des repas aux démunis » recommandé à Eric Heinz. Or, les 10.000 euros de subventions obtenus par Sirandane se sont immédiatement volatilisés. Fayzal Ahmed Vali assure avoir prêté de l’argent, 2 kg de poissons (2.000 euros pour régler un billet d’avion) à Bernard Payet, bien que ce dernier s’en défende. « Il y en a un des deux qui ment », conclut le tribunal.

L’épouse du 1er adjoint du Port, Leila Moussa, 61 ans, poursuivie pour blanchiment, n’a pas su expliquer pourquoi des chèques retrouvés sur son compte en banque se sont transformés en argent liquide au profit d’Olivier Hoarau. Une « maladresse » pour la sexagénaire, assurant que son mari se chargeait des remises de chèques et qu’elle avait confiance. « C’est le maire quand même ! », s’est exclamée la prévenue, ajoutant qu’elle savait la mère de l’édile malade et qu’il devait alors avoir besoin d’argent. Le couple a balayé les soupçons d’un revers de main : « La compta, c’est pas notre truc. »

 

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