Peines jugées trop légères : le parquet revient à la charge dans l’affaire Yannis Bley

Yannis Bley et cinq autres personnes gravitant dans un vaste trafic de stupéfiants entre l’île et l’Hexagone étaient de nouveau jugés ce vendredi 6 février. Un appel formulé, pour la majorité des protagonistes du dossier, par le parquet, qui a une nouvelle fois estimé le quantum des peines insuffisant en première instance. Délibéré rendu le 5 mars.
Dix heures d’audience ont été nécessaires pour rejuger Yannis Bley et cinq autres mis en cause dans ce dossier. Pour rappeler rapidement les faits, on soupçonne le jeune homme d’être à la tête d’un vaste trafic de stupéfiants : cocaïne, cannabis, ecstasy... Dans ce dossier, on parle notamment de 429.000 euros engendrés par cette entreprise crapuleuse. Étalés sur une prévention de trois ans — 2021 à 2023 —, "fric et came" transitaient par des mules entre Saint-Denis et Paris.
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En préambule de l’audience, le ministère public rappelle d’abord la motivation de cet appel. Outre une prévenue, Anaïs H., ayant décidé de faire appel, les cinq autres comparses sont là à la demande du parquet. Ce dernier ayant martelé que les peines prononcées en première instance étaient loin d’être suffisantes.
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Yannis Bley, l’homme qui ne « sait pas »
En première instance, Yannis Bley a écopé d’une peine de six ans d’emprisonnement, moitié moins que les réquisitions formulées par le parquet. Ce jeune homme a participé de la façon suivante au réseau : il en est à la tête, supervisant depuis La Réunion la réception des mules.
Lors de son interpellation en 2023, après un mandat de recherche émis par les forces de l’ordre, on retrouve chez lui des sommes faramineuses en cash : 3.115 euros sur lui, 8.000 euros à son domicile. Et ça, sans compter les 22.000 euros retrouvés dans un véhicule conduit par l’un de ses complices.
Le parquet a rappelé le rôle stratégique joué par Yannis Bley dans ce trafic de stupéfiants : recrutement des mules, supervision de la logistique, écoulement des marchandises, encaissement de l’argent. Ce qui met la puce à l’oreille, c’est son train de vie dérisoire pour un homme qui ne travaille pas. Jugeant son rôle majeur dans « l’entreprise », le ministère public a requis à cette audience douze ans de prison, 100.000 euros d’amende et l’interdiction de paraître sur l’île pendant cinq ans.
Pour sa défense, l’homme explique que cet argent provient effectivement d’un trafic de stupéfiants. Mais pas d’une envergure telle que le rapporte le ministère public, non. Deux ou trois ventes sous le manteau, que viennent compléter la vente de matériel informatique (type tablettes, etc.). Or, lorsqu’on le place devant les faits, le jeune homme est laconique et les mots « je ne sais pas » se répètent bon nombre de fois dans ses réponses.
Ousmane M’B., co-gérant du réseau ?
Vient le tour d’Ousmane M’B. Interpellé à son domicile, en région parisienne, le père de famille semble jouer le rôle de co-gérant de ce trafic de stupéfiants. Ayant lui aussi effectué de nombreux voyages sur l’île, selon les dires d’un des membres du réseau, il aurait laissé une partie de la gouvernance à Yannis Bley.
Véritable marionnettiste ? La réponse risque de demeurer inconnue, puisqu’à la barre, il nie catégoriquement les faits. Ses rentrées d’argent, malgré les petits boulots d’intérim ? C’est simple : l’homme explique avoir bossé au black, vendant des voitures à La Réunion importées depuis l’Hexagone. Il se dit étranger à tout cela, parlant même d’une ex jalouse qui aurait gonflé sa participation.
Condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, en première instance, le ministère public requiert en ce jour une peine de dix ans d’emprisonnement. Pour la défense, sont mis en avant le statut de primo-délinquant d’Ousmane M’B. et le peu de liquidités retrouvées chez lui, à savoir 1.500 euros.
Paul F., lieutenant de Yannis Bley
Vient le tour de Paul F. Point commun avec les deux protagonistes précédents, il est originaire lui aussi d’Île-de-France. D’emblée, il révèle qu’il a effectivement blanchi de l’argent dans cette histoire. Leur système était basé sur des transferts transitant entre plusieurs comptes, avec le recours à des « mules d’argent » pour ramener du cash à Paris.
Ainsi, il a effectué près de neuf voyages vers notre île. L’autre point commun avec les autres, ce sont ses revenus modestes : lui non plus n’a pas de travail. À La Réunion, il explique à la cour avoir servi de livreur : il transportait des paquets d’un point A à un point B, sans poser de question. Bien sûr, Paul Fadigua se doutait bien que le contenu des colis n’était pas du chocolat…
Cependant, le ministère public lui impute un rôle beaucoup plus important : celui d’être un fidèle lieutenant de Yannis Bley. Il s’appuie sur les nombreux voyages éphémères du jeune homme, son rôle de surveillant des mules et les importantes sommes qu’on lui confiait.
Ainsi, le parquet requiert à son égard une peine de six ans d’emprisonnement, 50.000 euros d’amende et une interdiction de paraître ici pendant cinq ans. En première instance, il a écopé de quatre ans de prison, dont deux avec sursis.
Le banquier « low-cost »
Au tour de Zackaria K., dit le banquier. Jugé pour association de malfaiteurs et blanchiment d’argent, l’homme a vu transiter sur son compte en banque près de 34.000 euros, entrant et sortant. Il servait donc de livreur de cash, sans compter ses six voyages entre Paris et La Réunion.
Déjà jugé à Créteil pour avoir été interpellé à l’aéroport avec une valise de 34.000 euros, Zackaria K. reste lacunaire à la barre : pour lui, il ne faisait pas vraiment partie du réseau. Il reconnaît cependant avoir participé au blanchiment de l’argent. Si la défense parle de Zackaria K. comme d’un banquier « low-cost » au vu des 34 opérations bancaires effectuées entre 2021 et 2023 (sur plus de 200), le ministère public n’en démord pas.
La procureure requiert à son encontre une peine de cinq ans de prison, 3.000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction de paraître sur le territoire réunionnais. En première instance, l’homme a écopé de quatre ans, dont deux avec sursis.
Le distributeur péi et la petite amie
Vient ensuite le cas de Fabrice R. Le Saint-Pierrois d’origine s’occupait, lui, de prendre la drogue, de la vendre à La Réunion et de ramener l’argent. À la barre, son cas est vite examiné : il ne conteste absolument pas les faits. Écopant de quatre ans, dont deux avec sursis, en première instance, le ministère public requiert en appel une peine de cinq ans d’emprisonnement.
Enfin, vient le tour d’Anaïs H. Compagne de Yannis Bley, du moins pendant un temps, elle est la seule à avoir fait appel de la décision du tribunal. Sous contrôle judiciaire, elle explique avoir effectivement prêté sa carte à Yannis Bley pour payer des voyages et des réservations d’hôtel. Elle explique qu’elle souhaitait seulement venir en aide à Yannis Bley, sans prendre la réelle mesure qu’elle participait indirectement à ce trafic.
Indirectement, ai-je dit ? Pas sûr, puisque Fabrice R. expliquait qu’il récupérait les stupéfiants avec elle avant de lui rendre l’argent récolté. Voilà qui jette une ombre sur la défense de la jeune femme, dont le train de vie — comme celui de tous les autres protagonistes — est conséquent au vu de ses revenus quasi absents.
Le ministère public requiert à son égard une peine de quatre ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt.
Le délibéré doit être rendu le 5 mars prochain.
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