Économie : La Réunion résiste encore, mais les entreprises redoutent un second semestre plus difficile

L'activité économique réunionnaise est restée dynamique au premier trimestre 2026, selon les dernières tendances conjoncturelles de l'IEDOM. Emploi en hausse, climat des affaires favorable et secteurs productifs bien orientés témoignent d'une économie résiliente. Mais derrière ces résultats encourageants, les chefs d'entreprise anticipent déjà les effets du conflit au Moyen-Orient, qui pourraient peser sur les prix et l'activité dans les prochains mois.
Un premier trimestre meilleur qu'attendu
L'économie réunionnaise a plutôt bien résisté en début d'année. L'indicateur du climat des affaires (ICA), publié par l'IEDOM, progresse de 1,6 point au premier trimestre pour atteindre 103,8 points, un niveau supérieur à sa moyenne de longue période.
Les entreprises interrogées font état d'une activité en hausse, d'effectifs renforcés et d'intentions d'investissement toujours favorables. Une situation qui a même surpris certains observateurs au regard du contexte international. "Nous pensions que les choses allaient être un peu plus compliquées avec la hausse des prix du pétrole et les tensions géopolitiques. Pour l'instant, ce que nous constatons, c'est que l'économie réunionnaise résiste plutôt bien", analyse Philippe La Cognata, directeur régional de l'IEDOM.
Cette résilience s'observe notamment dans plusieurs secteurs moteurs de l'économie locale.
L'agriculture et l'agroalimentaire tiennent le cap
Contrairement aux craintes exprimées ces derniers mois, les secteurs liés à la consommation courante continuent de bien se comporter. Agriculture, industrie agroalimentaire et grande distribution alimentaire affichent encore des niveaux d'activité positifs.
Pour Philippe La Cognata, cette résistance s'explique en partie par la nature même de ces activités, moins exposées aux arbitrages de consommation des ménages.
Les services, en revanche, restent plus hésitants, tandis que la consommation des ménages demeure marquée par une certaine prudence malgré une légère hausse des importations de biens durables (+1,4 %).
Le BTP reste le principal point de fragilité
Tous les secteurs ne profitent toutefois pas de cette dynamique. La construction demeure en difficulté, particulièrement dans le logement privé. Entre la hausse des coûts de construction, le niveau des taux d'intérêt et un pouvoir d'achat sous pression, le marché peine à retrouver des couleurs.
"Dès qu'il s'agit d'un projet immobilier, les ménages reportent davantage leurs décisions. C'est ce qui explique les difficultés persistantes de la promotion privée", souligne le directeur régional de l'IEDOM.
Le logement social reste lui aussi confronté à des tensions qui freinent le redémarrage du secteur.
L'emploi s'améliore mais les signaux se brouillent
Le marché du travail poursuit sa progression au premier trimestre. Le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A recule de 5,9 % sur trois mois pour s'établir à 110.520 personnes. Cette amélioration est cohérente avec les retours des entreprises, qui déclarent avoir augmenté leurs effectifs.
Mais les perspectives apparaissent moins favorables. Selon l'enquête Besoins en main-d'œuvre de France Travail, les intentions d'embauche diminuent de 3 % sur un an.
Un indicateur qui traduit une prudence croissante des employeurs face aux incertitudes économiques.
Les effets du conflit au Moyen-Orient encore partiellement masqués
Si les tensions internationales n'ont pas encore produit tous leurs effets à La Réunion, les entreprises savent que la situation pourrait rapidement évoluer.
Selon Philippe La Cognata, une partie de la bonne tenue observée au premier trimestre s'explique par les stocks constitués avant la flambée des coûts logistiques et des matières premières : "Les produits qui arrivent aujourd'hui sur le marché ont souvent été achetés plusieurs mois auparavant. Les entreprises n'ont donc pas encore intégré totalement les nouvelles hausses de coûts dans leurs prix de vente."
Les prochains mois pourraient être différents. Le renchérissement du transport maritime, lié notamment aux détours imposés aux navires dans certaines zones du Moyen-Orient, devrait progressivement se répercuter sur les marchandises importées.
Autre sujet de préoccupation : la situation financière des ménages les plus vulnérables. Les dossiers de surendettement déposés auprès de l'IEDOM progressent de près de 29 % sur un an. Une hausse qui témoigne des difficultés rencontrées par une partie de la population malgré les bons indicateurs macroéconomiques.
Les artisans, les petites entreprises et les ménages modestes figurent parmi les acteurs les plus exposés à une éventuelle dégradation de la conjoncture.
Une possible accalmie sur les carburants
L'un des principaux risques pour les prochains mois reste l'évolution du prix de l'énergie. La forte hausse des carburants enregistrée en avril a déjà contribué à relancer les craintes inflationnistes.
L'IEDOM entrevoit néanmoins un scénario un peu plus favorable. Les marchés asiatiques, qui servent de référence pour l'approvisionnement de La Réunion, anticipent actuellement une détente des cours pétroliers. Si la situation géopolitique ne se dégrade pas davantage, les prix à la pompe pourraient progressivement refluer.
Un facteur qui permettrait d'alléger la pression sur les ménages comme sur les entreprises.
Un deuxième trimestre sous surveillance
Après un début d'année solide, les chefs d'entreprise abordent désormais le deuxième trimestre avec davantage de prudence.
La plupart anticipent une hausse de leurs coûts et un ralentissement de leur activité. Si l'économie réunionnaise a jusqu'ici démontré sa capacité d'adaptation, l'IEDOM estime que les prochains mois seront déterminants pour mesurer l'impact réel des tensions internationales sur l'île.


