Vidéos de décapitations, alerte à la bombe, médias avertis... : un Tamponnais condamné à trois ans de prison pour menaces de mort, mais relaxé pour apologie du terrorisme

Auteur de mails annonçant un attentat sur le sol réunionnais les 25 et 26 juin 2025, un Tamponnais de 31 ans psychologiquement perturbé a été condamné à la peine de trois ans de prison dont 18 mois avec sursis probatoire renforcé pour menaces de mort. Il est en revanche relaxé pour les faits d’apologie du terrorisme.
« Demain à l’aéroport Roland-Garros, une bombe explosera et des passagers du vol AF 648 seront décapités pour Allah. » C’est le message particulièrement inquiétant reçu dans la nuit du 25 au 26 juin 2025 par la rédaction de Radio Free Dom. Le journaliste qui l’ouvre est d’autant plus choqué que le mail est accompagné de photos et vidéos de scènes de décapitations issues de la propagande de l’Etat Islamique, et que son auteur menace également de s’en prendre aux journalistes « sur le sol de La Réunion ». Il en informe aussitôt les services de police, qui déclenchent une enquête.
Plusieurs rédactions destinataires
Dans les heures qui suivent, l’adresse IP d’où provient le courriel est localisée au Tampon, où le RAID est envoyé pour appréhender son auteur. Sur place, les policiers interpellent Jordan G., 30 ans, propriétaire de la boîte mail utilisée.
Dans un premier temps, l’homme nie être l’auteur du courriel. Mais, confronté aux éléments de l’enquête, il finit par avouer. D’autant que des mails similaires ont été envoyés depuis le même compte la veille au soir à d’autres médias de l’île : le groupe Cirano et la rédaction d’Imaz Press ont également été destinataires de ces écrits préoccupants.
Antécédents psychiatriques
Mais, très vite, le profil psychiatrique du suspect pose question. L’homme, allocataire du RSA, vit « reclus chez ses parents et passe son temps à jouer aux jeux vidéo. » Et s’il a déjà fait l’objet d’une procédure judiciaire en 2019 pour avoir versé de l’essence sur une assistante maternelle, celle-ci a été classée sans suite avec une hospitalisation sous contrainte. Il avait encore fait l’objet d’un suivi en centre médico-psychologique en 2023, après des menaces proférées sur un réseau social envers des membres de sa famille.
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"J’étais en colère"
Mis en examen et écroué, l’homme a comparu vendredi 5 juin devant le tribunal correctionnel pour apologie du terrorisme et menaces de mort. « Je suis désolé, je n’aurais pas dû faire ça », s’excuse penaudement le trentenaire. « J’étais en colère que mes commentaires aient été bloqués par ces médias, mais je n’ai jamais eu l’intention de passer à l’acte », assure-t-il.
« Vous vous rendez compte que, pour des personnes classiques, ces images de décapitation sont insoutenables ?», demande la présidente au prévenu. « J’ai fait ça sans réfléchir, quand je vois des trucs, ça m’influence », répond-il, précisant être « de religion chrétienne. »
Une nouvelle expertise vient établir sa « fascination pour les films d’horreur et les contenus violents », mais pas forcément de troubles psychotiques. Excluant « toute abolition ou altération du discernement », le médecin estime néanmoins qu’il existe chez le sujet, « impulsif et rancunier », « une réelle dangerosité avec un risque de passage à l’acte. »
"J’ai besoin de soins"
« Je ne joue plus aux jeux vidéo depuis que je suis en prison, mais j’ai besoin de soins », commente le prévenu.
« Nos collaborateurs étaient assez inquiets, d’autant qu’il y a déjà eu des intrusions à la rédaction d’Antenne Réunion, ce sont des faits extrêmement graves », déplore un représentant du groupe Cirano, partie civile.
Soulignant « l’esprit de responsabilité » dont a fait preuve le journaliste à l’origine de l’alerte, la procureure s’interroge sur les intentions réelles du prévenu. « Quand on écrit aux médias, c’est pour que ses propos soient relayés », considère-t-elle. « Il a menacé ces médias, mais aussi les passagers d’un vol qui existait bien », rappelle encore le ministère public, souhaitant éviter « un autre loup solitaire voulant terroriser la société. » Trois ans de prison dont un avec sursis probatoire sont requis.
"Un pauvre bonhomme isolé qui a dévié"
En défense, Me Yannick Carlet reconnait que « les faits font peur, dans un contexte marqué par le terrorisme ces dernières années, y compris dans des rédactions comme celle de Charlie Hebdo ». Pour autant, l’avocat souligne que ces menaces ne sont pas étayées dans la réalité.
« C’est un pauvre bonhomme qui passe son temps isolé derrière son écran, qui joue aux jeux vidéo et a dévié sur ces vidéos insoutenables. Il n’est pas converti, n’a aucun contact avec l’extérieur et a agi sous le coup d’une impulsivité non contrôlée », souligne-t-il.
Après en avoir délibéré, le tribunal va relaxer le prévenu des faits d’apologie du terrorisme, au motif que les vidéos envoyées « l’ont été dans un cadre de menaces, et non pour inciter à un jugement favorable du terrorisme. » Il est en revanche condamné pour les menaces de mort à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis probatoire renforcé et maintien en détention.


