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Reprise de la Soficoop : les bizarreries de la Justice et du Crédit agricole

Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 4 juin 2026 à 13H46

Le feuilleton Urcoopa/Soficoop n’en finit pas de rebondir. Il y a eu l’éviction surprise de la Sicalait du conseil d’administration de l’Urcoopa, il y a quelques jours. Lors de cet épisode, on laisse entendre qu’une nouvelle étape s’écrira peut-être le 10 juin prochain.

En effet, ce mercredi 10 juin, le tribunal de commerce sera amené à se prononcer sur une requête de sortie de procédure "par extinction de la dette". Sans même avoir examiné les plans de reprise déposés, d’un côté par l’Urcoopa, de l’autre par le groupement Terracoop/Sicalait

Une mansuétude étonnante de la Justice

La date déjà interroge. Voilà 26 mois que la Soficoop a été placée en redressement judiciaire. 26 mois - au lieu de 12, du jamais vu ! Cette clémence de l’appareil judiciaire montre s’il en était besoin que ce dossier de l’Urcoopa a bénéficié d’une mansuétude qui interroge.

Il est vrai, et la seule évocation des noms des différents protagonistes suffit à le prouver, que c’est l’avenir d’une bonne partie de la filière agricole réunionnaise qui se jouera à cette date.

Mais la Justice n’est pas la seule à jouer un drôle de jeu dans cette affaire. La position du Crédit agricole également interroge. Comme son nom l’indique, celle qui se présente volontiers comme la banque des agriculteurs aurait dû rester neutre dans cette affaire et aider chacun des potentiels repreneurs. Autant l’Urcoopa que Terracoop et la Sicalait.

Lire aussi : Fin de la crise à l’Urcoopa ? Le juge des référés stoppe net la "prise de pouvoir"

Car les enjeux sont énormes pour la filière. D'un côté, le groupe Urcoopa représente près de 1.000 emplois et 350 millions d'€ de chiffre d'affaires. De l’autre, Terracoop et Sicalait représentent ensemble près de 600 emplois et environ 200 millions d'€ de chiffre d'affaires.

Il pouvait donc sembler dans l'intérêt général de rechercher une solution préservant l'ensemble des acteurs de la filière plutôt que de s’engager unilatéralement aux côtés de la seule Urcoopa.

Un positionnement du Crédit agricole qui interroge

Au lieu de cela, le Crédit agricole s’apprête à consentir un prêt de 20 millions d’euros, de quoi couvrir le passif de la structure. Ce qui permet à Christian Dijoux, le directeur de l’Urcoopa, d’affirmer dans sa proposition de reprise qu’il "efface la dette". Dans la réalité, il ne fait que la couvrir par un prêt pour lequel il faudra en plus rembourser les intérêts. Autrement dit, on creuse encore plus la dette, on décale simplement le problème qui reste entier et aggravé !

Autre question : pourquoi le Crédit agricole apparaît-elle comme le seul soutien bancaire du plan de l’Urcoopa ?

Généralement, des opérations de restructuration de cette ampleur sont accompagnées par plusieurs établissements financiers réunis au sein d'un pool bancaire, permettant ainsi une répartition des risques.

Lire aussi : Urcoopa : 300 salariés et éleveurs dans l’attente de la décision du tribunal

Pas de pool bancaire en l’espèce. Le Crédit agricole ne prêtera de l’argent, et donc d’une certaine manière, n’apportera sa caution qu’à la seule Urcoopa.

Étonnant, non ?

La position de la banque verte étonne moins quand on se rappelle que son président actuel, Pascal Quineau, a été... président de l’Urcoopa entre 2020 et 2022 ! Et qu’il a donc piloté ou pour le moins approuvé la gestion de l’époque dont on va dire, pour être gentil, qu’elle interroge.

Prenons par exemple le dossier de Couvée d’Or. Voilà une société dont l’Urcoopa a cédé sous sa présidence 50% du capital à Avipole, représentée par Patrick Leveneur.

Une rareté comptable, le compte courant inversé

C'est apparemment à partir de cette opération qu'est apparu un compte courant inversé de 10 millions d'€ entre l'Urcoopa et Soficoop. Dit autrement, l’Urcoopa a pioché 10 millions dans la trésorerie de la Soficoop pour investir dans cet outil industriel sans que les retours économiques attendus ne semblent avoir été au rendez-vous.

Cette situation présente certaines similitudes avec d'autres dossiers ayant conduit à une dégradation de la situation financière du groupe, tout en n’ayant apparemment pas rapporté de contreparties financières ni de distribution de dividendes ultérieure.

3 millions d’euros gaspillés en un an dans Jardicane

Autre dossier qui interroge, celui de Jardicane / Botanik Péi.

Le rachat des fonds de commerce de Jardicane constitue probablement l'un des dossiers qui pose le plus question sur la gouvernance de la Soficoop, dans le cadre d'une acquisition réalisée en période de sauvegarde.

Le 30 octobre 2024, les fonds de commerce de Jardicane sont repris par la Soficoop qui se trouvait alors pourtant déjà sous procédure de sauvegarde.

D’après ce que nous savons, aucun business plan détaillé n'aurait été présenté préalablement aux organes de gouvernance compétents et aucune délibération spécifique du Conseil d'administration ou du Conseil de surveillance n'aurait été soumise au vote. Interrogé en séance, le président Henri Lebon aurait lui-même confirmé que cette décision n'avait pas été présentée préalablement au Conseil.

Lire aussi : La guerre à l'Urcoopa continue : la Sicalait écartée du conseil d'administration

Ce n’est que le 8 avril 2025, lors d’un conseil de surveillance de Sofocoop, qu’un business plan de Botanik Péi a finalement été présenté.

Selon le procès-verbal de cette réunion, la direction indiquait alors que cette activité ne relevait pas du cœur de métier du groupe et qu'elle ne présentait pas de perspectives de rentabilité suffisantes, au point d'envisager sa cession ou toute autre forme de désengagement.

Engagements

A l’époque, plusieurs engagements avaient été pris : acquisition des fonds de commerce, reprise des 19 salariés, reprise de contrats en cours, signature de nouveaux baux commerciaux avec la Cane, reprise d'un emprunt bancaire, maintien de circuits d’approvisionnement spécifiques.

Moins d'un an après la reprise, les trois sites concernés ont finalement été fermés et l'ensemble des salariés licenciés pour motif économique. Selon certaines estimations, le coût global de cette opération ratée pourrait approcher les 3 millions d'€ "cramés" en une seule année.

Au vu de tous ces éléments, le moins que l’on puisse dire est que la clairvoyance du tribunal de commerce, le 10 juin prochain, sera mise à l’épreuve et particulièrement scrutée.

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