Revenir à la rubrique : Faits divers

Violences et maltraitances sur trois bébés à Saint-Paul : huit ans de prison pour le père, bracelet électronique pour la mère

Ecrit par Sébastien Gignoux – le jeudi 4 juin 2026 à 17H23

Reconnus coupables de violences et privation de soins sur leurs trois bébés, dont une jumelle de trois mois handicapée à vie, un couple de jeunes Saint-Paulois a été condamné à huit ans de prison ferme pour le père, et deux ans d'emprisonnement dont un avec sursis aménageable pour la mère.

Arrivés au terme de quatre jours d’une audience au cours de laquelle la description des blessures infligées à trois jeunes enfants a parfois frôlé l’insoutenable, les magistrats de la cour criminelle départementale de La Réunion ont rendu leur verdict jeudi 4 juin.

Reconnu coupable de privation de soins et violences sur mineurs de 15 ans par ascendant, dont certaines ont entraîné une infirmité permanente chez l’une des jumelles à peine âgées de trois mois, le père, Vincent B., 29 ans, est condamné à huit ans d'emprisonnement ferme.

Jugée pour des violences sur leur fils aîné de 21 mois, privation de soins et non-dénonciation de crime, la mère, Anaïs A., 24 ans, écope pour sa part de deux ans de prison dont un avec sursis, aménageables sous bracelet électronique pour la partie ferme.

Un bébé secoué "comme dans un accident à 90 km/h"

Des peines bien en deçà des réquisitions de l’avocate générale, qui avait réclamé 14 ans de réclusion criminelle contre le père en évoquant « des violences d’une gravité extrême » sur des bébés, dont deux jumelles « particulièrement vulnérables », nées prématurées en janvier 2023 et pesant « moins de deux kilos à leur retour à la maison fin février ». Des violences principalement exercées par le père, qui a reconnu plusieurs épisodes jusqu’à celui du secouement, la nuit du 9 avril 2023, qui a provoqué des dégâts irréversibles sur l’une des petites filles.

Sur celle-ci, les médecins ont recensé « des ecchymoses, des griffures, une, voire deux morsures et 39 fractures aux côtes et aux membres », ainsi que « des lésions cérébrales multiples » qui ont laissé le nourrisson « polyhandicapé, une enfant qui ne sera jamais autonome et ne pourra jamais marcher », a rappelé l'accusation. « C’est comme si elle avait été victime d’un accident de voiture à 90 km/h », illustre la magistrate du parquet.

"Un acharnement"

Sur sa jumelle, ce sont « 13 fractures diverses » qui ont été observées, mais aussi « des hémorragies cérébrales » également compatibles avec un syndrome du bébé secoué. « Pour elle, une incapacité physique permanente partielle est également envisagée, mais il faudra attendre un nouveau bilan psychomoteur à son entrée au CP », prévient l’accusation.

Lire aussi : Un jeune couple de Saint-Paulois jugé pour de multiples fractures sur un nourrisson

Quant au petit garçon, 21 mois à l’époque, les experts ont observé « un retard de développement » et la nécessité, malgré son jeune âge, d’un suivi psychiatrique pour surmonter les traumatismes vécus.

S’agissant du père, « on n’est pas sur un papa dépassé qui va péter un câble une fois, et chercher des solutions ». « On est sur des comportements répétés, multiples, qui relèvent de l’acharnement » insiste l’avocate générale.

"Je ne savais plus comment réagir"

Décrit comme « calme et réservé » par ses proches, ce coiffeur de métier accro aux jeux vidéo, « n’a jamais présenté d’intérêt pour ses enfants » fustige la magistrate, même si l’accusé « a commencé un cheminement en prison. »

« J’étais choqué de ce que j’avais fait, je ne savais plus comment réagir, j’avais peur de ce que les autres penseraient de moi » a-t-il expliqué lors de son interrogatoire devant la cour, mercredi 3 juin.

Quant à la mère, le ministère public s'est montré intraitable.  « Elle dit qu’elle ne savait pas, qu’elle n’a pas vu, qu’elle n’a pas compris. Mais elle a pris des photos des blessures pour les effacer ensuite, elle a entendu les inquiétudes de ses proches. Elle avait des éléments, mais n’a pas réagi », pointe l’avocate générale.

La nouvelle grossesse "ne doit pas être une excuse"

Pour la magistrate, la nouvelle grossesse de la prévenue, enceinte de six mois, « ne doit pas être une excuse pour éviter la prison ferme, et questionne fortement sa compréhension du dossier : elle a déjà trois enfants qui ont été placés et qui présentent de lourdes séquelles. Quel sens donner à cette grossesse et à la procédure, alors qu’elle encourt dix ans de prison ? » interroge l’avocate générale, requérant quatre ans de prison ferme avec un mandat de dépôt différé après la naissance de l’enfant à venir.

Mettant en avant « la déficience intellectuelle » de sa cliente, confirmée par les experts, Me Louis Weiling-Gaze plaide pourtant l’acquittement. « Je ne dis pas qu’elle n’a pas vu les traces de violences, mais je dis qu’elle n’a pas compris » plaide l’avocat. « Elle a essayé d’élever ses enfants du mieux qu’elle pouvait, avec ses carences à elle. Elle était dans une forme de déni, mais aussi de dépendance à son compagnon », soutient la défense.

"Pas des parents bourreaux"

Pour le père, Me Aaéza Cadjee va dépeindre « un papa à bout de nerfs, immature, dépassé par l’arrivée de ces jumelles prématurées » et souvent « livré à lui-même en raison des absences de la mère. »

« On n’est pas sur des parents bourreaux, ou la maison des horreurs qu’on nous a décrits. Ce sont des gens lambdas, qui se sont retrouvés désarmés, impuissants face à cette nouvelle situation », nuance l’avocate.

Pour Vincent B., « son sentiment de culpabilité est tel qu’il est prêt à tout reconnaître, même des faits qu’il n’a pas commis » plaidera encore Me Cadjee pour illustrer « la prise de conscience » de son client.

Des plaidoiries entendues par les magistrats, qui, s'ils ont déclaré les accusés coupables, ont prononcé des peines plus clémentes que celles requises : huit ans de prison pour le père, et, donc, une peine mixe aménageable pour la mère. Une sentence toutefois assortie pour les deux Saint-Paulois du retrait de l’autorité parentale et d'une interdiction d'exercer une activité en lien avec des mineurs.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :