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Mayotte, vie chère, sécurité… Les grands axes du plan gouvernemental pour les Outre-Mer

Ecrit par S.I. – le jeudi 10 juillet 2025 à 18H05
Photo Pierre Marchal Anakaopress

Alors que les inégalités se creusent dans les Outre-mer, le Comité interministériel des Outre-mer de ce jeudi 10 juillet 2025 marque une tentative de reprise en main politique pour le gouvernement. Une méthode "rénovée", avec des moyens et des mesures ciblées visant à enrayer les inégalités persistantes et à instaurer une nouvelle relation entre l’État et les Outre-mer.

Pour le gouvernement, ce CIOM de juillet 2025 marque un tournant politique dans la manière dont l’État aborde la question ultramarine. Pour affirmer cette ambition, le ministère des Outre-mer a été élevé au rang de ministère d’État, confié à Manuel Valls, ancien Premier ministre. Cette décision symbolique traduit, selon le gouvernement, une volonté de replacer les trois millions d’Ultramarins au cœur du projet républicain.

Ce choix répond aussi à une urgence politique : les territoires ultramarins expriment depuis des années une défiance croissante à l’égard de l’État central, alimentée par les inégalités persistantes, la cherté de la vie, les violences ou encore le sous-développement des services publics. Autant de défis urgents auxquels le gouvernement entend répondre à travers cette nouvelle feuille de route. 

Mayotte au centre de toutes les attentions

Dévastée par le cyclone Chido en décembre 2024, Mayotte fait l’objet d’un plan de reconstruction d’une ampleur inédite, avec 4 milliards d'euros engagés via le projet de loi de programmation. Une stratégie quinquennale, déclinée jusqu’en 2031, est pilotée par un établissement public chargé de la coordination des chantiers. Le gouvernement entend ainsi transformer la crise en levier de refondation, en s’attaquant aux problèmes structurels qui minent l’archipel : immigration clandestine, désordre foncier, habitat illégal, insécurité, sous-développement économique et social.

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Le plan prévoit notamment l’éloignement de 35.000 personnes en situation irrégulière chaque année, la régularisation complète du foncier d’ici 2035, l’alignement progressif du SMIC mahorais sur celui de l’Hexagone, ainsi que la construction d’un second hôpital à Combani. L’objectif est clair : faire de Mayotte un département pleinement intégré à la République, stable, résilient et prospère.

Une loi contre la vie chère annoncée pour fin juillet

Tous les territoires ultramarins sont confrontés à une inflation structurelle. Les écarts de prix avec l’Hexagone peuvent atteindre 40 à 47 % sur les produits de première nécessité. Pour y répondre, le gouvernement présentera avant la fin juillet un projet de loi contre la vie chère. La stratégie repose sur cinq axes : rétablir la concurrence, garantir la transparence des prix, responsabiliser les acteurs économiques, stimuler les filières locales, et mieux inscrire les Outre-mer dans leur environnement régional. 

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Ce texte sera accompagné de trois décrets et d’une circulaire adressée aux préfets. Le premier décret renforce la gouvernance locale des Observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR) en imposant la nomination d’un président pour chaque territoire et la possibilité d’adopter un règlement intérieur. Le deuxième décret accroît la transparence en intégrant systématiquement les enquêtes consommateurs aux travaux des OPMR et en rendant obligatoire la publication de leurs rapports annuels. Le troisième décret améliore la visibilité et l’efficacité du Bouclier Qualité Prix (BQP) par un affichage obligatoire en magasin et la substitution automatique des produits manquants.

Sécurité : neuf mesures pour rétablir l’ordre républicain

Face à l’augmentation des violences (près de 30% des homicides commis en France ont lieu dans les Outre-mer), des trafics et de la criminalité organisée, le CIOM 2025 déploie un plan global de sécurisation des Outre-mer. Tout d'abord par la mise en place d'une stratégie coordonnée qui renforce les contrôles aux ports, aéroports et littoraux, avec un meilleur accès aux images de vidéosurveillance, la transmission des données des bateaux de plaisance, et une coopération judiciaire renforcée via le parquet national anti criminalité organisée. 

Par exemple, des opérations 100 % contrôle sont menées dans les aéroports de Guyane, des Antilles et de La Réunion, tandis que des patrouilleurs d’outre-mer et des avions modernes de la flotte F-2000 assurent la surveillance maritime. Les douanes de l'aéroport Roland-Garros à La Réunion, feront même l'acquisition prochaine de scanners mobiles de basse intensité. 

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À Mayotte et dans l’océan Indien, la surveillance terrestre et maritime est renforcée grâce à une centaine de militaires supplémentaires et à une meilleure coordination, notamment avec la création d’un état-major opérationnel contre l’immigration clandestine et la mise en place d’une cellule d’échange du renseignement relatif au trafic international de migrants (CERTIM) à La Réunion. 

La protection des populations vulnérables est également au cœur des priorités : les mineurs auteurs ou victimes bénéficient d’un accompagnement renforcé, avec la création d’équipes mobiles interdisciplinaires dédiées à l’outre-mer.

Concernant la sphère familiale, alors que les Outre-mer représentent 4 % de la population française mais 10 % des violences intrafamiliales et 11 % des féminicides, il est jugé impératif de renforcer les actions de prévention, d'information et d'accompagnement par les unités d'accueil pédiatrique des enfants en danger (UAPED).

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Face à l’intensification des risques climatiques, les territoires ultramarins renforcent leurs dispositifs d’alerte, comme l’installation prochaine d’un radar hydrométéorologique à Mayotte, et modernisent leurs capacités de réaction avec le déploiement de militaires spécialisés en sécurité civile, capables d’intervenir rapidement en cas de catastrophe. Ces mesures font écho aux récents cyclones dévastateurs comme Belal à La Réunion ou Chido à Mayotte, et aux crises récurrentes liées au changement climatique.

Une nouvelle méthode à l’échelle des territoires

À travers ce CIOM de juillet 2025, le gouvernement veut inaugurer une méthode inédite : la territorialisation de l’action publique. Dans chaque territoire ultramarin, des consultations réuniront élus, acteurs de terrain, associations et citoyens pour établir des priorités concrètes. Ces échanges aboutiront à l’organisation de CIOM locaux, présidés par le Premier ministre ou le ministre des Outre-mer. Un CIOM national en fin d’année fera le bilan des démarches engagées et actera la feuille de route définitive.

Ce processus vise à faire émerger des solutions ancrées dans les réalités locales, tout en assurant la cohérence de l’action de l’État. Il s’inscrit dans une volonté de co-construction et de responsabilisation partagée entre les pouvoirs publics et les sociétés ultramarines.

Climat, jeunesse, souveraineté alimentaire : les priorités du second semestre 2025

Les travaux du CIOM se poursuivront dans les mois à venir autour de cinq thématiques structurantes : adaptation au changement climatique, développement de la souveraineté alimentaire, lutte contre les violences intrafamiliales, soutien aux entreprises, et valorisation de la jeunesse, de la culture et de la mémoire.

Chaque thème fera l’objet d’ateliers et de réflexions associant les acteurs locaux. L’objectif est de renforcer la capacité des Outre-mer à affronter les défis du XXIe siècle en misant sur leurs atouts : la biodiversité, l’ouverture maritime, la richesse culturelle, et surtout, leur jeunesse.

Une dynamique à confirmer

En 2023, 72 mesures avaient déjà été adoptées. Le CIOM 2025 s’inscrit dans la continuité mais en renforce la portée, la méthode et l’exécution. En combinant mesures d’urgence et planification à long terme, le gouvernement espère renouer la confiance avec les ultramarins et réduire les fractures persistantes.

Reste à voir si les ambitions affichées se traduiront, dans la durée, par des changements tangibles pour les populations concernées. "Ce CIOM est l'expression d'un pacte renouvelé entre la République et les Outre-mer. Un pacte d’ambition, de confiance et de respect", a résumé Manuel Valls. L’avenir dira s’il s’agit d’un tournant historique ou d’un rendez-vous manqué de plus.

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