Malgré Garance, la CDC Habitat garde le cap sur la réhabilitation et la production de logements à La Réunion

Six mois après le cyclone Garance, CDC Habitat et ses filiales dressent un bilan d’étape. Travaux d’urgence, réhabilitation du parc ancien soutenue par un crédit d’impôt, nouvelles mesures de mobilité et production neuve : les bailleurs sociaux veulent répondre à l’urgence tout en préparant l’avenir du logement à La Réunion.
Anne-Sophie Grave, présidente du directoire de CDC Habitat, et les dirigeants de la SIDR, de la Semac, de la Semader et de la Sodiac (Sidom) ont insisté sur un double défi : la reconstruction après le cyclone Garance en février et la poursuite d’un haut niveau de production de logements sociaux.
L’Est de l’île a été le plus frappé : à la Semac, 440 logements ont été endommagés, dont une cinquantaine rendus inhabitables. Il a fallu aller vite en termes de travaux. « Trois ans de programme réalisés en six mois », résume son directeur général Frédéric Pillore, qui veut sécuriser l'ensemble des toitures avant la prochaine saison cyclonique. À la SIDR, 45 % des ensembles immobiliers ont été affectés dans l'Est, pour un coût estimé à 10,5 millions d’euros.
En parallèle de ces travaux d’urgence, CDC Habitat rappelle l’importance des programmes de fond. En 2024, 950 logements ont été livrés et 900 autres mis en chantier, pour un total de 300 millions d’euros investis, contre 200 millions un an plus tôt. La réhabilitation du parc ancien constitue un autre chantier majeur. La SIDR a engagé 51 millions d’euros de travaux, tandis que CDC Habitat conduit un vaste plan sur les 2 600 logements ex-Apavou, avec déjà 60 millions d’euros engagés sur une enveloppe de 87 millions et une remise à niveau complète attendue d’ici 2028.
Un décret bienvenu pour la réhabilitation
Dans ce contexte, le décret instaurant un crédit d’impôt pour la rénovation des logements sociaux de plus de vingt ans, publié le 5 août dernier, est venu donner un coup d’accélérateur. Cette mesure doit permettre aux bailleurs ultramarins d’engager plus facilement des réhabilitations lourdes : isolation, ventilation, économies d’énergie ou recours aux énergies renouvelables. « C'était un décret très attendu car beaucoup de chantiers étaient bloqués », indique Philippe Pourcel, directeur général adjoint du groupe en charge des sociétés immobilières d'Outre-mer (Sidom).
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La mobilité dans le parc social a aussi occupé une part des échanges. Près de 49.100 ménages sont en attente d’un logement à La Réunion, pour une vacance quasi inexistante (0,39 %) et une mobilité interne limitée à 5,6 %. Pour tenter de débloquer la situation, un arrêté préfectoral inédit, signé le 4 août, autorise désormais les bailleurs à moduler les loyers afin d’inciter certains locataires à déménager. « Nous travaillons à apporter des solutions adaptées aux familles, avec des outils de suivi et une gestion sociale plus fine des attributions », explique Laurent Pinsel.
À la Semac, Frédéric Pillore a salué cette souplesse, tout en pointant les limites concrètes : des logements anciens, parfois peu attractifs, souvent occupés par une seule personne alors qu’ils pourraient convenir à une famille. « Les logements neufs offrent un confort et des standards modernes, mais les prix ne sont pas ceux du parc ancien », rappelle-t-il.
Pour la SIDR, comme pour l’ensemble des bailleurs, cette expérimentation encadrée par la CALEOL (Commission d'Attribution de Logements et d'Examen de l'Occupation des Logements) pour trois ans est bienvenue, mais son efficacité dépendra de l’acceptation des locataires et de la capacité à accompagner la transition.
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Au-delà des chiffres, les bailleurs mettent en avant une diversification de leurs offres. La Semader a inauguré en août la première résidence autonomie de La Réunion, transformant une friche en 52 logements pour seniors autonomes, rappelle Anne Sery. « C'est aussi une première en Outre-mer », souligne-t-elle. La Semac développe pour sa part son concept « Kaz Trankil » dédié aux personnes âgées en perte d’autonomie, avec déjà deux résidences livrées à Saint-André.
Mais tous s’accordent : le logement social à La Réunion reste tributaire de financements pérennes et de normes adaptées au contexte ultramarin. Anne-Sophie Grave, présidente du directoire de CDC Habitat, insiste sur la nécessité de maintenir des normes de construction de qualité, résilientes face aux cyclones, tout en cherchant à contenir la hausse des coûts des matériaux.


