L'octroi de mer : une taxe historique en pleine mutation

Institué au XVIIᵉ siècle, l'octroi de mer est une taxe perçue sur les marchandises importées et, dans certains cas, sur les biens produits localement dans les DROM tels que la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte. Son objectif principal est double : financer les collectivités locales et soutenir l'économie locale en protégeant les productions locales de la concurrence extérieure.
« L'octroi de mer permet de protéger une partie de l'économie locale en permettant de créer un différentiel de taxation entre les produits qui sont créés localement et ceux qui sont importés », rappelle Philippe Jean-Pierre, professeur d'économie à l'Université de La Réunion.
Financement des collectivités locales
« Cette taxe permet aussi d'abonder les caisses des collectivités locales », poursuit-il. L'octroi de mer constitue une source majeure de revenus pour les communes et régions ultramarines. Par exemple, en 2022, cette taxe a généré 1,64 milliard d'euros pour les cinq DROM, dont 550 millions pour La Réunion. Ces recettes sont essentielles pour le financement des services publics locaux, des infrastructures et des projets de développement.
Protection et développement de la production locale
En appliquant des taux différenciés entre les produits importés et ceux fabriqués localement, l'octroi de mer vise à compenser les handicaps structurels auxquels sont confrontées les entreprises ultramarines. Cette mesure permet de soutenir la compétitivité des productions locales face à la concurrence extérieure, favorisant ainsi le maintien et la création d'emplois dans ces territoires.
« Mais l'octroi de mer n'est pas neutre puisqu'en frappant les produits fabriqués et importés, il se répercute et peut avoir un objet inflationniste et impacter le pouvoir d'achat », souligne Philippe Jean-Pierre.
Débats et perspectives
Malgré ses objectifs, l'octroi de mer fait l'objet de critiques, notamment en raison de son impact sur le coût de la vie. En 2022, les prix de l'alimentation à La Réunion étaient supérieurs en moyenne de 37 % à ceux de la France métropolitaine, avec une hausse notable sur les denrées alimentaires et les services de communication.
« Mais attention, il est faux de dire que l'octroi de mer est générateur de cherté de la vie pour tous les produits consommés à La Réunion. » Il faut le rappeler, mais cette taxe n'est pas appliquée sur certains types de produits de consommation, comme les produits de première nécessité que l'on retrouve dans le BQP.
Ces écarts ont ravivé le débat sur l'efficacité de l'octroi de mer et son rôle dans la formation des prix. D'où la question de la réforme de l'octroi de mer posée sur la table par l'Exécutif et qui soulève de nombreuses craintes, interrogations et attentes pour les industriels, les politiques et les consommateurs.


