Législatives : Ce que cache la polémique Fèt Kaf

Tout a commencé très tôt ce mardi lorsque Johnny Payet s’est prononcé sur la célébration de la Fèt Kaf durant la matinale radio de Réunion La 1ère. “On ne peut pas aujourd’hui mettre la faute du passé sur les politiques d’aujourd’hui. Ça a existé dans tous les pays, l’esclavage, mais on a fait un pas de 1.000 ans aujourd’hui. On ne doit plus parler d’esclavage. Moi personnellement, Johnny Payet, je ne fête pas le 20 Décembre”, a déclaré le maire de la Plaine-des-Palmistes, au micro de Philipe Dornier.
Cette prise de parole a provoqué une véritable levée de bouclier. Plus d’une dizaine d’acteurs et d’appareils politiques ont condamné les propos de celui qui est pour l'instant le seul élu de premier plan du RN. Le Conseil départemental a même voté deux motions à l’unanimité pour dénoncer ses déclarations.
La plupart des politiciens à avoir pris la parole sont des adversaires naturels de l’élu d’extrême droite. Cyrille Melchior, président du Département, a insisté sur le devoir de mémoire. La maire de Saint-Louis, Juliana M’Doihoma, s’est dit “sidérée d’un tel manque de considération pour notre héritage et ses richesses”.
La gauche a aussi réagi. “M. Payet, secrétaire du RN, parti qui a voté contre la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité au Parlement européen en 2020, nous montre à quel point il méprise notre histoire et les Réunionnais”, a rappelé la plateforme réunionnaise d’Ericka Bareigts.
“Le Rassemblement National montre son vrai visage et insulte la mémoire de l’esclavage”, a constaté le PLR d’Huguette Bello.
Mais les adversaires politiques de Johnny Payet ne sont pas les seuls à avoir dénoncé sa prise de position sur la Fèt Kaf. Deux de ses propres candidats aux Législatives, les plus installés dans la vie politique réunionnaise, ont très rapidement pris leurs distances avec leur secrétaire départemental.
Une déclaration qui divise au RN 974
Jean-Jacques Morel a promptement pris la plume mardi et s’est désolidarisé des propos de celui qui l’a accueilli à bras ouverts au RN au mois de février. Le candidat du parti d’extrême droite aux Législatives sur la première circonscription a affirmé que “le devoir de mémoire est fondamental”.
Sans jamais citer le secrétaire départemental du Rassemblement national à La Réunion, Jean-Jacques Morel a pris évoqué l’importance de “garder à l’esprit” les périodes sombres du passé comme l’esclavage et l’engagisme. L’avocat a, dans un communiqué succinct, a tout fait pour éviter de voir sa campagne être plombée par Johnny Payet tout en évitant de lui tirer dessus à boulet rouge. Une précaution qui n’a pas été prise par un autre candidat RN.
Jean-Luc Poudroux a lui condamné avec plus de virulence les déclarations du maire de la Plaine-des-Palmistes : “Je dénonce les déclarations de Johnny Payet à propos des festivités du 20 décembre, ou « Fet Kaf ». Ses déclarations, aussi absurdes qu’aberrantes, méritent condamnation et réprobation". Le candidat aux Législatives dans la septième circonscription a réitéré sa position lors du débat organisé mercredi soir sur Réunion La 1ère.
Jean-Jacques Morel et Jean-Luc Poudroux ayant vu la colère provoquée par les déclarations de Johnny Payet, se sont rapidement dissociés du maire de la Plaine-des-Palmistes. Il n’est cependant sûrement pas anodin que seuls les deux candidats RN les plus connus sur la scène politique aient fait le choix de désavouer leur secrétaire départemental dans des communiqués envoyés à tous les médias.
Un faux-pas qui ouvre la porte à un combat de chefs ?
Il faut rappeler que le RN 974 a connu des refontes en série ces dernières années et a souvent changé de chef de file avant l’installation de Johnny Payet à la tête de la section locale du parti.
Le maire de la Plaine-des-Palmistes a été le premier élu de premier plan à rejoindre la formation d’extrême droite. Il est de facto l’acteur politique le plus légitime à être le chef d’un orchestre qui joue une partition encore peu structurée.
Jean-Jacques Morel et Jean-Luc Poudroux n’ont rejoint le RN qu’en ce début d’année. Tous les deux bannis de l’union de la droite et des centres qui avait dominé les scrutins de 2014 à 2017, ils ont trouvé refuge à l’extrême droite qui enchaîne les victoires électorales.
Les candidats RN pourraient mathématiquement atteindre le second tour des élections législatives. Jean-Jacques Morel et Jean-Luc Poudroux ont déjà un électorat installé à St-Denis et à St-Leu et pourraient devenir les premiers Réunionnais élus avec l’étiquette du Rassemblement national.
L’un ou l’autre aurait alors plus de poids au sein du RN 974 que l’actuel secrétaire départemental qui a été élu sans étiquette à la maire de la Plaine-des-Palmistes en 2020.
Johnny Payet dénonce une mauvaise interprétation
Après deux jours de polémique, l’édile palmiplainois a repris la parole mercredi après-midi. Il affirme que sa position a été “mal comprise”.
“Je suis responsable de ce que je dis, pas de ce qu’on veut vous faire croire”, a-t-il déclaré avant de rappeler que la Plaine-des-Palmistes commémore la Fèt Kaf tous les ans. Il a toutefois confirmé son refus personnel de célébrer le 20 desamn : “En tant qu’homme libre refusant la victimisation perpétuelle, (...) je ne le fête pas en famille.”
“Je regrette sincèrement que ces propos aient pu être mal interprétés ou aient causé de la peine”, ajoute l’élu qui parle d’un côté de l’importance du devoir de mémoire à travers une commémoration annuelle, mais de l’autre d’une victimisation perpétuelle via la même célébration.
Ce rétropédalage, déraillé par la défense de positions opposées, sous la forme d’une rectification, devrait clore la polémique. Reste à voir si la position de Johnny Payet à la tête du RN locale ne sera pas remise en question au lendemain des Législatives, que l’extrême droite s’impose ou non à La Réunion.


