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La ville de La Possession passe en mode cost killing

La mairie de La Possession est engagée dans un véritable défi pour corriger sa trajectoire financière. La collectivité est à la recherche de la moindre économie. Vanessa Miranville ne se refuse aucune piste, même celles qui paraissent anecdotiques, pour réduire les coûts de fonctionnement.

Ecrit par 1639 – le vendredi 13 mai 2022 à 08H40

En septembre 2021, la préfecture prévenait la mairie de La Possession que sa situation financière était jugée préoccupante. En cause : la soutenabilité de sa dette atteignant les 50 millions d’euros. Une alerte sans conséquence immédiate, l’an dernier, mais qui a dès lors obligé la majorité à faire preuve d’imagination pour réduire les postes « budgétivores », quitte à décevoir des usagers du service public.

C’est le cas à Mafate où les habitants, dont les enfants sont scolarisés dans les bas, ont appris il y a peu que l’aide à l’héliportage ne serait plus assurée, tout simplement. Autre poste d’économie potentielle, les bouts d’heures supp’ payées mais non travaillées de la quasi-totalité des agents municipaux. 

La maire Vanessa Miranville défend ses mesures en les justifiant par un contexte défavorable fait de recettes moins importantes qu’attendues et de dépenses imprévues.  

C’est d’abord le Covid qui a grignoté 1,5 million d’euros dans les caisses communales puis récemment Batsirai qui a soufflé 500.000 euros.

Aux employés communaux de montrer la voie

Comme si ces calamités ne suffisaient pas, l’horizon s’est assombri du fait de « l’augmentation du coût des matériaux, difficile à chiffrer d’ici la fin de l’année ». « Je prends l’exemple de l’augmentation de 20% du prix du bois auquel on est confronté sur l’école Cœur de ville, ce qui amène un surcoût, de mémoire, de 700.000 euros », illustre la maire. 

Même effet ciseau dans la restauration scolaire dans laquelle la ville consacre en moyenne un budget d’1 million d’euros par an « et là on est entre 10 à 20% d’augmentation des prix, soit 100.000 à 200 000 euros d’augmentation à l’année », poursuit la première magistrate de La Possession. Tous ces paramètres font que « notre situation est fragilisée même si on a continué, depuis 2014, à être au plus juste dans la gestion, à continuer à faire toutes les économies possibles, à être dans la recherche de financements et de subventions. » 

Si le levier fiscal a déjà été actionné en mars dernier par le biais du relèvement du taux de la taxe foncière, d’autres mesures pourraient bien faire grincer des dents, en interne comme auprès des usagers. 

Ainsi, les employés communaux devront montrer l’exemple en participant à cet effort collectif concernant leurs heures supplémentaires comptées actuellement comme des heures travaillées.

« On est tout simplement en train de remettre les choses à plat. Obligation nous est faite que chaque agent travaille pour un temps plein 1607 heures par an, or ce n’est pas le cas de tous les agents. Certains ne font pas toutes leurs heures donc on est en train de demander à tous les services de faire le suivi du temps de travail de chaque agent pour s’assurer que ce qui est payé aujourd’hui en heures supplémentaires soit du temps de travail. Je donne un exemple concret : aujourd’hui quasiment tous les agents – sauf les agents techniques ou les agents des écoles – sont payés sur leur temps de pause-déjeuner, ce qui n’a pas lieu d’être. Quand on mange, on n’est pas au travail. Donc on va régulariser ça. C’est une demi heure de temps de travail supplémentaire par jour et par agent. Donc deux heures et demi par semaine, multipliées par le nombre de semaines et le nombre d’agents, ça fait beaucoup d’heures supplémentaires qui n’en seront plus et qui seront tout simplement du temps de travail normal », raisonne ainsi Vanessa Miranville dans l’optique d’une meilleure « rationalisation », même si le terme pourrait surprendre venant d’une collectivité. 

D’autres mesures, par petites touches, pourraient irriguer cet objectif. Faisant sienne l’expression selon laquelle il n’y a pas de petites économies, la mairie entend en faire un leitmotiv pour répondre aux exigences de maîtrise budgétaire que surveillent la préfecture et la Direction régionale des finances publiques.

« On est en train de regarder dans différents services, par exemple celui de l’Environnement, si on peut aller vers la mécanisation et n’avoir besoin que d’un agent avec une machine performante plutôt que huit agents avec des débroussailleuses pour certains types de travaux », évoque-t-elle.

Faire mieux avec moins

Autre idée, qui concernera le service des Sports cette fois, il s’agirait de confier aux associations la possibilité de gérer elles-mêmes la fermeture d’un gymnase le soir après leur utilisation « afin qu’on ait pas un gardien qui soit là à attendre pendant quatre heures que les associations fassent leurs activités. »

Le milieu scolaire n’échappera pas à la chasse au gaspillage. « On est en train de rationaliser au niveau des écoles, de voir si on peut faire avec un peu moins d’agents le même travail en étant un peu plus efficace. Bref, on est dans cette volonté de rationaliser, d’économiser et d’avoir vraiment des agents de qualité car, malgré tout, on a pérennisé énormément de postes précaires, avec des PEC qui sont passés en CDD. On estime qu’on a des agents de qualité donc ils peuvent être plus efficaces que par le passé », estime Vanessa Miranville. 

D’autres usagers du service public devront faire les frais de ces réductions budgétaires. Du côté du cirque de Mafate, c’est la douche froide pour les parents qui ont appris l’intention de la mairie de sucrer sa contribution à l’héliportage des enfants scolarisés dans les bas. 

Là aussi, la maire invoque une circonstance météorologique comme point de départ de cette idée. « La piste de la Rivière des Galets est, à cette période de l’année, normalement ouverte, mais ce n’est pas le cas cette année à cause de Batsirai qui a vraiment détruit complètement la piste donc on n’a plus de budget pour faire du transport en hélicoptère qui coûte quand même 3 à 4000 euros de dépenses à chaque début et fin de vacances pour ramener 35 collégiens et lycéens Mafatais chez eux », clarifie Vanessa Miranville.

« La seule solution qui nous reste, affirme la maire, c’est donc d’amener les collégiens et lycéens originaires de Mafate en bus au Col des Boeufs et ensuite qu’ils soient accompagnés par un guide de haute montagne et par quatre éducateurs sportifs jusqu’à leur îlet. » 

Cette configuration n’a pas séduit les parents concernés et ils opteraient plutôt pour que leurs enfants soient déposés en bus à Dos D’âne puis transportés par hélicoptère, à leur frais. 

« On n’a plus les moyens »

Le recensement précis du choix des parents devait être porté à la connaissance des élus ce jeudi soir. « Effectivement, on envisage de partir sur ce mode opératoire dorénavant parce qu’on n’a plus et on n’aura plus les moyens, les années prochaines, de payer comme ça 3000 euros à chaque début et à chaque fin de vacances », annonce sans détour l’édile possessionnaise.

Enfin, au registre des idées loin d’être tape-à-l’oeil mais qui peuvent contribuer à cette recherche de « cost killing » (méthode visant à réduire les coûts afin de dégager une meilleure rentabilité, ndlr), la mairie a fait l’acquisition de 10 trottinettes électriques. « C’est autant d’essence économisée et au vu de l’augmentation du prix des carburants, ce n’est pas une mauvaise chose, pour les petits trajets. On a aussi des vélos électriques, on prône l’éco-conduite mais aussi la mutualisation du parc de véhicules », liste la maire. 

« J’espère que tout cela va nous permettre d’être à flot d’ici la fin de l’année malgré les dépenses imprévues qui vont être les nôtres, notamment parce qu’il y aura le dégel du point d’indice pour les fonctionnaires et d’autres revalorisations qui sont actées par le gouvernement mais pour lesquelles on ne nous donne pas pour autant de moyens financiers supplémentaires », regrette Vanessa Miranville.

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