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La tribune de Frédérique Welmant : "660 millions d'euros pour faire taire Greenpeace mais la vérité n’a pas de prix"

Ecrit par Frédérique Welmant – le vendredi 21 mars 2025 à 17H54

Le verdict est tombé hier 20 mars 2025 : 660 millions de $ est la somme à laquelle ont été condamnées des entités de Greenpeace, dont Greenpeace USA et Greenpeace International, visées par la procédure bâillon lancée par l'entreprise pétrolière Energy Transfer. Les Réunionnais sont concernés et voilà pourquoi.

Vous êtes témoin d'un scandale sans précédent : Energy Transfer, entreprise de pipelines pétroliers valorisée à près de 65 milliards de dollars, tente de faire taire Greenpeace avec une condamnation de plus de 660 millions de dollars pour ses actions pacifiques contre le Dakota Access Pipeline, prononcée le 20 mars 2025.

Le Dakota Access Pipeline (DAPL) est une conduite de transport pétrolier de 1,886 kilomètres transportant du pétrole brut depuis les champs pétrolifères de Bakken au Dakota du Nord jusqu'à une raffinerie en Illinois, traversant plusieurs États et communautés autochtones, dont la tribu Sioux de Standing Rock. Greenpeace est concernée car elle a activement participé aux manifestations contre la construction du DAPL entre 2016 et 2017, aux côtés de la tribu autochtone de Standing Rock, pour protéger les sites sacrés et les sources d'eau potable menacées par le pipeline.

Fondée en 1971, Greenpeace est une ONG mondiale composée de militants et de scientifiques dédiés à la protection de l'environnement. Sa mission principale est de promouvoir la paix et de préserver la biodiversité. Greenpeace a remporté de nombreux combats de grande envergure, comme la protection du sanctuaire de la mer de Ross en Antarctique, la fin des essais nucléaires français, et l'interdiction de la chasse commerciale à la baleine. Deux autres victoires notables incluent la protection de la forêt de la Grande Ourse au Canada, où plus de deux millions d'hectares ont été préservés, et le développement de la technologie "Greenfreeze" pour des réfrigérateurs sans CFC (gaz destructeur de l'ozone), contribuant ainsi à la protection de la couche d'ozone.

Cette condamnation menace l'existence même de Greenpeace aux États-Unis, illustrant un abus de pouvoir par un lobby multimilliardaire contre une association qui défend notre planète. 

L'ONG risque de disparaître en raison de cette décision, ce qui constitue un exemple flagrant de tentative de museler les voix environnementales. 

En Europe, la directive anti-SLAPP offre un cadre juridique pour protéger les ONG contre ces procédures abusives en permettant le rejet rapide des plaintes infondées et l'indemnisation des défendeurs. Cependant, cette protection n'est pas encore suffisamment étendue pour couvrir des cas comme celui-ci aux États-Unis.

Nous, Réunionnais, sommes fondamentalement concernés par ce combat qui touche aux valeurs essentielles que nous partageons tous : la protection de notre île riche d’une biodiversité unique face aux menaces climatiques, la défense de notre droit à respirer un air pur et à préserver notre lagon pour les générations futures. Quand une multinationale tente de réduire au silence ceux qui protègent notre environnement, c'est notre propre liberté d'expression et notre droit à un avenir durable qui sont menacés. 

En tant que citoyens, nous devons agir pour soutenir Greenpeace face à cette injustice. Nous pouvons faire entendre nos voix en signant des pétitions, en partageant l'information, et en soutenant financièrement l'ONG. Chaque geste compte pour défendre notre droit à la protestation pacifique et à la protection de l'environnement. 

Les milliards d'Energy Transfer peuvent acheter des tribunaux, mais jamais ils n'achèteront notre voix, notre liberté d'agir pacifiquement, de penser et d'exister.

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