"Le gros gars Comores, quittes la police, j’espère que tu vas prendre un galet dans ta bouche et dans ta tête", lance-t-il sur Snapchat en visant un policier du Port

Ce mercredi 21 octobre, un Portois de 32 ans a été condamné à un an de prison ferme pour avoir posté un message appelant à des représailles sur un policier via le réseau social Snapchat, à l'occasion des violences urbaines du week-end dernier.
Parallèlement aux violences urbaines des 17 et 18 octobre derniers, les policiers ont procédé à une surveillance accrue des échanges sur les réseaux sociaux afin de repérer les regroupements et d’intercepter d’éventuels messages jugés inquiétants. C’est ainsi qu’ils ont identifié un certain Logan V. via la messagerie Snapchat. L’homme, âgé de 32 ans, a diffusé un appel à la haine à l’encontre d’un policier portois, qualifié par la justice de « provocation publique et directe non suivi d’effet à commettre un crime ou un délit ».
Par le biais d’un post, il a appelé ses quelque 200 abonnés à s’en prendre au fonctionnaire de police au cas où ils viendraient à le croiser dans le cadre des violences urbaines qui émaillaient la ville du Port. Il a notamment écrit en parlant du policier visé : « Le gros gars Comores, quittes la police, j’espère que tu vas prendre un galet dans ta bouche et dans ta tête. »
« J’étais complètement à l’Ouest ce jour-là »
A la barre du tribunal judiciaire où il comparaît ce mercredi 21 octobre 2026, Logan V. se confond en excuses. « Je demande pardon, j’étais complètement à l’Ouest ce jour-là. J’ai d’ailleurs retiré le message le lendemain, même s’il était trop tard. Ce n’est pas quelque chose à recommencer… » Son acte est d’autant plus incompréhensible à première vue que le policier visé n’est pas un inconnu à ses yeux. A moins que ceci n’explique cela…
« Nous étions camarades à l’école et nous avons fait de la boxe ensemble », précise le prévenu à propos de celui qui a grandi à ses côtés dans le quartier Titan. « Pourquoi donc avez-vous appelé à la violence contre lui ? », insiste le président Molié. « Je n’ai rien contre lui, je n’ai pas réalisé ce que je faisais », élude le prévenu. Comme le magistrat insiste, Logan V. met son geste sur le compte de l’alcool. « J’avais bu un litre de whisky », se défend-t-il. « On se demande si tout est bien rangé là-haut », pique le président Molié en faisant référence à son mental. Le prévenu fait profil bas.
« Il n’y aurait pas une touche de racisme ou alors vous avez quelque chose contre les gros ? »
« Il n’y aurait pas une touche de racisme ou alors vous avez quelque chose contre les gros ? », relance le président. Le prévenu n’en parle pas mais il s’en est déjà pris à ce policier avec qui il a usé ses fonds de culotte à l’école par le passé. Ainsi, il est question d’un contrôle routier auquel le prévenu a voulu échapper deux mois plus tôt et qui s’est soldé par une course poursuite. Il aurait soupçonné son vieux camarade de l’avoir identifié à cette occasion.
A la suite, il y a eu cet épisode inquiétant où Logan V. aurait menacé de représailles la mère du policier en écrivant qu’il allait mettre le feu chez elle. Une enquête a bien été menée pour cette menace de mort à peine voilée mais elle a finalement été classée sans suite, faute d’éléments suffisants pour la caractériser. « C’est d’une lâcheté phénoménale que d’appeler à commettre des violences sur ce policier ou sa famille », sermonne le président.
Un profil judiciaire éloquent
Le profil judiciaire de Logan V., avec quatre mentions à son casier, colle assez bien avec les faits qui lui sont reprochés. En 2013, il a été condamné pour avoir participé à une embuscade en réunion agrémentée de violences à l’encontre des forces de l’ordre mais aussi des sapeurs-pompiers.
Quatre ans après, il a écopé de quatre mois de prison ferme pour des violences avec arme et plus récemment de six mois ferme pour des menaces de mort avec arme, en 2023. Entre temps, il a été impliqué dans un trafic de produits stupéfiants qui lui a valu deux ans de prison dont la moitié avec sursis probatoire.
« Il n’a jamais été victime de racisme ou de propos haineux quand il a travaillé dans le neuf-trois et à Lyon… »
Me Iqbal Akhoun, en partie civile, indique que son client est rentré à La Réunion en mars 2026 après avoir exercé comme policier dans l’Hexagone pendant 13 ans. « Il n’a jamais été victime de racisme ou de propos haineux quand il a travaillé dans le 93 et à Lyon. Il faut qu’il retourne dans son pays pour en être la cible à deux reprises depuis le mois d’avril 2026. Il ressent cet appel à la haine comme une blessure », plaide l’avocat. Et Me Ahkoun d’insister : « On ne peut pas tolérer cet appel à la haine et ce racisme. » Evidemment, le conseil se doit de préciser que son client a été d’autant plus affecté de la situation que sa propre mère a fait l’objet de menaces la première fois.
Pour la procureure adjointe, cette affaire ne doit rien au hasard. Elle estime que « le prévenu est un opportuniste qui a profité du contexte des violences urbaines de la façon la plus lâche possible en s’en prenant à un policier dont le défaut est d’avoir grandi comme lui dans le quartier Titan ». Sylvaine Schumacher est convaincue qu’il a voulu « trouver une oreille attentive pour régler ses comptes ». Sans doute parce que le prévenu n’accepte pas que la victime ait basculé du mauvais côté de la balance en rejoignant les forces de l’ordre.
Un comportement « inadmissible avec des valeurs proches du néant »
La magistrate estime que son comportement est « inadmissible avec des valeurs proches du néant » car il « porte atteinte à l’autorité de l’Etat ». Elle souligne que le prévenu aurait dû percevoir la procédure classée du mois d’avril comme un avertissement tout en rappelant qu’il s’en est déjà pris par le passé aux forces de l’ordre et aux sapeurs-pompiers. Rappelant qu’il ne saurait y avoir de zones de non droit et que les faits sont « gravissimes en ce qu’ils portent atteinte à l’intégrité psychique du policier », la procureure adjointe réclame une peine sévère de deux ans de prison ferme avec mandat de dépôt.
Pour Me Nawal Beikrit, en défense, la qualification des faits n’est pas juste. « Il n’y a pas eu de provocation visant à porter atteinte à la vie du policier », soutient-elle en décortiquant le message posté sur Snapchat.
« Ce genre de comportement n’a pas lieu d’être dans notre société »
Pour Me Beikrit, il s’agit plutôt d’une simple menace et son client « a plutôt besoin d’un sursis probatoire afin de continuer à se soigner sachant qu’il s’est arrêté de consommer du crack en se tournant vers l’alcool ». Elle conclut en demandant au tribunal de revoir le quantum de la peine réclamée à la baisse car « il n’est pas approprié à la situation ».
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L’avocate de la défense a été partiellement entendue. Logan V. a finalement été condamné à un an de prison ferme dans cette affaire que le président Molié a ainsi commenté : « Ces faits ne sont pas dignes de vous et ils sont proprement lamentables. Ce genre de comportement n’a pas lieu d’être dans notre société. »


