La prison pour un fou qui écrit son nom avec ses excréments en cellule de garde à vue

La vie de Frédéric H., 50 ans, se situe aux confins du monde psychiatrique et carcéral. A la fois imprévisible et dangereux, asocial et dyssocial, il est l’archétype même de ceux dont personne ne veut gérer les sautes d’humeur et la violence. En attendant de se retrouver à nouveau livré à lui-même pour le meilleur et pour le pire, il a été condamné ce lundi 19 octobre 2026 à cinq mois de prison ferme.
L’homme à la démarche chancelante et aux cheveux en bataille qui s’avance à la barre du tribunal judiciaire ce lundi 19 octobre 2026 paraît tout à la fois désemparé et en proie à une grande détresse intérieure. Frédéric H., 50 ans, comparait devant ses juges pour des violences sur un agent de sécurité du CHOR et pour avoir dégradé à la suite les murs de sa cellule de garde à vue à la gendarmerie de Saint-Paul, en septembre dernier.
L’histoire est plutôt simple. Dans la nuit du 2 au 3 septembre, le quinquagénaire a trouvé refuge au CHOR. Il est environ 2 heures du matin quand il pique une crise à l’accueil des urgences, perturbant grandement les patients qui attendent leur tour. Un agent de sécurité le raccompagne tranquillement vers la sortie. Ce qui n’est pas du goût de Frédéric H. qui s’emporte facilement. Il s’empare d’une branche et en porte plusieurs coups à son vis-à-vis.
En psychiatrie depuis ses 11 ans
Quand la patrouille de gendarmerie arrive sur les lieux de l’agression, l’homme obtempère. Les militaires l’emmènent pour le placer en garde à vue. Le deuxième épisode se noue alors que ceux-ci refusent de lui donner un café. Sérieusement contrarié, Frédéric H. inscrit son nom de famille sur les murs de sa cellule avec ses excréments.
Le président du tribunal judiciaire rappelle que le prévenu a quatre mentions à son casier dont la dernière remonte au mois d’aout 2026 pour des violences, des dégradations et des menaces de mort avec un an de prison avec sursis à la clé. Surtout, Frédéric H. a multiplié les allers-retours en psychiatrie depuis sa tendre enfance. Sa première consultation remonte à l’année 1987. Il n’avait alors que 11 ans.
Des séjours en UMD à Sarreguemines témoignent de lourdes pathologies
Borderline, son cas est à ce point problématique qu’il a longuement séjourné à deux reprises à l’Unité pour Malades Difficiles (UMD) de Sarreguemines en Moselle dans les années 2010. Un type d’établissement qui accueille les cas les plus désespérés. Ceux qui présentent un grave danger pour les autres et qui nécessitent une sécurité et des soins renforcés. De retour à La Réunion, il a été réhospitalisé en psychiatrie. Son dernier passage dans une unité spécialisée l’a conduit à l’Unité de Soins Intensifs Psychiatriques (USIP) Zévi à Saint-Paul. Un établissement où les places sont rares, avec seulement 12 lits à disposition.
Autant dire que Frédéric H. souffre de lourdes pathologies qui font de lui un être à part et surtout extrêmement difficile à gérer. Dans ces conditions, il est surprenant que le premier médecin psychiatre qui l’a examiné en garde à vue en soit arrivé à la conclusion qu’il ne souffrait ni d’une abolition et pas même d’une altération de son discernement.
Intolérant à la frustration et rétif aux traitements
Mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas la première fois dans l’île que l’on opte pour la solution de la prison pour un fou plutôt que de se retrouver avec un patient de cette trempe sur les bras. Les diagnostics sont à ce point mouvants que la deuxième expertise, à laquelle Frédéric H. a eu droit dans le cadre de cette procédure, a débouché sur une reconnaissance d’une altération de son discernement.
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Le psychiatre a brossé le portrait d’un prévenu-patient intellectuellement limité, intolérant à la frustration, faisant montre de réticences à tout traitement thérapeutique. Tout en présentant une dangerosité avérée sachant qu’il a tendance à consommer des psychotropes quand il se retrouve livré à lui-même.
« Pas en capacité de comprendre et d’accepter sa peine de manière éclairée »
Au magistrat qui l’interroge sur les violences au CHOR, il marmonne « avoir été poussé avant ça ». Quant à savoir pourquoi il a tapissé le mur de ses excréments pour inscrire son nom, il indique qu’il était « en colère ». La représentante du ministère public rappelle qu’il devait être jugé de prime abord en mode plaider coupable. Ce qui n’a pas été possible étant donné qu’il « n’était pas en capacité de comprendre et d’accepter sa peine de manière éclairée ».
S’appuyant sur « une absence de troubles psychiatriques » au profit de simples « troubles du comportement avec une altération du discernement », comme indiqué par l’expert psychiatre, elle réclame cinq mois de prison ferme à son encontre. Néanmoins embarrassée, la magistrate explique qu’il y a « de vraies difficultés à gérer une personne porteuse de tels troubles en prison ». Et de préciser encore : « Ce n’est pas forcément la solution mais cela permet de préserver le trouble à l’ordre public. »
« Ce n’est pas à la justice de décider où il doit être… »
Après avoir égrené son parcours psychiatrique, le conseil de Frédéric H. estime tout au contraire que « ce n’est pas à la justice de décider où il doit être… ». Rappelant qu’une hospitalisation sous contrainte serait plus appropriée, l’avocate redoute qu’un jour il ne relèvera plus du tribunal judiciaire mais… « de la cour d’assises ».
Si tel était le cas un jour, ça serait pour le plus grand malheur de celui ou de celle qui sera confronté(e) à sa colère du moment. Et de conclure sa plaidoirie de façon énigmatique : « Que va-t-on faire quand il va sortir ? » Faute de faire des miracles, le tribunal judiciaire a tranché. Ce sera la prison pour un fou pendant cinq mois.


