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Derrière Emmaüs Réunion, un modèle qui mise sur la dignité et l’emploi

Ecrit par S.I. – le vendredi 23 octobre 2026 à 09H55
En visite dans l’île, Tarek Daher met en lumière les forces d’Emmaüs Réunion, tout en alertant sur la hausse des besoins et des contraintes financières.

En visite à La Réunion du 19 au 23 octobre, le délégué général d’Emmaüs France est venu à la rencontre des équipes, des partenaires et des élus. Face à une précarité grandissante, il salue un modèle réunionnais singulier, fondé sur l’autonomie économique, l’emploi durable et le réemploi solidaire. Un modèle aujourd’hui à un tournant.

Il est venu prendre le pouls du territoire, écouter ceux qui font vivre le mouvement et mesurer les défis auxquels ils sont confrontés. Du nord au sud de l’île, la délégation nationale d’Emmaüs France a multiplié les rencontres du 19 au 23 octobre. À sa tête, Tarek Daher, délégué général, venu rappeler l’importance de La Réunion dans le réseau national, mais aussi souligner les particularités d’un modèle qui pourrait inspirer l’Hexagone.

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"C’est d’abord une marque d’attention et de respect pour ce territoire important pour nous", explique-t-il. Avec ses quatre structures Emmaüs et la Fondation pour le Logement, l’île occupe une place particulière dans un mouvement qui compte quelque 300 structures en France. La Réunion est même le seul territoire ultramarin où Emmaüs est implanté depuis une trentaine d’années.

Cette visite annuelle ne relève pas du simple rendez-vous institutionnel. Elle permet d’accompagner les équipes locales, de faire remonter leurs difficultés et de mobiliser les partenaires publics. Car derrière la diversité des initiatives, les inquiétudes grandissent.

L’autonomie financière comme choix politique

Plus de 200 salariés, 3.500 tonnes collectées chaque année et des activités qui vont du réemploi à l’insertion professionnelle, en passant par l’accueil des personnes sans domicile fixe et le reconditionnement informatique : Emmaüs Réunion représente un acteur social et économique majeur de l’île.

Sa singularité tient aussi à son modèle économique. Selon Tarek Daher, l’association atteint 92 % d’autofinancement, grâce aux revenus de ses activités. Une performance qui lui permet de limiter sa dépendance aux financements extérieurs, devenus plus incertains.

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Mais cette autonomie n’est pas qu’une question de gestion. Elle traduit une orientation assumée en faveur de l’emploi durable. Là où les contrats aidés peuvent offrir des solutions temporaires, Emmaüs Réunion privilégie les contrats à durée indéterminée (CDI).

"C’est un choix politique assumé", insiste le délégué général. Le coût peut être jusqu’à trois fois supérieur, mais l’objectif est de permettre aux personnes accompagnées de s’inscrire dans la durée et de retrouver une place stable dans le monde du travail. Une exigence qui, selon lui, illustre la capacité de la structure réunionnaise à rester fidèle à ses valeurs malgré les contraintes économiques.

Le réemploi solidaire, entre économie et dignité

Cette volonté d’innover se retrouve dans les projets développés aux quatre coins de l’île. Dans l’Ouest, une coopération entre le Territoire de l’Ouest, l’entreprise HC Environnement et le secteur associatif permet d’organiser la collecte de mobilier et d’électroménager en favorisant leur réemploi. Les objets récupérés peuvent ainsi être remis en circulation et proposés à des prix accessibles, tout en soutenant la création d’emplois.

À Saint-Benoît, dans l’Est, une autre initiative entend faire du réemploi une activité visible et valorisante. L’ambition est de dépasser l’image d’une seconde main réservée aux ménages les plus modestes, pour en faire un choix associant utilité sociale, qualité et respect de l’environnement.

"Il faut du beau", résume Tarek Daher. Derrière cette formule, une conviction : donner une nouvelle vie aux objets, c’est aussi changer le regard porté sur celles et ceux qui les collectent, les réparent et les revendent.

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Le volet social reste tout aussi essentiel. À Saint-Joseph, une boutique de solidarité accueille depuis une vingtaine d’années des personnes sans domicile fixe. Petit-déjeuner, douches, accompagnement social, activités collectives : ce lieu constitue un point d’ancrage pour des personnes souvent éloignées des dispositifs classiques.

Or, la fréquentation témoigne d’une situation qui se tend. D’après les observations rapportées par Tarek Daher, la structure reçoit environ 40 personnes par jour en début de mois, contre une centaine en fin de mois. Un indicateur concret des difficultés financières de ménages qui comptent chaque euro.

Un changement d’échelle devenu nécessaire

Cette hausse des besoins intervient alors que les structures doivent composer avec des charges croissantes, notamment celles liées au foncier, à l’énergie et à l’entretien, ainsi qu’avec des financements publics fragilisés.

À Sainte-Clotilde, le site d’Emmaüs Réunion atteint ses limites. Les volumes d’objets collectés débordent, tandis que les exigences réglementaires rendent les aménagements plus coûteux. L’association souhaite donc trouver un espace plus vaste et plus adapté pour poursuivre ses activités.

La rencontre avec la maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, a ouvert la voie à un travail autour d’un partenariat plus structuré avec la collectivité, notamment par l’intermédiaire du centre communal d’action sociale (CCAS).

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Pour Tarek Daher, l’enjeu est désormais de donner à Emmaüs Réunion les moyens de ses ambitions. L’expertise est là, les projets aussi. Mais le modèle ne pourra répondre durablement à la précarité croissante sans une nouvelle capacité d’action.

Son message est clair : préserver l’autonomie économique, maintenir des emplois durables et développer le réemploi solidaire nécessitent aujourd’hui un soutien à la hauteur des besoins. À La Réunion, Emmaüs entend poursuivre sa mission sans renoncer à ce qui fait sa force : replacer la dignité humaine au cœur de l’économie.

Etiquettes : Emmaüs | PU1 | Solidarité

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