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Allocation de rentrée scolaire : Emmaüs démonte le procès du "mauvais usage" fait aux familles modestes

Ecrit par Zinfos974 – le mardi 18 août 2026 à 14H14

Alors que l’allocation de rentrée scolaire a déjà été versée aux familles réunionnaises, une étude publiée par Emmaüs s’intéresse à l’utilisation réelle de cette aide par les ménages modestes. Fournitures, vêtements, chaussures, comparaison des prix et renoncements : ses conclusions battent en brèche le procès récurrent fait aux bénéficiaires sur le supposé « mauvais usage » de l’ARS.

Chaque année, le versement de l’allocation de rentrée scolaire (ARS) s’accompagne du même débat. L’argent sert-il réellement à préparer la rentrée des enfants ? Une partie est-elle utilisée pour acheter des téléphones, des téléviseurs, des abonnements ou d’autres produits sans rapport avec l’école ?

L’Observatoire Emmaüs des budgets contraints a décidé de regarder concrètement comment cette somme est utilisée par les familles modestes. Son étude, publiée ce mois d’août avec SOS Familles Emmaüs et l’Université Gustave Eiffel, s’appuie notamment sur 20 entretiens approfondis avec des familles accompagnées par le réseau, auxquels s’ajoutent cinq entretiens avec des experts. En parallèle, les chercheurs ont exploité les données de 1.793 ménages accompagnés par SOS Familles Emmaüs en 2025.

À La Réunion, entre 426 et 466 euros par enfant

À La Réunion, les bénéficiaires ont une longueur d’avance sur l’Hexagone. En raison du calendrier scolaire spécifique au territoire, le versement de l’ARS a débuté dès le 4 août.

Lire aussi : Allocation de rentrée scolaire : les versements commencent aujourd'hui, quels sont les montants ?

Pour cette rentrée 2026, son montant atteint 426,87 euros pour un enfant âgé de 6 à 10 ans, 450,41 euros entre 11 et 14 ans et 466,02 euros entre 15 et 18 ans.

L’aide reste soumise aux ressources du foyer. Le plafond est fixé à 28.956 euros pour une famille avec un enfant à charge, 35.638 euros pour deux enfants et 42.320 euros pour trois, auxquels s’ajoutent 6.682 euros pour chaque enfant supplémentaire.

Dans l’Hexagone, le versement intervient ce mardi 18 août. Et pour certaines familles interrogées par Emmaüs, l'arrivée de cette somme constitue tout simplement le coup d'envoi des courses.

« J'attends vraiment l'aide, parce que sinon je peux pas »

L'un des principaux enseignements de l'étude est en effet que certaines familles n'ont tout simplement pas les moyens d'avancer les dépenses.

Magalie, mère seule de deux enfants de 12 et 15 ans, explique ainsi : « Je fais attention à ce que je dépense, mais après c'est vrai que pour les fournitures scolaires, j'attends vraiment l'aide, parce que sinon je peux pas. »

Une autre mère interrogée résume encore plus directement la contrainte : « Dépenser à l'avance, j'peux pas. Et j'attends juste la prime (...) et je sais que je dois pas dépasser ça. C'est tout. »

Pour ces ménages, l'ARS n'est donc pas une somme venant reconstituer une épargne après les achats, mais elle conditionne directement la possibilité de les effectuer.

Des dépenses qui ne se limitent pas aux cahiers et aux stylos

Emmaüs pointe également une vision trop restrictive du coût de la rentrée. Les fournitures scolaires n'en représentent qu'une partie.

Dans les familles interrogées, s'ajoutent au minimum les vêtements et les chaussures, mais également, selon les situations, les transports, la cantine, la reprise des activités extrascolaires ou encore certaines dépenses de santé, comme le renouvellement de lunettes.

Les différentes études citées par Emmaüs qui prennent en compte cet ensemble de dépenses aboutissent à un coût proche de 400 euros autour de la rentrée, soit un ordre de grandeur comparable au montant de l'ARS. L'enquête de la CNAF citée dans le rapport estime de son côté à environ 1.300 euros le coût de la scolarité sur l'ensemble de l'année pour les familles bénéficiaires de l'ARS, dont environ un tiers est dépensé autour de la rentrée.

Comparer, récupérer et compter avant de passer en caisse

L'étude décrit surtout des comportements très éloignés de l'image d'une allocation dépensée sans compter.

Avant même d'entrer dans les magasins, certaines familles font l'inventaire de ce qui peut être réutilisé, récupèrent les fournitures encore en état et établissent une liste précise des besoins. Une fois dans les rayons, elles comparent les enseignes et les promotions, calculent leurs dépenses et se fixent une enveloppe à ne pas dépasser. Certaines stockent même des fournitures achetées à bas prix tout au long de l'année.

« En fait, je commence déjà au mois de juin à prévoir, faire des listes : "Qu'est-ce qui leur manque ? Qu'est-ce qui leur manque pas ?" », témoigne notamment une mère de famille.

Pour Emmaüs, les achats décrits sont ainsi guidés avant tout par la notion de « besoin », loin d'une consommation impulsive.

Pouvoir acheter du neuf pour la rentrée

L'ARS permet néanmoins aux parents de desserrer ponctuellement la contrainte. Pour certaines familles habituées à acheter des vêtements sur Vinted, dans les brocantes, les ressourceries ou auprès d'associations, la rentrée constitue l'un des rares moments de l'année où elles peuvent acheter du neuf.

Cette dépense n'est pas uniquement une question de plaisir. Les parents interrogés évoquent aussi le regard des autres enfants, particulièrement au collège, et la volonté que leur enfant puisse arriver à l'école habillé et équipé « comme les autres ».

Une mère explique ainsi pouvoir consacrer près de 200 euros à la seule tenue de rentrée de son fils, notamment parce qu'une paire de baskets en taille adulte lui coûte entre 100 et 120 euros. Une dépense exceptionnelle dans son budget, qu'elle continue pourtant de calculer précisément.

Plus les enfants sont nombreux, plus la pauvreté progresse

Les données recueillies auprès des ménages accompagnés par SOS Familles Emmaüs montrent également à quel point les budgets peuvent être tendus.

Parmi les parents suivis par le réseau, 67 % vivent sous le seuil de pauvreté. Cette proportion augmente avec le nombre d'enfants : 61,5 % des ménages avec un enfant sont concernés, contre 68,8 % avec deux enfants, 69,5 % avec trois et 75 % avec quatre.

Les prestations sociales jouent dans ces situations un rôle majeur. Selon les calculs d'Emmaüs, sans elles, 90 % des parents accompagnés par le réseau vivraient sous le seuil de pauvreté.

Emmaüs réclame une réforme de l'ARS

Au-delà du constat, Emmaüs formule huit propositions pour faire évoluer le dispositif. L'association souhaite notamment une majoration pour les familles monoparentales, un assouplissement des effets de seuil, une meilleure lutte contre le non-recours chez les 16-18 ans ou encore l'extension de l'ARS aux jeunes de plus de 18 ans toujours scolarisés dans le secondaire.

Elle demande également que le calendrier de versement corresponde davantage aux pratiques d'achat des familles et que les frais liés aux stages soient mieux pris en compte.

Surtout, Emmaüs appelle à sortir du débat sur le « bon usage » de l'allocation. Pour l'association, la véritable question n'est pas de savoir s'il est légitime pour une famille modeste d'acheter une paire de baskets ou une tenue neuve avec l'ARS, mais de s'interroger sur les inégalités entre les enfants.

Une précaution demeure toutefois : les vingt familles ayant participé aux entretiens vivent toutes en France métropolitaine. L'étude ne permet donc pas de transposer directement leurs pratiques aux familles réunionnaises. Elle apporte en revanche un éclairage sur les arbitrages budgétaires réalisés par des ménages modestes au moment de la rentrée.

Etiquettes : CAF | Emmaüs | Rentrée scolaire

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