"Ils pénalisent leurs propres familles" : à Bras-Fusil, une épicerie solidaire fermée à cause de l’incendie de la gendarmerie

En tentant de brûler la gendarmerie de Bras-Fusil, de jeunes casseurs ont non seulement privé le quartier d’un service public, mais également entraîné la fermeture provisoire de deux associations qui distribuaient des denrées alimentaires et proposaient des animations pour les jeunes.
"Ils ont voulu mettre le feu devant une fenêtre où il y avait un bébé", nous raconte une jeune fille du quartier en nous montrant la façade de son immeuble, situé à quelques mètres de la gendarmerie, dont la grille a été noircie par les flammes.
Ces dernières ont léché la façade et menacé les appartements situés au-dessus, obligeant leurs occupants à quitter temporairement les lieux avant de pouvoir rentrer chez eux.
Depuis, dans l’attente de la réouverture de la gendarmerie, les habitants doivent se rendre à la brigade de Saint-Benoît, en centre-ville, pour déposer plainte ou obtenir un renseignement. C’est l’une des conséquences de la tentative d’incendie orchestrée samedi soir par une bande d’une vingtaine de jeunes, tous mineurs selon nos informations.

Deux associations contraintes de fermer
Au-delà de la fermeture provisoire d’un service public et du danger auquel ont été exposés les habitants, cette tentative d’incendie a fait deux victimes collatérales : les deux associations qui occupent le local situé juste à côté de celui des militaires, lui aussi touché par les fumées.
L’une d’entre elles, l’association Artistes en action, propose des activités artistiques tout au long de l’année dans le quartier. "Il y a des jeux et on peut faire des activités. Oui, ça manque", nous confie la jeune fille.
Plus loin, un garçon et son dalon font le même constat : "On ne partage pas ce qui s’est passé. On pensait qu’ils allaient brûler des poubelles sur le rond-point. C’est dommage, alors que c’était plus calme depuis l’arrivée des gendarmes."
Une autre association partage les lieux depuis le mois d’août. Elle aussi doit temporairement fermer ses portes. Si le feu a été maîtrisé avant que le local ne soit directement touché, la fumée a noirci les lieux, obligeant à tout nettoyer et à jeter des fournitures destinées à être distribuées.

Le gaspillage alimentaire devient une aide alimentaire
Comme elle le fait à Saint-André depuis 2020, l’association Redonnons ensemble le sourire distribue à des familles dans le besoin, orientées par les CCAS et les travailleurs sociaux, des denrées et des produits invendus récupérés auprès des grandes surfaces, des commerçants et des restaurateurs.
Pour lutter contre le gaspillage alimentaire, elle récupère également les repas non servis dans les cantines de la ville et auprès de restaurateurs. Les repas sont ensuite reconditionnés en barquettes, passés en cellule de refroidissement et étiquetés. Ils sont redistribués lors de maraudes auprès de personnes sans abri, dans les quartiers ou par l’intermédiaire des bailleurs sociaux.
En 2024, pas moins de 6 751 repas ont ainsi été redistribués en barquettes. En 2025, l’association a bénéficié de près de 115 000 euros de dons.
Des fauteuils roulants distribués avec les… gendarmes
L’association vise à faire de même à Bras-Fusil, en créant un laboratoire en partenariat avec la mairie. En attendant, elle n'a pas attendu pour organiser plusieurs journées solidaires.
Le 10 octobre dernier, des fauteuils ont ainsi été distribués à des personnes en perte d’autonomie avec l’aide des… gendarmes, en lien avec la mairie et le CCAS de Saint-Benoît. Dès le mois d’août, un café des résidents avait permis de nouer le contact avec les habitants de la résidence Isis, où se trouvent son local et celui de la gendarmerie.
À Bras-Fusil, l’association bénéficie d’un local mis à disposition par la SEMAC et d’une subvention de la Ville. À Saint-André, elle est soutenue par la DAAF, le Département et la SIDR.

"On venait juste d’ouvrir"
Depuis l’incident, l’association est contrainte d’interrompre temporairement son activité dans le quartier. Son cofondateur, Kévin Antaya, regrette cette situation.
"On venait juste d’ouvrir, le 12 août. Le but est d’être au plus proche de la population. On était en train de monter en charge. On ne peut pas donner des colis à tout le monde, mais le gaspillage, c’est tous les jours."
Depuis, l’association a reçu de nombreux messages de soutien d’habitants, de bénévoles et d’élus. Elle espère pouvoir rouvrir d’ici une à deux semaines. "Le but, c’est de revenir plus fort pour préparer le Noël solidaire, avec encore plus de médiation et d’animations."

"Au final, ils pénalisent leur quartier"
À Saint-André, où le local de l’association se trouve, au pied de la résidence sociale Salanganes, une habituée ne cache pas sa colère : "Ce ne sont pas ceux qui revendiquent, ce ne sont pas ceux qui cherchent vraiment à avoir des choses. Ce sont des délinquants qui n’attendent que ça."
Kévin Antaya appelle au dialogue : "C’est dommage. Les jeunes ne doivent pas rentrer dans cette délinquance-là, qui ne va faire que les emmener en prison, il faut se relever et en parler. Au final, ils pénalisent leur quartier et peut-être leurs familles."


