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"Mes ongles ont explosé, j'ai quinze ampoules, c'est un enfer" : Les pieds sont-ils encore humains après le Grand Raid ?

Ecrit par L-H.T – le lundi 19 octobre 2026 à 15H46
Les pieds des coureurs à la fin de la course (photos Clély Dalama).

Derrière les sourires des finishers et la fierté d’avoir dompté les 180 km de Diagonale des Fous, les pieds portent eux aussi les stigmates de la course. Entre les ampoules, les ongles meurtris et les douleurs à chaque appui, les sentiers réunionnais laissent des traces bien après la ligne d’arrivée, révélatrices d'une souffrance infernale.

Ont-ils pris leur pied ? Perdu pied ? Un peu des deux certainement, mais tout reste une histoire de pieds. Car en franchissant la ligne d’arrivée les bras levés, en s’effondrant dans les bras de ses proches, vient ensuite la grande priorité : retirer ses chaussures. "Après 180 km, c'est la première chose que tu as envie de faire, c'est une histoire de survie", explique un traileur.

Sur la Diagonale des Fous, la victoire se mesure effectivement en kilomètres, en heures d’effort, en dénivelé positif. Mais elle se lit aussi, à hauteur de chevilles, dans l’état parfois calamiteux des pieds. Du moins ce qu'il en reste...

Pas de cadeau

La "Mulette" (nom de réseaux sociaux), lui, ne semble pas particulièrement impressionné par le spectacle. Il en a vu d’autres. "Franchement, j’ai vu et connu pire, mais c’est pas beau quand même. Vous avez vu mes pieds, dans quel état ils sont ?" demande-t-il, mi-amusé, mi-résigné, en dévoilant les dégâts. Le ton est léger, presque bravache. Mais sous la plaisanterie, les kilomètres ont laissé leur signature. Sans pied de nez.

"Car les pieds, sur une épreuve de cette ampleur, sont aux premières loges. Ils encaissent chaque appui, chaque caillou, chaque descente technique, poursuit-il. Ils supportent les frottements répétés, les changements de terrain et les caprices d’une météo réunionnaise qui ne leur fait pas de cadeau." Tout s’enchaîne, sans que les chaussures puissent offrir une protection absolue.

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"La boue, le froid et la pluie, puis le sec et la chaleur sur un terrain difficile, c’est horrible pour les pieds, précise un coureur. Le choc est terrible, traumatisant." Il avait pourtant pris ses précautions, notamment en coupant ses ongles avant le départ. En vain. "Je pensais avoir assez coupé mes ongles, mais même ce qui reste sur l’orteil a pété dans les descentes à cause du choc contre l'avant de la chaussure. En plus des quinze ampoules, c'est un enfer."

Et quand les pieds gonflent, que les chaussettes restent humides et que les frottements s’accumulent, la moindre zone sensible peut devenir un véritable supplice.

En première ligne

Dans ce grand ballet de corps éprouvés, les podologues occupent une place plutôt discrète, mais très précieuse. "Ils ne figurent pas au classement, ne portent pas de dossard et ne récoltent pas les applaudissements de la ligne d’arrivée", nous confie un des médecins en chef de la course. Pourtant, leur présence est attendue par de nombreux coureurs, qui savent que leurs pieds auront besoin d’un peu d’attention avant de reprendre la route.

"Oui, on sait que les coureurs aiment nous voir tout au long du trajet. Il y a de la demande, importante, sur une telle course", explique Philippe, podologue rencontré sur le parcours. Les pieds sont directement impactés, subissent des chocs très importants, que ce soit au niveau de la voûte plantaire ou des orteils."

À mesure que les heures défilent, les petits bobos peuvent prendre des proportions considérables. "Une ampoule qui semblait anodine au départ devient une douleur à chaque appui. Une chaussure confortable sur les premiers kilomètres peut finir par comprimer un pied gonflé." Et chaque descente rappelle aux orteils qu’ils n’ont pas été conçus pour servir de butoirs pendant des dizaines d’heures.

Même l'homme à records, vainqueur de cette édition 2026, Hugo Deck - particulièrement Hugo Deck - a changé ses chaussures au moins trois fois pendant l'épreuve.

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Pour certains, le passage entre les mains des soignants fait même partie intégrante de la course. "J’ai mal, j’ai eu mal, et je pense que je vais avoir mal encore un moment", confie un participant. Avant d’adresser un remerciement à ceux qui l’ont aidé à poursuivre son effort : "Merci aux soignants qui ont fait en sorte que je puisse aller au bout, sans eux je n’y serais pas arrivé."

Au médecin de préciser : "Le travail des soignants ne garantit évidemment pas qu’un coureur puisse repartir sans risque, mais il peut permettre d’évaluer une blessure, d’apporter des soins adaptés et, lorsque la situation le permet, de poursuivre l’aventure."

Ultime récompense

D’autres préfèrent improviser leurs propres remèdes. "J’ai mis les deux pieds dans l’eau dès que j’ai pu, raconte un coureur. Après des heures de frottements et de chocs, le contact de l’eau devient une délivrance." Une parenthèse bienvenue pour des pieds qui n’ont guère eu le loisir de se reposer depuis le départ.

Le contraste est presque cruel. "Un décor incroyable, mais un enfer ces sentiers pour les pieds. J’ai tellement mal", souffle un autre finisher.

La Diagonale des Fous offre donc des images grandioses, des histoires de courage et des arrivées chargées d’émotion. Elle laisse aussi des souvenirs beaucoup moins photogéniques : "J'ai pas dormi depuis trois jours, j'ai les cernes jusqu'aux genoux, un coup de soleil, j'ai de la terre plein la tronche et il faut que je me rase... Mais s'il vous plaît, je préfère encore qu'on prenne ma tête que mes pieds."

Car si les coureurs peuvent raconter leurs kilomètres, leurs montées et leurs nuits blanches, leurs pieds, eux, gardent les comptes, durablement. Et ils n’ont visiblement pas l’intention de solder l’addition dès le lendemain. En clair, une course où il faut mettre les deux pieds dans le plat.

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