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Construction à La Réunion : "Ce qui pose problème, c’est quand la norme n’est pas adaptée"

Ecrit par Julien Delarue – le lundi 19 octobre 2026 à 08H38

Comment construire des bâtiments adaptés au climat tropical sans rendre le logement inaccessible ? Pour Aurélien Lopes, délégué Outre-mer de l’Agence Qualité Construction et coordinateur du programme OMBREE, la réponse passe par une meilleure reconnaissance des compétences locales, l’adaptation des normes et davantage d’échanges avec les pays voisins.

Mieux construire, résister aux risques naturels et contenir les coûts. Dans les territoires ultramarins, ces exigences doivent avancer ensemble. Car un bâtiment performant qui reste financièrement inaccessible ne répond pas aux besoins de la population. C’est l’un des constats développés par Aurélien Lopes, délégué Outre-mer de l’Agence Qualité Construction (AQC), dans le prolongement des échanges du salon Batimat à Paris.

« Si la qualité est inatteignable parce que c’est trop cher, les gens ont quand même besoin d’avoir un toit sur la tête », souligne-t-il. Le risque est alors de voir se développer des constructions abordables, mais insuffisamment protectrices face aux cyclones ou aux séismes. Les difficultés concernent aussi les bailleurs sociaux, confrontés au renchérissement des opérations.

Pour Aurélien Lopes, l’enjeu consiste donc à garantir une qualité adaptée aux risques de chaque territoire tout en tenant compte des capacités financières des habitants.

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Faire travailler les territoires ensemble

Le programme OMBREE, pour « programme inter-Outre-mer pour des bâtiments résilients et économes en énergie », cherche à accompagner cette évolution. Financé par les certificats d’économies d’énergie, il soutient depuis 2020 la production d’outils destinés aux professionnels du bâtiment.

Sa particularité : privilégier des projets portés par des acteurs ultramarins et favoriser les collaborations entre territoires. « Nous, on ne peut pas d’ici savoir quels sont les sujets qui sont les plus pertinents », explique son coordinateur.

Il cite un travail mené à Mayotte, à La Réunion et en Nouvelle-Calédonie sur des bâtiments utilisant des cheminées thermiques. Le principe consiste à évacuer l’air chaud par le haut pour favoriser la ventilation naturelle. L’étude de bâtiments existants permet de mesurer leur fonctionnement et d’en tirer un guide de conception, tout en tenant compte des différences locales.

Le partage concerne aussi les ressources techniques, réunies sur la plateforme Pergola. Selon Aurélien Lopes, celle-ci répond à un paradoxe : les professionnels ultramarins étaient parfois plus rapidement informés des travaux réalisés à Paris que de ceux de leurs homologues des autres territoires.

Des compétences utiles à l’Hexagone

Cette expertise intéresse désormais l’Hexagone, confronté à l’intensification des chaleurs. Aurélien Lopes indique que neuf experts ultramarins ont été sélectionnés pour contribuer à un programme d’adaptation des bâtiments dans le sud de la France.

L’apport dépasse le calcul ou le dimensionnement des équipements. Les solutions tropicales disposent déjà de plusieurs années d’utilisation, avec des enseignements sur le comportement des bâtiments et les habitudes des occupants.

« Dans l’Hexagone, c’est tout nouveau. Donc on a besoin des ultramarins pour réussir l’adaptation », résume-t-il à propos de ces pratiques, notamment de ventilation naturelle.

Des matériaux locaux, mais pas forcément moins chers

Reste la question du coût. Le recours aux matériaux locaux constitue une piste, sans être une garantie automatique de baisse des prix. Une production industrielle à grande échelle peut rester plus compétitive qu’une petite filière locale.

Aurélien Lopes prend l’exemple de la brique de terre comprimée à Mayotte. Son intérêt se mesure aussi à l’activité qu’elle génère : « On fait travailler des Mahorais sur la production des briques et sur la pose des briques. Et donc, ça apporte de l’emploi. Et donc, la valeur reste sur le territoire. »

Pour dépasser les limites des petits marchés, il défend une organisation par bassin géographique. Les territoires pourraient développer des filières complémentaires, commercer davantage avec leurs voisins et partager certains moyens d’essai.

« On ne peut pas demander à La Réunion d’avoir des labos qui font tous les essais sur tous les matériaux de construction », relève-t-il. L’objectif serait de travailler en réseau pour évaluer les produits et faciliter leur utilisation.

Adapter les règles avec les professionnels locaux

Cette réflexion est au cœur du Forum de la construction durable en Outre-mer, annoncé à Batimat dans la continuité des Assises organisées en 2024 et de leur Livre blanc.

Elle rejoint le dispositif prévu par la loi Bélim, avec des comités référentiels construction destinés à encadrer l’utilisation de certains matériaux non marqués CE. Selon Aurélien Lopes, les textes d’application pourraient paraître avant la fin de l’année. Il prévient toutefois que la mise en place des procédures et des réseaux prendra ensuite du temps.

Lire aussi : Encadrement des loyers et matériaux locaux : la sénatrice Audrey Bélim célèbre "une loi de justice pour les Outre-mer"

Sa priorité reste la place accordée aux professionnels ultramarins dans l’élaboration des règles qui les concernent. « Ce qui pose problème, c’est quand la norme n’est pas adaptée, qu’elle génère des coûts, et parfois même elle est absurde. »

Pour lui, La Réunion dispose des compétences nécessaires pour contribuer à cette adaptation. Encore faut-il les identifier et les associer suffisamment tôt aux décisions. « Ça commence vraiment par la reconnaissance et l’identification des expertises ultramarines. »

Etiquettes : Audrey Belim | BTP | Logement | PU1 | RUP

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