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Tribune : "17 octobre à La Réunion : entendre la colère, condamner les violences et surtout préparer l’avenir"

Ecrit par Yvette Duchemann – le dimanche 18 octobre 2026 à 17H50
Photo D.R.

Après les violences qui ont marqué la mobilisation du 17 octobre à La Réunion, Yvette Duchemann appelle à entendre la colère contre la vie chère sans accepter les destructions. Dans cette tribune, elle plaide pour une réponse qui associe sécurité, justice sociale et transition écologique, afin de protéger les habitants et de préparer l’avenir de l’île.

La tribune d'Yvette Duchemann :

Le samedi 17 octobre, à Saint-Denis, à Saint-Pierre, au Port, à La Possession, notamment dans le secteur de Moulin Joli, et dans d’autres communes de l’île, la mobilisation contre la vie chère a pris plusieurs visages. Des citoyens ont exprimé leurs difficultés et leur exaspération. Mais, au fil de la journée et surtout pendant la nuit, des violences, des incendies, des pillages et des destructions ont profondément terni cette mobilisation. 

Entendre la colère ne signifie pas accepter la violence.

Une colère légitime, des violences inacceptables

La situation de nombreuses familles réunionnaises est difficile. Le prix des carburants, l’alimentation, le logement, les impôts, la santé et l’éducation pèsent lourdement sur les budgets. Ces difficultés doivent être entendues et recevoir des réponses concrètes.

Mais rien ne justifie les jets de galets sur les bus, les vitrines et les forces de l’ordre, les incendies de véhicules et de poubelles, les pillages, les extorsions ou les destructions de commerces.

À La Possession, l’incendie du restaurant McDonald’s de Moulin Joli a marqué cette nuit de violences. Au Port, un institut de beauté a également été incendié, entraînant l’évacuation de 36 personnes habitant au-dessus. À Saint-Denis, à Saint-Pierre et dans d’autres communes, des commerces, des véhicules et des biens publics ont également été touchés.

Derrière ces bâtiments et ces véhicules, il y a des femmes, des hommes, des salariés, des familles et des entrepreneurs. Il y a des emplois, parfois des années de travail et des économies patiemment constituées. Il y a aussi des habitants qui auraient pu être blessés ou perdre la vie.

Des policiers et des gendarmes ont été blessés dans l’exercice de leurs missions. Eux aussi ont des familles. La sécurité de tous doit être une priorité.

Nous condamnons donc sans ambiguïté toute violence gratuite, toute atteinte aux personnes et toute appropriation ou destruction des biens d’autrui. La colère sociale ne saurait devenir un permis de détruire.

Ne confondons pas les manifestants et les casseurs

Le droit de manifester est fondamental dans notre République. Les Gilets jaunes ont porté des revendications sociales et une demande de justice qui méritent d’être entendues. Leur mouvement ne saurait être réduit aux violences de certains individus.

Des rassemblements ont bien eu lieu à La Réunion sous cette bannière, notamment à Saint-Denis. Cependant, les chiffres disponibles ne permettent pas de parler de milliers de manifestants sur l’ensemble de l’île. Il importe de distinguer les mobilisations pacifiques des violences commises en marge de celles-ci.

Selon les premiers bilans, des mineurs figurent parmi les personnes interpellées. Les témoignages entendus sur Freedom évoquaient notamment l’implication de jeunes adolescents dans les troubles. Cela appelle une réflexion sur l’encadrement, l’éducation, la prévention et la responsabilité des familles, mais aussi sur les réponses des institutions. Il appartient aux enquêtes d’établir les responsabilités individuelles : nous ne pouvons imputer indistinctement ces actes à toute une jeunesse.

L’image d’un mouvement de revendications sociales, porteur d’une convergence des luttes, est profondément abîmée lorsque des violences prennent le dessus sur ses objectifs.

Une République qui doit répondre de ses échecs

Ces événements constituent un échec préoccupant pour les pouvoirs publics. Lorsque la situation sociale se dégrade et que les violences deviennent incontrôlables, l’État doit rendre des comptes sur sa capacité à prévenir les troubles, à protéger les habitants et à répondre aux causes profondes du mécontentement.

Le gouvernement ne peut se contenter de condamner les débordements après coup. Il doit agir en amont, rétablir la confiance et apporter des réponses crédibles. La question de la responsabilité politique du gouvernement et du ministre de l’Intérieur, y compris celle de sa démission, mérite d’être posée au regard de ces événements.

Mais une démission, à elle seule, ne résoudrait ni la vie chère ni les inégalités ni les difficultés de notre jeunesse. Nous attendons des actes, une stratégie et des résultats.

La vie chère, mais aussi l’urgence climatique

Pour ma part, je considère que la question du pouvoir d’achat, aussi essentielle soit-elle, ne peut être séparée de celle de notre avenir collectif.

Même si les salaires augmentaient, serions-nous véritablement à l’abri des crises qui s’annoncent ? Le dérèglement climatique menace déjà les populations, les ressources en eau, les récoltes et les conditions de vie. Les canicules meurtrières, les événements météorologiques extrêmes et la fragilisation des terres agricoles risquent de toucher particulièrement les plus vulnérables.

Avons-nous suffisamment conscience de ce qui nous attend ? Que restera-t-il de notre pouvoir d’achat si les terres ne peuvent plus nous nourrir, si l’eau devient plus rare et si les conditions de vie deviennent insupportables dans certaines régions ?

À La Réunion comme dans l’Hexagone et ailleurs dans le monde, nous devons préparer l’avenir : développer une agriculture locale résiliente, réduire notre dépendance aux importations et aux énergies fossiles, protéger les ressources naturelles et adapter nos villes aux bouleversements climatiques.

La transition écologique ne doit pas être une charge supplémentaire imposée aux plus modestes. Elle doit devenir une politique de justice sociale, de protection et d’anticipation.

Produire, protéger, prévenir et rassembler

La Réunion dispose d’atouts considérables : sa jeunesse, sa silver économie, ses planteurs, ses entrepreneurs, ses ressources naturelles et ses compétences, son environnement, etc.

OUI  : nous devons renforcer la transparence des prix, contrôler les marges abusives, soutenir la production locale, développer l’emploi local, favoriser l’autonomie alimentaire et énergétique et garantir un logement digne.

Nous devons aussi investir dans l’éducation, l’accompagnement des jeunes, la prévention de la délinquance et la présence des services publics. La sécurité ne se résume pas à la répression : elle exige également des perspectives, de la prévention et une action durable sur le terrain.

Notre responsabilité est de construire une société dans laquelle chacun peut vivre dignement, sans avoir à craindre pour sa sécurité, son emploi ou son avenir.

La colère doit pouvoir s’exprimer, mais elle doit se transformer en propositions, en mobilisation citoyenne et en changements concrets. Détruire ne fait pas baisser les prix. Brûler un commerce ne crée pas d’emplois. S’attaquer aux personnes ne construit aucune justice.

Nous avons le devoir d’entendre la colère, le courage de condamner les violences et l’obligation de préparer l’avenir.

C’est à cette condition que nous pourrons défendre une République démocratique, écologique et sociale, qui protège ses citoyens, combat les inégalités et ne laisse personne au bord du chemin. 

Etiquettes : Tribune | Yvette Duchemann

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