La Région refuse d’aller plus loin : "les pétroliers sont des profiteurs de crise"

En conférence de presse ce jour, la présidente de Région Huguette Bello n’a annoncé aucune nouvelle mesure face à la flambée des carburants. Alors que les professionnels du transport sont reçus à la collectivité, la Région estime avoir déjà « fait sa part » et appelle désormais les pétroliers à agir.
La ligne est assumée. Face à la flambée des carburants et à la mobilisation des professionnels du transport, la présidente de Région Huguette Bello a redit que la collectivité avait atteint ses limites. Elle met en avant une plus-value de 14 millions d’euros réalisée par les pétroliers, estimant que l’effort doit désormais venir de ce secteur. En clair : la Région considère avoir déjà pris sa part et invite les professionnels, s’ils jugent les aides insuffisantes, à se tourner vers les acteurs de l’approvisionnement : la SRPP.
Une position qui intervient alors même que les représentants professionnels sont actuellement reçus pour tenter de désamorcer la crise.

Sur le front du gaz, la collectivité précise également son intervention. À compter du 1er mai, le prix réel de la bouteille pourrait atteindre 22 euros. Pour contenir cette hausse, une enveloppe de 300.000 euros est mobilisée afin de maintenir un tarif à 18 euros. Un effort calibré au regard des volumes : environ 110.000 bouteilles ont été vendues en janvier comme en février.
Au total, la Région chiffre l’impact global de ses mesures à plus de 3 millions d’euros, en intégrant les dispositifs sur les carburants, le gaz et les transports. Une stratégie qui repose aussi sur des alternatives à la voiture individuelle. Le conseiller régional Fabrice Hoarau met ainsi en avant le développement du covoiturage via l’application Karos, qui représente déjà 55.000 trajets mensuels sur l’île. En parallèle, la délégation de service public du réseau Car Jaune pèse 232 millions d’euros sur sept ans, preuve, selon la collectivité, d’un engagement structurel dans les mobilités.
Pas possible d'absorber le choc mondial
Dans un contexte international tendu, marqué par les répercussions du conflit au Moyen-Orient, la présidente insiste sur les limites de l’action régionale. Elle explique que la collectivité doit composer avec ses compétences et ses marges financières, tout en gardant une vision globale de l’intérêt des Réunionnais. En creux, un message : la Région ne peut absorber à elle seule le choc pétrolier en cours.
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Sur le volet des aides, Huguette Bello rappelle l’effort consenti : une prise en charge de 10 centimes par litre pour les professionnels de la route, à laquelle s’ajouteraient 20 centimes annoncés par l’État, encore en attente de précisions concrètes. Mais pour la présidente, le problème se situe ailleurs. Elle pointe directement la responsabilité des acteurs pétroliers, dénonçant leur inertie malgré des résultats financiers jugés confortables ces dernières années.
Création d'une SEM pour importer le carburant ?
Autre point de vigilance soulevé : l’équilibre des finances locales. Le vice-président Patrick Lebreton rappelle le rôle clé de l’octroi de mer, dont 80 % des recettes reviennent aux communes. Une ressource qui peut représenter jusqu’à 40 % du budget dans certaines collectivités comme Saint-Philippe. Toute évolution sur ce levier fiscal est donc jugée sensible, au risque de fragiliser l’équilibre territorial.
Enfin, une piste plus structurelle est évoquée : la création d’une société d’économie mixte (SEM) qui permettrait, à terme, de reprendre la main sur l’importation de carburant. Une orientation encore à l’étude, mais qui traduit une volonté de s’affranchir partiellement des circuits actuels.
« Profiteurs de guerre »
Sur le plan politique, le député Frédéric Maillot annonce vouloir saisir rapidement le gouvernement pour porter la situation réunionnaise au niveau national. Il replace la crise actuelle dans un contexte géopolitique tendu, soulignant que l’envolée des prix de l’énergie dépasse largement le cadre local et ne relève pas des décisions de la collectivité régionale.
De son côté, le député Jean-Hugues Ratenon a vivement critiqué les acteurs pétroliers, les qualifiant de « profiteurs de crise », allant jusqu’à évoquer des « profiteurs de guerre » dans un contexte de flambée des prix liée aux tensions internationales. Une sortie qui accentue la pression politique sur le secteur, déjà pointé du doigt par la Région.


