Crise des carburants : l’intersyndicale se donne trois jours pour accepter le nouveau coup de pouce de la Région… ou pour bloquer La Réunion

Alors que la Région Réunion a mis sur la table une aide supplémentaire de 10 cts par litre de gazole pour les professionnels, ces derniers en attendaient beaucoup plus. Ils se donnent 72 h de négociations supplémentaires avant d’actionner le levier du blocage.
Alors que le monde entier est suspendu aux rebondissements quotidiens de la guerre qui oppose les Etats-Unis à l’Iran, La Réunion se demande si elle se réveillera avec des routes bloquées lundi matin.
Annoncée sous haute tension, la réunion de travail avec les acteurs économiques convoquée mercredi 8 avril par la présidente de Région Huguette Bello et le préfet Patrice Latron au siège de la chambre de commerce et d’industrie n’a visiblement pas permis de calmer la colère de l’intersyndicale composée notamment de transporteurs routiers, et qui a occupé la majeure partie de ces presque trois heures d’échanges.
La présidente de la région Réunion n’était pourtant pas arrivée les mains vides à cette rencontre, à laquelle participaient également des élus locaux comme le président de l’Association des maires et vice-président du Département Serge Hoareau, les députées Karine Lebon et Emeline K/Bidi, ou encore les maires Olivier Hoarau, Mathieu Hoarau ou Eric Ferrère.
Un aide supplémentaire pour "limiter la casse"
Avec sa proposition d’un Dispositif complémentaire exceptionnel temporaire (DCET) de l’ordre de 10 cts d’euros du litre de gazole, venant s’ajouter au dispositif de détaxe déjà existant, cela représenterait un coup de pouce de l’ordre de 18 cts d’euro/litre pour les transports de marchandise et de voyageurs, et d’environ 33 cts pour les taxis, VTC, auto-écoles, ambulances et transports de produits sensibles. Soit une somme de 435.000 euros pour le mois d’avril, prise sur le surplus d’octroi de mer occasionné par l’envolée du coût des carburants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.
Une aide afin de "limiter la casse" pour l’économie locale, dixit Huguette Bello. "Nous avons travaillé pour cela. Avec l’aide de l’Etat, l’aide sera de l’ordre de 40 cts, ce qui est un progrès. Nous mettons ce surplus d’octroi de mer à la disposition des transporteurs, de ceux qui travaillent pour l’économie de La Réunion. Nous n’avons pas d’autre solution", a-t-elle ainsi défendu.

"Un délai de 72 heures" avant la grève
Mais du côté des professionnels, qui réclament un plafonnement de leur gazole à 1,25 euro/litre, le calcul diffère sensiblement. "Le surplus de la Région s’élève à 1,9 million d’euros, qui va dans ses poches. Donc nous leur demandons de redistribuer cet argent sur les aides professionnelles", expose ainsi Vianney Settama, porte-parole d’une intersyndicale "interprofessionnelle qui regroupe 17 professions, et pas que des transporteurs" sous le nom d’Union interprofessionnelle de défense des entreprises réunionnaises (UIDER).
"On a pris 52 cts d’augmentation, on ne peut pas se contenter aujourd’hui d’accepter 10 cts, prévient-il. On laisse à la Région un délai de 72 heures pour fixer des rencontres complémentaires. On leur a transmis nos revendications, pour aboutir à un consensus qui nous permette de survivre. Passé ce délai, s’il n’y pas ce consensus, on se réunira et, dès lundi (13 avril, NDLR), il y aura grève."
Une menace difficilement comprise du côté de la collectivité, qui estime avoir mis la quasi-totalité de son surplus d’octroi de mer, 483.000 euros, à disposition des professionnels. D’autant qu’elle pâtit elle aussi des surcoûts qu’occasionne la flambée des prix du carburant, soit environ 735.000 euros par mois.
Les pétroliers sommés de participer
Car si la recette supplémentaire d’octroi de mer s’élève bien à 1,9 million d’euros pour le mois d’avril, la Région n’en perçoit qu’une partie, le reste (1,4 million d’euros) atterrissant dans les caisses des communes.
Et l’Etat dans tout cela ? S’il n’a pas pris la parole à l’issue de la réunion, le préfet Patrice Latron a mis en avant les dispositifs d’aide actionnés par le gouvernement. Mais a aussi rappelé que, localement, les pétroliers étaient plus qu'invités à faire un geste.
Ce qu’à également martelé Huguette Bello : "Les pétroliers doivent aussi mettre du leur. Injonction leur a été faite par nous-mêmes et M. le préfet : ils ne peuvent rester immobiles, ils doivent aussi prendre leur part."
"Risque d'embrasement"
Et la députée Karine Lebon d'évoquer "un risque d'embrasement" si tel ne devait pas être le cas. "Pour les gilets jaunes, c’était parti d'une augmentation de 10 cts. Là, les Réunionnais font preuve de résilience car c’est un contexte différend avec la guerre. Mais quand on voit les surprofits des pétroliers, la colère est légitime", tance la parlementaire.
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Une rencontre qui aura donc suscité plus de frustration que de contentement pour l’ensemble des participants. Notamment pour les autres acteurs économiques présents et frappés eux aussi durement par la crise des produits pétroliers : monde agricole, artisans, entreprises du BTP ou industriels dépendant du prix du plastique, et dont la situation n’aura guère eu le temps d’être évoquée. Mais pour l’heure, l’urgence est à empêcher une paralysie d’une économie réunionnaise déjà fragile.


