20 ans de la loi handicap : “Malgré les progrès, beaucoup reste à faire”

À l’initiative de l’IRSAM Pétrel et d’un groupe de malvoyants, plusieurs rencontres ont été organisées dans l’île au début du mois de février. Ces temps de parole et d’échanges ont permis à plus de 150 personnes d’être sensibilisées aux difficultés du quotidien pour les personnes malvoyantes.
“On voulait rencontrer des Réunionnais et les acteurs sociaux professionnels avec lesquels on travaille depuis longtemps. Cet anniversaire de la loi de 2005, c’est vraiment l’occasion pour nous de parler des avancées, mais aussi des problèmes”, résume Jean-Philippe Sevagamy, l’un des intervenants de ces trois matinées d’échange. En effet, la loi du 11 février 2005, dite “Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées”, est notamment à l’origine de la création des MDPH (maisons départementales pour les personnes en situation de handicap), mais aussi de l’obligation de l’accessibilité, que ce soit pour la voirie ou les services publics.
Ainsi, les médiathèques de Saint-Joseph, de Grand Bois et de Sainte-Marie ont accueilli ces temps de parole. Un court-métrage était projeté en début de séance afin de lancer le débat sur l’accessibilité des personnes malvoyantes, pour le plus grand plaisir de Jean-Philippe et de ses amis malvoyants. “On a pu recevoir des personnes de Car Jaune, de Transdev et même de la Région. On doit autant rencontrer les personnes que les entreprises ou les élus. Le regard doit changer sur le handicap. La Réunion est en retard”, poursuit-il.
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Personne en situation de handicap : “On a des droits comme tout le monde”
Malvoyant et déterminé à faire bouger les lignes, Jean-Philippe a de nouveau pris sa canne - de pèlerin - pour rappeler l’hostilité de la ville envers les personnes en situation de handicap. “Pour le numérique, ça commence à arriver et on arrive à s’en sortir. Mais sur internet, de nombreux sites ne me sont toujours pas accessibles. Même pour les trottoirs en ville, encore beaucoup ne sont pas adaptés pour les fauteuils et il m’arrive souvent de devoir marcher sur la chaussée, car des voitures sont garées sur le trottoir”, explique Jean-Philippe. “Ces questions relèvent de la dignité humaine, on a des droits comme tout le monde. J’ai envoyé plusieurs courriers pour qu’on installe des lignes de guidage dans la gare routière de Saint-Pierre pour aider à trouver les toilettes ou les quais. Personne ne m’a répondu. Toujours avec les transports en commun, de nombreux bus n’ont pas de synthèse vocale. Je dois ouvrir mon GPS pour savoir où je suis et ne pas louper mon arrêt. Et ça, c'est quand le bus s’arrête. Une fois, un chauffeur m’a dit : ‘je ne m'arrête pas, car je pensais que les aveugles ne pouvaient pas prendre le bus’. On mesure le chemin qu’il reste à faire”.
Voter, toute une aventure
Pour illustrer le manque de considération envers les personnes malvoyantes, Jean-Philippe se rappelle la difficulté qu’il a rencontrée pour se rendre aux urnes lors des dernières législatives. “Quand on arrive au bureau de vote, aucun bulletin n’est écrit en braille. Heureusement qu’on reçoit la propagande électorale avant, ça nous permet de choisir le bon bulletin, qu’on glisse ensuite dans la poche. Je fais semblant de prendre quelques bulletins et c’est dans l’isoloir que je peux ressortir celui que j’avais en avance. C’est un peu compliqué, mais pas le choix !”, résume Jean-Philippe. “On est parfois découragé, certains finissent par rester chez eux devant les complications. Il faut faire un effort collectif”, souligne le représentant de ce groupe de malvoyants.
D’ailleurs, Jean-Philippe compte bien multiplier ces rencontres à l’avenir. “On veut profiter des différentes journées sur le handicap pour continuer notre travail de sensibilisation. Maintenant, il faut faire vivre cette loi de 2005. Malgré les progrès, beaucoup reste à faire”.
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