Frédéric Vienne : « Le préfet nous a demandé de lui présenter un plan de redressement »

Même si la Chambre d'agriculture de La Réunion devrait boucler l'exercice 2024 à l'équilibre, à l'image du précédent, elle traîne un déficit structurel qui l'empêche de développer ses ambitions, notamment sur le sujet en vogue de la « souveraineté alimentaire ». Et qui la contraint surtout à jongler avec des moyens limités et une trésorerie maintenue grâce aux avances du Département et de la Région pour accomplir ses missions. Sans oublier l'inquiétude de ses 170 salariés, jugés trop nombreux par la Cour des comptes mais qui évoluent dans des conditions de travail « dégradées », selon l'adjectif employé ce jeudi 18 juillet en conférence de presse par le président Frédéric Vienne.
Désormais officiellement candidat comme tête de liste de la FDSEA pour succéder à Frédéric Vienne en janvier prochain à la tête de la Chambre consulaire, Olivier Fontaine n'a pas mâché ses mots pour dénoncer le calendrier de publication du rapport de la Cour des comptes, lequel se penche sur la période allant de 2015 à 2022 mais n'est rendu public qu'en juillet 2024, alors que s'amorce la campagne électorale.
Il faut dire que dans ses conclusions, la Cour des comptes recommande ni plus ni moins « aux autorités de l’État de placer l’établissement sous le régime de tutelle renforcée si la Chambre verte ne parvenait pas à revenir dans les clous. Le délai pour remettre les compteurs à zéro sera fixé par le préfet. »
De quoi passablement agacer Olivier Fontaine, qui assure que la dette a déjà été ramenée à environ 4,5 millions d'euros et qu'elle pourrait être effacée d'ici « trois ou quatre ans ». « Il ne faut pas oublier qu'on a un héritage : le rapport commence en 2015 et nous, on est arrivé en 2019 avec plus de 6 millions de dettes à ce moment-là. Le déficit structurel date depuis 2015. Avant nous, il n'y avait quasiment plus de quorum, plus de présence des élus aux réunions. Les salariés dont on parle étaient déjà présents en 2019. On a quand même des objectifs, par rapport à la souveraineté alimentaire, l'agroécologie, et là le travail est fait et le rapport le dit. »
« Nous ne ferons pas travailler les salariés le 20 Décembre. »
Avant de poursuivre : « On nous dit en sureffectif, j'aimerais savoir à partir de quels critères on se base parce que sur le terrain, il y a une demande et les techniciens font leur boulot. Notre mission d'accompagnement est peut-être différente de celle de l'Hexagone ». Le secrétaire général de la Chambre d'agriculture insiste sur ce point : la comparaison avec les Chambres consulaires hexagonales « n'est pas réaliste », notamment parce que l'île ne compte que 42.000 hectares de terres agricoles qui ne fournissent, après impôt foncier, qu'à peine 10% des revenus de la Chambre d'agriculture de La Réunion.
« On n'a pas les exonérations Lodeom, qui représenteraient une économie de 20% sur les charges salariales », ajoute Olivier Fontaine, tandis que Frédéric Vienne réclame la suppression de 4 millions d'euros de dettes sociales et fiscales, en arguant que cela a été accordé à d'autres.
Alors que l’État vient d'officialiser une aide exceptionnelle pour les producteurs de fruits et légumes, Frédéric Vienne souligne que ce sont bien les techniciens de la Chambre qui viennent en aide aux agriculteurs pour remplir leurs dossiers. « Les agriculteurs sont conscients que si la Chambre descendait comme préconisé à 44 agents, il n'y aurait plus de proximité. Ce n'est pas avec moins d'effectifs qu'on va payer nos dettes sociale et fiscales », avance le président de la Chambre verte.
« Le préfet nous a demandé de lui présenter un plan de redressement », indique encore Frédéric Vienne, en précisant que le document avait déjà été envoyé aux services de l’État La mise sous tutelle éventuelle de la Chambre d'agriculture pourrait donc intervenir avant même les élections de janvier prochain.
Le président de la Chambre d'agriculture ajoute un commentaire personnel à l'attention de la Cour des comptes, qui a cru bon de relever dans son rapport que « la Chambre bénéficie d'un jour férié supplémentaire, le 20 Décembre », comme pour signifier les largesses octroyées à ses salariés. « S'en prendre au 20 Décembre, ça me fait penser à la campagne électorale qu'on vient de vivre. Ce qui m'amène à dire que comme président, et Olivier très certainement comme futur président, nous ne ferons pas travailler les salariés le 20 Décembre. »


