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Formation à La Réunion : la CPME s’inquiète d’un secteur en perte de repères

Ecrit par J.D – le jeudi 12 juin 2025 à 06H00
Jean-Philippe Payet, délégué général et Gérard Lebon, président de la CPME Réunion.

Un an après le mois de la formation professionnelle organisé par la Région, les organismes manquent toujours de visibilité. La CPME alerte sur les conséquences économiques pour le tissu local. La Région assume sa méthode et défend un changement de cap.

Il y a un an, on pensait s’en être sorti. Le mois de la formation professionnelle organisé par la Région avait laissé espérer un nouveau départ. Mais depuis, « il n’y a toujours pas de visibilité », pointe la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) Réunion. Les marchés tardent à sortir, les commandes publiques restent largement fléchées vers les seuls demandeurs d’emploi, les opérateurs de compétences (OPCO) sont à sec et l’apprentissage ralentit. « Les organismes de formation sont dans une position délicate. On ne dit pas que c’est de la faute de la Région, mais il s’agit d’alerter sur l’hécatombe qui risque de se produire », prévient Gérard Lebon, président de la CPME.

Lire aussi : La Région lance le mois de la formation professionnelle

Toujours en attente

À La Réunion, on compte plus de 2.300 organismes de formation actifs dont une majorité de structures individuelles ou de petite taille. Malgré une enveloppe de près de 300 millions d’euros prévue dans le Plan régional d’investissement dans les compétences (PRIC), le secteur attend toujours des signaux concrets. Le Cadre régional de développement de la formation et de l’orientation professionnelles (CPRDFOP) n’est pas encore adopté, et « le comité pour l’emploi ne s’est pas réuni ».

Le déséquilibre du marché est également pointé. « Aujourd’hui, on voit que l’AFPAR (gouvernance de la Région, NDLR) s’en sort bien, mais ça déstabilise le marché de la formation à La Réunion. » Derrière cette réussite, une inquiétude : la fragilisation des structures locales. « On ne veut pas que le tissu d’entreprises de formation disparaisse et que l’on se retrouve avec des sociétés de métropole qui viennent tout récupérer pour faire de la formation ici. »

Face à ces critiques, la Région se défend. Dans une réponse officielle signée par Karine Nabénesa, vice-présidente déléguée à la formation professionnelle, la collectivité rappelle que « la Région a placé la formation professionnelle au cœur de ses priorités depuis 2021 ». Elle affirme avoir « renversé la table », notamment lors du mois de la formation 2024, en allant interroger le public sur les marchés forains ou dans les organismes pour co-construire un CPRDFOP qui ne soit plus réservé aux seuls experts. L’adoption de ce document stratégique est désormais prévue pour septembre 2025.

Depuis 2022, la stratégie régionale a été profondément revue : appels d’offres repensés, marchés multi-attributaires, logique de parcours, exigences pédagogiques accrues. Deux premières vagues ont été attribuées, une troisième est attendue, et une quatrième vague d’une ampleur inédite a été préannoncée fin mai : 44 lots pour plus de 30 millions d’euros injectés chaque année. Les premières sessions devraient démarrer en 2026.

"La Région n’a pas vocation à faire vivre les organismes"

Pour accompagner cette transition, France Travail assure encore l’achat de 2.500 places en 2025. À partir de 2027, la Région pilotera directement l’ensemble des formations collectives. En 2024, plus de 13.000 places de formation ont été ouvertes, pour un budget de plus de 110 millions d’euros. « Jamais la Région n’a autant financé la formation », indique la collectivité, qui promet une montée en puissance maîtrisée et tournée vers l’employabilité.

Quant aux tensions exprimées par les organismes, la Région en renvoie une partie à la réforme nationale de l’apprentissage de 2019, qui a vu naître plus de 200 centres de formation des apprentis (CFA) sur l’île, sans garantie de débouchés ni de financement stable. Mais elle rappelle aussi qu’« elle n’a pas vocation à faire vivre les organismes », sa priorité étant de former dans les secteurs porteurs, avec « une exigence forte sur la qualité et l’impact ».

Pour la CPME, le fond du problème reste entier. Les intentions sont là, mais les effets sur le terrain tardent à se matérialiser. Faute de lisibilité à court terme, la confédération patronale craint de voir disparaître un maillage d’acteurs locaux construits au fil des années. Et qu’à force d’attendre, il ne reste bientôt plus grand monde à qui attribuer les futurs marchés.

Etiquettes : CPME | Formation

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