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Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Hier, je vous disais que flottait dans l’air une odeur de 49-3. C’est un thème que reprennent ce matin de nombreux éditorialistes de la presse nationale. À l’image du Parisien qui titre : "L’issue est connue, ça sera un 49.3 !".
Ecrit par Pierrot Dupuy – le vendredi 11 octobre 2024 à 18H20

Une chose est certaine, Michel Barnier se retrouve dans une position hyper inconfortable. D’abord, il n’a eu qu’une quinzaine de jours pour préparer son projet de budget. Pas facile, ce qui peut lui valoir une certaine bienveillance de notre part.

Difficile de faire les arbitrages nécessaires quand on trouve une situation aussi catastrophique. Non seulement il n’a eu que 15 jours pour trouver 60 milliards, mais surtout il se retrouve aujourd’hui coincé entre le marteau et l’enclume. Et encore, l’image, si elle est parlante, n’est qu’à demi vraie. Ou alors il faudrait inventer un marteau à trois têtes.

Lire aussi : Un budget sous le signe de l’austérité et un coup de rabot à 250 millions d’euros pour les Outre-mer

Le pauvre Michel Barnier se fait taper dessus tous les jours par le NFP, ce qui est normal, par le RN, ce qui l’est tout autant, mais aussi par des pans entiers de ce qui devrait sur le papier constituer sa majorité, ce qui l’est beaucoup moins.

Et quand je dis "se faire taper dessus", je suis encore en dessous de la vérité.

Il subit un chantage permanent de la part de ces trois partis. "Si vous n’acceptez pas nos propositions, nous voterons la motion de censure contre votre gouvernement" Le Premier ministre peut se passer du soutien du NFP, mais comme nous l’expliquions hier, il a absolument besoin a minima de l’abstention des députés du Rassemblement national.

Or, ce matin sur France Info, Sébastien Chenu, le porte-parole du RN, a été très clair : si le gouvernement n’intègre pas plusieurs mesures du programme du RN, ses députés voteront la motion de censure. Ce qui provoquerait la chute du gouvernement Barnier.

Du côté de LFI, outre une opposition générale aux mesures présentées par le Premier ministre, une question taraude les députés : comment en est-on arrivé à cette situation catastrophique ? D’autant que sont ressorties des notes internes au ministère de l’Économie alertant dès le troisième trimestre 2023 sur le dérapage des finances publiques. Apparemment, selon Politico, "des batailles politiques au sein de la Macronie auraient freiné la prise des décisions nécessaires pour corriger le tir".

France 2 a eu l’idée de demander des explications à l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Réponse laconique de l’intéressé au travers d’un SMS : "la vérité apparaîtra plus tard". Comprenne qui pourra.

Un de ses successeurs à Bercy, Laurent Saint-Martin, se dit ce matin dans Le Figaro ouvert à des amendements qui pourraient venir modifier voire supprimer certaines mesures figurant dans le projet de budget, par exemple le gel pour six mois de la revalorisation des retraites, à condition de respecter deux règles : toute suppression devra être compensée par une mesure permettant une économie équivalente et par ailleurs, il sera impératif de respecter “l’équilibre entre 40 milliards d’économies et 20 de hausse d’impôts”.

"Un ratio largement contesté par le Haut Conseil des finances publiques qui estime, lui, que la copie gouvernementale ne représente un effort budgétaire "que" de 45 milliards d’euros, financé à 70 %… par des recettes, donc des prélèvements obligatoires", nous précise Le Parisien.

En désaccord avec le projet Barnier

Et c’est là que je vais manifester un désaccord avec le projet du Premier ministre. Je trouve que Michel Barnier est fort pour demander aux autres de se serrer la ceinture ou pour proposer de nouveaux impôts, mais totalement absent lorsqu’il s’agit d’envisager des réformes en profondeur du fonctionnement de l’État. Comment se fait-il que nous ayons un nombre de fonctionnaires aussi important, beaucoup plus élevé que dans tous les autres pays européens, pour un service rendu souvent moins bon ? Et l’exemple de l’Éducation nationale est le plus criant.

N’y aurait-il pas des doublons dans les services que l’on pourrait supprimer ? J’entendais il y a deux jours sur France Info l’interview de David Lisnard, le président de l’Association des maires de France, dans laquelle il racontait qu’avant de pouvoir sortir un projet, il devait obtenir au préalable l’avis ou l’autorisation de trois organismes ayant des domaines de compétences très proches.

Dans un raisonnement plein de bon sens, il avait appelé à "d'abord réduire le périmètre de l'intervention publique. Là, on fera de vraies économies et on relancera une action publique performante". Et il avait également évoqué le fait que l'AMF allait "faire des propositions" pour "assainir les comptes publics et pour que l'État s'astreigne aux efforts qu'il demande aux autres".

Autre piste que je soumets à nos chers parlementaires, mais sans me faire d’illusions sur les chances qu’ils m’écoutent : diviser par deux le nombre de députés et de sénateurs, et supprimer quelques échelons du millefeuille administratif. On avait ajouté les communautés d’agglomérations et les super-régions en promettant de supprimer un des échelons. On avait même évoqué à l’époque les départements. Or, il n’en a rien été. Le nombre d’élus a explosé, les nouvelles collectivités ont embauché des milliers de militants et tout le monde trouve cela normal.

L’économiste Marc Touati estime dans Le Point ce matin que "les augmentations d'impôts prévues par le gouvernement sont absurdes, étant donné que nous sommes déjà les champions du monde du poids de la fiscalité dans le PIB. Et elles seront inefficaces. De plus, contrairement à ce qui est affirmé par le gouvernement, les dépenses publiques vont continuer à augmenter en 2025".

"Comment les entreprises pourront-elles investir, créer de la richesse et des emplois alors que l'instabilité fiscale est de retour ? », poursuit-il. « Quant aux ménages, déjà affectés par quatre ans de crise et une hausse de l'inflation dramatique, ils vont encore réduire leur consommation. Autrement dit, la croissance de la France va chuter, le chômage va augmenter, ce qui accroîtra encore les déficits publics et fera monter les taux d'intérêt des obligations d'État, affaiblissant encore un peu plus la croissance, etc. Le cercle pernicieux, bien connu, continuera…"

"Cela fait quarante ans que la France décline de façon structurelle. En 1990, en termes de PIB par habitant, la France occupait la 11e place mondiale. En 2023, elle était 25e et elle tombera à la 27e place l'an prochain. Il est donc urgent de moderniser massivement et sérieusement l'économie et la société françaises, mais, malheureusement, rien ou presque n'a été fait et rien ne sera fait en 2025…", conclut l’économiste.

+ 3 millions de budget pour l'Elysée

Rappelons que parmi les mesures annoncées hier figurent, entre autres, un malus sur l’achat de voitures neuves polluantes, une baisse de 500 millions d’euros du budget de la Justice, une "taxe exceptionnelle" sur les entreprises de transport maritime, une baisse d’1,2 milliard d’euros des aides à l’apprentissage, et surtout la suppression de 4.000 postes dans l’Éducation.

Ce dernier point a suscité une levée de boucliers de l’ensemble des syndicats, pour une fois unanimes. Guislaine David, la secrétaire générale de la FSU-Snuipp, premier syndicat en maternelle et élémentaire, a dénoncé un "sabordage de l'école publique" sur le réseau social X. "Mais où est la priorité donnée à l'école ?", a-t-elle demandé. Le SNALC a déploré "une saignée monstrueuse pour l'Éducation nationale", "une honte absolue", tandis que Sophie Vénétitay, à la tête du Snes-FSU, premier syndicat du second degré, estimait sur X que "Michel Barnier sacrifie l'École publique. Indigne et irresponsable !", selon elle.

De son côté, le gouvernement explique que cette baisse est due au fait que "la baisse du nombre d’élèves devrait s’accélérer avec 97 000 élèves en moins à la rentrée 2025". Pour le ministre du Budget Laurent Saint-Martin, "un bon budget de ministère n’est pas nécessairement un budget en hausse". il faut "voir les besoins réels et leurs évolutions". "La réalité démographique n’est pas contestable", affirme-t-il. Et il ajoute que si le gouvernement avait décidé de baisser le nombre d’enseignants proportionnellement à la baisse du nombre d’élèves, ce sont 4.800 suppressions de postes qu’il aurait fallu faire. Indirectement, "nous augmentons donc le taux d’encadrement" des élèves, conclut-il

Pour terminer, je voudrais partager avec vous cette information trouvée dans Politico. "Si les ministères sont appelés, en majorité, à se serrer la ceinture, l’Élysée, l’Assemblée nationale et le Sénat voient leurs crédits continuer de grimper pour 2025. Après la grosse rallonge de 12 millions d’euros déjà consentie en 2024 par le Trésor public, le Palais présidentiel demande ainsi un coup de pouce de 3,1 millions d’euros (+2,5% par rapport à 2024). Un peu plus de 10 millions d’euros supplémentaires (+1,7%) doivent être accordés à l’Assemblée, qui encaisse le coût de la dissolution et un plan social massif de collaborateurs. L’inflation et la hausse du point d’indice de la fonction publique contraignent le Sénat à réclamer, lui, 6,3 millions d’euros de plus (+1,69%)".

Je vous laisse méditer et attends vos commentaires. Il sera intéressant de voir si les députés et les sénateurs, si prompts à dénoncer les augmentations d’impôts, vont voter contre ces majorations…

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