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Rostane Mehdi a-t-il été "l'otage" des islamistes à l'IEP d'Aix-en-Provence ?

Je n’aurais jamais pensé que mon article sur Rostane Mehdi, le nouveau recteur de La Réunion, déclencherait autant de réactions : commentaires, mais aussi appels téléphoniques. La magie d’Internet fait qu’un article écrit à La Réunion peut être lu partout dans le monde, et en particulier à Aix-en-Provence, où Rostane Mehdi a occupé son dernier poste de directeur de l’Institut d’Études Politiques (IEP). Les échanges ont été fructueux et me permettent aujourd’hui de brosser un portrait plus précis de notre nouveau recteur, confirmant ce que j’avais déjà écrit.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 31 octobre 2024 à 09H41

Pour commencer, remettons les faits dans leur contexte.

Rostane Mehdi est un brillant universitaire, et tous mes interlocuteurs s’accordent sur ce point. Avec un CV impressionnant, selon le site letudiant.fr : "Rostane Mehdi est professeur de droit public à l'université d'Aix-Marseille depuis 1996. Docteur en droit de l’université de Rennes 1, il obtient en 1994 l’habilitation à diriger des recherches et est agrégé en droit en 1996. D’abord maître de conférences à l’université de Rennes 1 en 1994, sa carrière se déroule ensuite à la faculté de droit et de science politique à l’université d'Aix-Marseille." Ses qualités d’enseignant ne sont donc pas en cause.

En 2015, il succède à Christian Duval comme directeur de l’IEP d’Aix-en-Provence, dans un contexte très difficile. L’établissement avait été placé sous administration provisoire après que Christian Duval a été confondu dans une vaste escroquerie aux faux diplômes. Il avait vendu des centaines de masters à l’étranger, principalement à des "étudiants" chinois, mais aussi mauriciens.

Il faut dire que la corruption touche de nombreux établissements universitaires français, en raison notamment de leur paupérisation. Une faille dans laquelle s’engouffrent certaines organisations ou États aux moyens illimités, cherchant à y diffuser leurs idéologies islamistes. Les noms du Qatar et des Frères musulmans reviennent souvent.

On comprend mieux pourquoi les IEP, notamment ceux de Paris et d’Aix, ont été en pointe dans l’agitation autour de Gaza. Les services de renseignement français ont identifié plusieurs "étudiants" proches des Frères musulmans parmi les organisateurs.

Cependant, selon nos interlocuteurs bien informés, il existe une différence notable : à Paris, le mouvement pro-Palestine est parti de la base alors que le corps enseignant est resté en retrait. À Aix, c’était l’inverse, avec un corps enseignant gangréné par plusieurs professeurs soutenant ouvertement des terroristes.

Sa mission ? Moraliser l'IEP

Rostane Mehdi a donc pris ses fonctions dans des conditions difficiles, avec la mission de moraliser l’IEP et de le débarrasser de ses pratiques illégales. Il y est parvenu, mais au prix d’une recherche de la paix sociale qui l’a conduit à fermer les yeux, faisant preuve d’une complaisance teintée de passivité envers certains professeurs ouvertement islamistes.

Nous reviendrons plus loin sur quelques exemples particuliers, notamment ce professeur qui a été directeur de thèse d’un djihadiste soupçonné de crimes de guerre, récemment interpellé par le GIGN.

Attardons-nous pour le moment sur notre tout nouveau recteur, Rostane Mehdi, qui prend certaines libertés avec la vérité dans le droit de réponse qu'il avait envoyé en 2021 à Valeurs actuelles.

Valeurs actuelles indiquait qu'"en novembre 2017 (Rostane Mehdi est directeur de l’établissement depuis 2015, NDLR), plusieurs associations laïques alertent la mairie d’Aix sur "l’entrisme islamique" à Sciences Po, avant la soutenance de thèse d’un élève. Pro-Tariq Ramadan, pro-Erdogan, membre des Frères musulmans et relais du Qatar, l’étudiant avait victimisé Mohammed Merah, "un coupable idéal" selon lui, et fait l’éloge, dans un long texte publié sur Facebook, du chef du Hamas commanditaire de l’attentat ayant coûté la vie à un étudiant de l’IEP de Paris, en 2002 à Jérusalem". Malgré cela, cet étudiant (Nabil Ennasri, NDLR) avait obtenu son diplôme de docteur à l’IEP d’Aix après avoir développé sa thèse "sur un prédicateur musulman désireux de tuer les homosexuels et les juifs, de coloniser et de soumettre les Occidentaux".

Dans son droit de réponse, Rostane Mehdi affirme que "sans avoir de sympathie particulière pour le candidat (...), et l’objet de ses recherches, M. Nabil Ennasri a été autorisé, dans le respect des formes administratives et académiques, par le président de l’Université, et non par moi, à soutenir sa thèse".

Et c’est là que le bât blesse.

 

"Il ne pouvait pas ne pas être au courant du sujet de la thèse"

 

Comme me l’expliquent mes interlocuteurs universitaires, le président de l’université, en la matière, ne dispose que d’une compétence liée. Il ne juge ni le fond ni la forme de la thèse et ne fait que suivre les recommandations de l’UFR. Selon eux, Rostane Mehdi, en sa qualité de directeur de l’IEP, "ne pouvait pas ne pas être au courant du sujet de la thèse".

Cette explication de l'ex-directeur de l'IEP d'Aix peut tromper le lecteur lambda, mais pas les universitaires, et soulève bien des questions.

Attardons-nous à présent sur l'auteur de cette fameuse thèse, Nabil Ennasri, cité par le recteur Rostane Mehdi, qui croupit aujourd'hui en prison.

Yann Barte dresse de lui un portrait au vitriol dans la revue Franc-tireur. Âgé de 41 ans, il recevait chaque mois une rémunération de 30.000 € d’une mystérieuse entité désignée par la mention "amb", que les enquêteurs, au vu des autres éléments en leur possession, ont identifiée comme une référence à l’ambassadeur du Qatar à Paris. D’après les messages téléphoniques découverts dans son téléphone, les enquêteurs ont trouvé la preuve que cet argent devait servir à corrompre des parlementaires et des journalistes.

Cette somme rappelle d’ailleurs les 35.000 € mensuels que touchait Tariq Ramadan du Qatar.

Le sujet de la thèse de Nabil Ennasri à l’IEP d’Aix ? Le cheik Youssef al-Qaradawi, que Yann Barte décrit comme "prédicateur sur Al-Jazeera, maître à penser du frérisme et l’homme qui a délivré au Hamas l’autorisation religieuse de mener des attentats kamikazes". Un personnage des plus sympathiques, donc.

Parmi les membres du jury qui lui ont fait passer sa thèse et qui la lui ont validée, se trouvent "deux compagnons de route des Frères musulmans : son directeur de recherches, François Burgat, et le chercheur Vincent Geisser", selon Yann Barte.

Le 4 octobre 2023, Nabil Ennasri est arrêté et placé en détention provisoire à l’issue de sa garde à vue. Le Parquet national financier le soupçonne de "corruption active et passive d’une personne privée, corruption d’un élu public, trafic d’influence actif et passif en bande organisée, abus de confiance, blanchiment, blanchiment de fraude fiscale, non-respect par un représentant d’intérêt de ses obligations de communication à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et travail dissimulé". Tout cela au profit du Qatar.

Examinons à présent plus en détail le cas de François Burgat, le directeur de thèse de Nabil Ennasri.

Aujourd’hui âgé de 76 ans et à la retraite, François Burgat dispose d’un CV éloquent : professeur émérite, directeur émérite, ancien directeur de recherches au CNRS… Mais cela ne l’a pas empêché de se retrouver en garde à vue pendant 8 heures au mois de juillet dernier, et de faire la Une des journaux nationaux à la suite d’une plainte pour apologie du terrorisme. Il lui est reproché d’avoir partagé sur X (ex-Twitter) des messages favorables au Hamas, "décrivant les attaques du 7 octobre en termes élogieux", écrit Erwan Seznec dans Le Point. "Nos combattants sont des combattants de la liberté et de la dignité et ne peuvent pas commettre des actes aussi honteux », leur comportement ayant été guidé pendant l'attaque par "la virilité et l'honneur". Parler de "virilité" et d’"honneur" pour évoquer les viols et les meurtres de centaines de femmes juives, fallait oser !

Erwan Seznec évoque également l’ensemble de l’"œuvre" de François Burgat : "Ces dernières années, l'ancien chercheur de l'IREMAM, pilier du conseil scientifique de la revue Orient XXI, a souvent été considéré comme un porte-voix des intérêts qataris en France, et a multiplié les manifestations de soutien au Hamas. Le 26 mai encore, il repostait un communiqué à la gloire du mouvement terroriste, qui aurait "conquis les cœurs à la cause palestinienne dans le monde entier" et "gardé pratiquement tous les prisonniers capturés il y a six mois". Il croyait voir dans l'enchaînement mortel des massacres du 7 octobre et des représailles qui ont suivi "l'une des réalisations les plus géniales et les plus incroyables de toute l'histoire militaire".

Dans Le Franc-tireur, Caroline Fourest donne la parole à Florence Bergeaud-Blacker, harcelée et menacée de mort sur les réseaux sociaux après que François Burgat a "lancé la chasse" contre elle, au point de devoir vivre sous protection policière : "À l’époque, je ne comprenais pas qu’un membre éminent du CNRS puisse se comporter ainsi. Mes illusions se sont envolées lorsque je l’ai vu passer directeur émérite, malgré des travaux mensongers et apologétiques du terrorisme".

François Burgat enseignait à l’IREMAM (Institut de Recherches et d’Études sur les Mondes Arabes et Musulmans) qui dépend du CNRS, mais travaille en étroite collaboration avec l’IEP. "Les recherches se font à l’IREMAM mais les cours se donnent à l’IEP", nous a expliqué un de nos interlocuteurs.

En réaction à la garde à vue de François Burgat, l'ensemble des enseignants de l’IREMAM, "réunis en conseil de laboratoire", ont repris à leur compte un communiqué d’un autre organisme, qui condamnait "ces démarches (le placement en garde à vue de François Burgat, NDLR) encouragées par le gouvernement français (qui) reposent largement sur des amalgames dangereux (qui) visent à réduire au silence les critiques du gouvernement israélien d’extrême-droite dans sa politique à l’égard des Palestiniens".

 

Gangrené par l'islamisme

 

Il ne s’agit donc pas de quelques cas isolés, mais d’un institut tout entier, et par capillarité l’IEP d’Aix-en-Provence, gangrené par l'islamisme.

Dernier épisode marquant : le 29 janvier dernier, le GIGN a arrêté à Marseille Majdi Mustafa Nema, ancien porte-parole du groupe islamiste Jaysh Al-Islam. Il a été mis en examen pour "actes de torture et complicité", "crimes de guerre" et "complicité de disparitions forcées". Il est depuis sous mandat de dépôt.

Le Figaro nous apprend que "l’ex-porte-parole est notamment soupçonné de l’enlèvement le 9 décembre 2013 de l’avocate et journaliste syrienne Razan Zeitouneh, son mari Waël Hamada et deux de ses collaborateurs. Aucun n’a été retrouvé depuis".

Majdi Mustafa Nema était officiellement étudiant à l’IEP d'Aix-en-Provence dans le cadre d'un échange du programme européen ERASMUS.

Mais ce n'est pas fini. Le Point nous apprend aujourd'hui l'arrestation, le 19 octobre dernier, en Tunisie, de Victor Dupont, un doctorant "contractuel en sciences politiques, rattaché à l'Institut de recherches et d'études sur les mondes arabes et musulmans (IREMAM), structure qui dépend du CNRS et de l'université d'Aix-Marseille". "Le 19 octobre, Victor Dupont a été mis en garde à vue par la garde nationale puis placé, le lundi 21, sous mandat de dépôt par la justice militaire dont il dépend désormais. Il serait soupçonné d'atteinte à la sûreté de l'État", précise le journal.

 

"J’ai pour seule boussole les lois et règlements de la République"

 

L'IEP d’Aix-en-Provence, où notre recteur Rostane Mehdi a été directeur jusqu’à il y a quelques semaines, avant de venir prendre son poste au rectorat de La Réunion, semble être un "lot de consolation", qui lui aurait été accordé après avoir échoué à obtenir le poste de directeur de Sciences-Po Paris...

Loin de nous l'idée d'affirmer ou de laisser croire que Rostane Mehdi soit lui-même un islamiste. D'ailleurs, dans sa réponse à Valeurs actuelles, l'ex-directeur de l'IEP d'Aix est clair sur le sujet : "Dans l’exercice de ma mission, j’ai pour seule boussole les lois et règlements de la République et les principes qui les sous-tendent. À ce titre, rien ne vous permet de laisser planer le moindre doute sur ma détermination à condamner sans ambages le terrorisme islamiste. Si je ne devais en donner qu’une triste illustration, je rappellerais que dans le communiqué de presse publié après l’assassinat de Samuel Paty, je dénonçais l’ignominie d’un acte terroriste commis par des auteurs nommément désignés et invitais chacun à refuser "la peur qui brouille l’entendement, [à] opposer à la violence sans limite la force tranquille mais déterminée d’une démocratie vivante et sûre de ses valeurs". Il en a été ainsi attentat après attentat".

Loin de moi l'idée de remettre en question l'attachement de Rostane Mehdi aux valeurs de la République. Mais dans ce cas, comment expliquer ce que mes interlocuteurs universitaires ont qualifié de "passivité" face aux agissements d'islamistes dans son établissement. L'explication se trouve peut-être dans le fameux droit de réponse à Valeurs actuelle. "Me voilà tout à coup associé à ces islamistes qui ont non seulement contraint, comme des milliers d’autres, mes parents, universitaires, démocrates et laïcs, à l’exil mais aussi assassiné nombre de mes amis. L’ironie est étrange, et le paradoxe, cruel", écrivait Rostane Mehdi en 2021. On apprend donc que la famille du recteur vit toujours en Algérie. Aurait-il fermé les yeux par crainte qu'on ne se venge sur eux ?

Ou alors, est-ce parce-que l'IEP était déjà tellement gangréné de l'intérieur qu'il était trop tard et qu'il a renoncé à combattre ?

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