Un budget sous le signe de l'austérité et un coup de rabot à 250 millions d'euros pour les Outre-mer

« En l’absence de mesures, le déficit public aurait atteint environ 7 % du PIB en 2025. Cette situation découle en grande partie de recettes fiscales moins dynamiques que l'activité économique, de la hausse du coût de la dette avec la remontée des taux d'intérêt, et d'une augmentation significative des prestations vieillesse et de santé, en raison notamment du vieillissement de la population », ont expliqué Antoine Armand et Laurent Saint-Martin, respectivement ministres de l'Économie et du Budget.
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Le Gouvernement a donc annoncé des mesures ambitieuses dès 2025 pour ramener le déficit à 5 % du PIB, contre 6,1 % prévu en 2024. Ces mesures représentent un effort global de 60 milliards d'euros, soit environ 2 % du PIB. Parmi les principales décisions, on note la réduction du nombre de fonctionnaires, la suppression de 4 000 postes dans l'Éducation nationale, une hausse des impôts pour les grandes entreprises et les ménages les plus aisés, ainsi que des ajustements sur les factures d'électricité et une augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d'avion.
Impact sur l'Outre-mer
Pour les Outre-mer, la coupe budgétaire s'élève à 10 %, soit 250 millions d'euros, réduisant la dotation globale à 2,49 milliards d'euros. La majeure partie de ces fonds (64 %) sera destinée aux exonérations de charges sociales. Environ 7 % seront consacrés au logement, 5 % au soutien des collectivités territoriales, 3 % au fonds exceptionnel d'investissement, et 2 % à la continuité territoriale. Cependant, cette baisse soulève des questions sur l'avenir des exonérations de charges sociales. Le projet de loi de finances 2025 indique : « Les dispositifs spécifiques d'allègements de cotisations sociales en Outre-mer seront ajustés en 2025. »
Concernant les allégements de charges patronales sur les bas salaires, le gouvernement prévoit une fusion des dispositifs existants (comme Fillon et Lodeom) afin de lisser la diminution des exonérations. L'objectif est d'encourager les employeurs à augmenter les bas salaires en atténuant l'impact des hausses pour les entreprises. À La Réunion, où une grande partie des salariés perçoivent le Smic, ce changement pourrait avoir un effet limité si les entreprises n'ont pas la capacité ou la volonté d'augmenter les rémunérations.
Exonération de cotisations : réforme étalée sur deux ans
« Les exonérations de cotisations patronales seront réduites de 2 points au niveau du Smic en 2025, et de 2 points supplémentaires en 2026, jusqu’à 1,3 Smic. Ces exonérations seront renforcées entre 1,3 et 1,8 Smic, mais diminueront au-delà, pour disparaître à 3 Smic. Cette réforme s’étalera sur deux ans, offrant ainsi une visibilité accrue aux entreprises, avec une réduction des allègements sur les salaires supérieurs à 2,2 Smic pour l’assurance maladie, et à 3,2 Smic pour les allocations familiales. »
Les politiques ultramarins très critiques
Le député guadeloupéen Olivier Serva a vivement critiqué la réduction de 10 % du budget alloué aux territoires d'Outre-mer, jugeant cette décision inacceptable dans un contexte de fortes tensions sociales, particulièrement en Martinique. Il considère que ces coupes budgétaires traduisent une forme de désengagement de l'État envers des territoires déjà confrontés à d'importants défis économiques et sociaux.
Le sénateur PS de Guadeloupe, Victorin Lurel, va plus loin dans l'analyse du budget et évoque 400 millions d'euros d'économie sur le dos des Outre-mer. « Pour les Outre-mer, la purge budgétaire est bien plus dévastatrice que celle redoutée puisque ce ne sont pas 200 millions mais plus de 398 millions d’économies que le ministère des outre-mer devra supporter. »
A l'écouter, la ligne budgétaire en faveur des entreprises (exonérations de cotisations et défiscalisation) augmente certes de 72,5 millions d’euros en autorisations d'engagement (AE) et de 64,6 millions d’euros en crédits de paiement (CP). « En revanche, la ligne budgétaire dite « conditions de vie outre-mer » qui porte toutes les dépenses du quotidien (continuité territoriale, logement, aménagement du territoire, financement des collectivités, plan séisme…) est purement et simplement asséchée », lâche le sénateur. Ses crédits passent de 1,28 milliard à 810 millions en AE et de 920 à 606 millions en CP. « Avec cet effondrement abyssal des crédits, qui perdent près de 471 millions d’euros en AE (-36,7%) et 314 millions d’euros en CP (-34%), cette ligne budgétaire retrouve un niveau inférieur en CP à celui voté en 2008 !! », conclut Victorin Lurel.
Toutes ces propositions devraient faire l'objet de discussions particulièrement vives au Parlement, sans forcément de certitudes sur leur application ou non – à moins d'utiliser le 49-3 - puisque ce gouvernement ne dispose pas de la majorité.


