Vie "plus chère" en métropole qu'à La Réunion, Corsair s'est-elle complètement trompée en voulant promouvoir un voyage vers Paris ?

Une dizaine de mots, glissés au détour d'un guide de voyage, et voilà Corsair au cœur des discussions. En expliquant aux passagers qu'ils doivent faire attention au "coût de la vie en métropole, bien supérieur à celui de l'île", la compagnie aérienne a déclenché une vague de réactions. Car si passer un week-end à Paris coûte souvent cher, affirmer que la vie y est plus chère qu'à La Réunion relève de la maladresse, voire d'un manque de discernement.
Il fallait lire jusqu'à la dernière ligne. Avant de grincer des dents.
Sur son site internet, Corsair, qui a inauguré en grande pompe sa nouvelle liaison entre La Réunion et Toulouse, la Ville rose, détaille les formalités à connaître avant un vol entre La Réunion et Paris. Carte d'identité, durée du trajet, décalage horaire... Rien que de très classique. Puis vient cette recommandation destinée aux voyageurs.
"Attention cependant au coût de la vie en métropole, bien supérieur à celui de l'île."
Une phrase presque anodine, mais loin d'être anecdotique. Car à La Réunion, elle a fait lever plus d'un sourcil.
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"Un coup à se voir mis à l'index...", ironise-t-on d'ailleurs sur Facebook, capture d'écran à l'appui. En quelques heures, la publication est largement partagée. Les commentaires oscillent entre éclats de rire, sarcasmes et incrédulité. Pour beaucoup, la compagnie semble avoir inversé les rôles.

Car les chiffres racontent une autre histoire. Une toute autre réalité.
La dernière grande étude de l'Insee consacrée aux écarts de prix entre La Réunion et l'Hexagone est sans appel. En moyenne, les prix sont 8,9 % plus élevés à La Réunion qu'en métropole. Et lorsqu'on s'intéresse à l'alimentation, l'écart devient spectaculaire : les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées coûtent jusqu'à 37 % de plus sur l'île. Rien que ça...
Autrement dit, pour remplir un chariot identique, un ménage paiera généralement davantage à Saint-Denis qu'à Saint-Denis... de Seine-Saint-Denis.
Erreur de notions
Cette réalité alimente depuis des années les débats sur la vie chère, les négociations autour du Bouclier Qualité Prix ou encore les critiques sur les marges de la grande distribution. Elle est aussi régulièrement documentée par l'Insee, qui rappelle que les écarts de prix se sont même creusés ces dernières années.
Alors, la compagnie Corsair s'est-elle trompée ?
Pas forcément. Mais la compagnie semble avoir mélangé deux notions qui n'ont rien à voir.
Car il y a une différence entre le coût de la vie et le coût d'un séjour touristique.
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Passer quelques jours à Paris peut rapidement faire grimper la facture. Les hôtels, certaines sorties, les restaurants ou les terrasses affichent souvent des prix bien supérieurs à ceux pratiqués à La Réunion. Pour un vacancier, le budget peut effectivement s'envoler.
Mais ce n'est pas ce que dit la compagnie.
En parlant du "coût de la vie", Corsair utilise un terme économique qui englobe les dépenses du quotidien. A savoir donc les courses, le logement, les transports, les services ou encore l'énergie. Et sur ce terrain, les données publiques sont nettement moins favorables à La Réunion que ne le laisse entendre cette phrase.
Patate chaude
D'ailleurs, le sujet reste brûlant. Encore récemment, l'Insee rappelait que l'inflation demeure plus élevée à La Réunion qu'au niveau national, même si elle ralentit.
Au fond, tout est peut-être affaire de vocabulaire.
Écrire "prévoir un budget plus important pour votre séjour à Paris" n'aurait probablement fait réagir personne.
Écrire que "le coût de la vie en métropole est bien supérieur à celui de l'île", en revanche, c'est toucher à l'un des sujets les plus sensibles pour les Réunionnais. La patate très chaude, en quelque sorte.
Et il n'en fallait pas plus pour que la phrase... embarque dans une tout autre direction.


