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Errance animale : "on va droit dans le mur", alertent des éleveurs

Ecrit par P.B. – le dimanche 21 décembre 2025 à 13H59

Réunis cette semaine au CIRAD de Saint-Pierre, éleveurs, institutions, associations et citoyens ont débattu des enjeux de l’élevage à La Réunion. Si le pouvoir d’achat a nourri une partie des échanges, la problématique persistante de l’errance animale s’est imposée comme un sujet central, aux conséquences économiques, sanitaires et sociétales.

Selon les chiffres avancés, la population canine à La Réunion est estimée à 255 000 chiens, dont 35 000 chiens divagants et 41 000 chiens errants. Plusieurs centaines d'attaques par an sont recensées par la Chambre d'agriculture, touchant des exploitations agricoles ou des basses-cours de particuliers.

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Face à ce constat, les conséquences sont à la fois économiques et sanitaires, avec la transmission de maladies comme la leptospirose, la brucellose ou encore la néosporose, une maladie abortive particulièrement coûteuse pour les élevages bovins. Malgré des données appelées à être actualisées et des actions menées par l’État et les intercommunalités, la situation évolue peu.

Les captures et euthanasies ne règlent pas le problème

Présidente d’une association de protection animale mais surtout vétérinaire épidémiologiste au CIRAD, Cécile Squarzoni a rappelé les limites des dispositifs actuels.
"Les captures et euthanasies n’enlèvent que 5 à 10 % de la population canine errante et entraînent une augmentation de la reproduction chez les populations restantes", explique-t-elle.

La scientifique souligne également une différence majeure d’espérance de vie : "Les chiens errants ont une espérance de vie de deux à trois ans, contre sept à huit ans pour les chiens divagants.

Pour autant, elle refuse de considérer l’errance comme "fatalité". "Des solutions existent et ont été approuvées en Italie notamment", cite-t-elle, insistant sur la nécessité "d’agir sur chacune des causes".

Responsabiliser et sanctionner les mauvais comportements

La première cause pointée concerne les abandons. "Les mauvais propriétaires et les mauvais comportements doivent être identifiés et verbalisés", appelle Cécile Squarzoni, rappelant que "le cadre réglementaire existe pour le faire". Elle évoque également la responsabilité des éleveurs clandestins impliqués dans des trafics.

"La sensibilisation passe aussi par les enfants", ajoute la vétérinaire, incitant les intercommunalités à s’investir davantage sur ce volet, d’autant que les financements existent.

Un partenariat de 50 000 euros a ainsi été lancé fin 2024 avec le rectorat. Depuis, 350 classes ont bénéficié d’actions de sensibilisation à la protection animale et à la lutte contre l’errance, a rappelé Laurent Janel, représentant le sous-préfet de Saint-Pierre.

Stériliser davantage et cibler les actions

Concernant les chiens errants non agressifs, Cécile Squarzoni prône une stratégie claire : capturer, stériliser et relâcher. Sur ce point, elle s’est montrée catégorique devant les intercommunalités présentes, le TO et la CASUD. "Les campagnes de stérilisation sont sous-dimensionnées", affirme-t-elle.

La scientifique appelle à des actions ciblées, fondées sur des données établies par zone. "Dans les hauts, un propriétaire peut avoir plusieurs femelles qui produisent chaque année 18 chiots, systématiquement ramassés par la fourrière", illustre-t-elle.

Dans l’attente d’un renforcement des moyens, des applications sont en cours de création afin de rendre systématique le signalement des chiens errants ou divagants.

L'absence "d'une vraie volonté politique"

Pour Jean-Marie Potin, président d’UFC-Que Choisir La Réunion, "la problématique serait réglée s’il y avait une vraie volonté politique". Il estime que les solutions proposées restent incomplètes sans la prise en compte de la "responsabilité des maires".

Sur le terrain, la situation est jugée alarmante par certains éleveurs. "Vous ne réalisez pas à quel point la thématique est importante et à quel point on va droit dans le mur", alerte Yannick Gence, éleveur installé depuis deux ans dans les hauts de l’Ouest.
"Les actions menées sont très insuffisantes alors que nous avons besoin de solutions concrètes et efficaces. Dire que ce n’est la responsabilité de chacun, c’est trop facile", poursuit-il, évoquant de nombreuses attaques de chiens dans son secteur.

Sécurité alimentaire et avenir de l’élevage

Le débat a été conclu par Kevin Landal, éleveur et élu à la Chambre d’agriculture. "L’intérêt de ce débat était de réunir les différents acteurs et partenaires, mais aussi de vulgariser les enjeux et les difficultés du métier d'éleveur", explique-t-il.

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"Plus que la souveraineté alimentaire, il s’agit de sécurité alimentaire. Tout est lié. Tout le monde doit être d’accord pour collaborer, valoriser le travail fait localement et contrer autant que possible les importations", appelle-t-il, invitant également les jeunes agriculteurs à s’investir pour leur avenir.

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