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Errance animale  : créer une agence publique pour changer de cap

Ecrit par N.P. – le lundi 4 août 2025 à 11H15

Abandons massifs, prolifération d’espèces ensauvagées, biodiversité en péril… Jugeant le modèle de lutte actuel contre l’errance animale à bout se souffle, Éric Ferrere, maire des Avirons et président du Parc national, propose la création d’une agence publique de coordination : l’ARLEMA.

Plus de 80.000 animaux errants recensés sur le territoire. Trois espèces d’oiseaux endémiques menacées d’extinction. Des éleveurs démunis face aux attaques de chiens, et des millions d’euros dépensés chaque année pour des actions jugées inefficaces. Pour Éric Ferrere, la situation ne peut plus durer. Dans une tribune, il appelle à un changement radical de méthode : la création d’une Agence Réunionnaise de Lutte contre l’Errance et la Maltraitance Animale (ARLEMA), chargée d’élaborer et de piloter une stratégie à l’échelle de l’île.

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Il rappelle que “chaque jour à La Réunion plus de 50 chiens et chats meurent dans l’indifférence". ""Il ne s’agit plus de gérer, mais de reconstruire un système", clame l’élu du Sud. Le constat est clair : la gouvernance actuelle, morcelée entre intercommunalités aux moyens disparates, ne permet pas à ses yeux de répondre efficacement à l’ampleur du phénomène malgré des moyens conséquents “avec plus de 5 millions d’euros engloutis par les EPCI et l’Etat chaque année dans une gestion qui relève davantage de l’inaction masquée par la bonne conscience que d’une véritable efficacité”. 

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Le projet d’ARLEMA vise à réunir tous les acteurs concernés — collectivités locales, État, associations, professionnels de santé animale, acteurs de la biodiversité, monde agricole — autour d’une politique cohérente, structurée et opérationnelle. 

Eric Ferrere propose la création, dès la fin de cette année, d'une agence publique qui serait chargée de coordonner la lutte contre l'errance et la maltraitance animale.

Dix piliers pour une feuille de route "concrète"

L’agence reposerait sur une feuille de route en dix axes majeurs, conçus pour passer d’une gestion ponctuelle à une stratégie durable et mutualisée :

  1. Fédérer les acteurs : créer un guichet unique pour centraliser l’information, faciliter les démarches, et sortir du cloisonnement institutionnel.
  2. Coordonner une stratégie collective : harmoniser les actions à l’échelle de l’île, notamment les campagnes de stérilisation, et mutualiser les ressources humaines et financières.
  3. Sensibiliser durablement : lancer des campagnes d’information grand public, développer des outils pédagogiques, cibler les jeunes générations, et instaurer un numéro vert dédié.
  4. Faire respecter la loi : renforcer le contrôle de l’identification, de l’abandon et de la détention des animaux dangereux, tout en formant des brigades spécialisées.
  5. Renforcer les moyens humains : mobiliser des équipes dédiées à plein temps, formées, expérimentées, pour un suivi de terrain adapté aux réalités locales.
  6. Optimiser les financements : activer l’ensemble des leviers disponibles – subventions nationales, fonds européens, partenariats privés, mécénat – pour sécuriser les budgets sur le long terme.
  7. Évaluer les politiques publiques : mettre en place un observatoire de l’errance animale, chargé de suivre les indicateurs et d’ajuster les actions en continu.
  8. Former et professionnaliser : proposer des formations techniques, juridiques et éthiques aux agents publics, aux associations et aux éleveurs pour légitimer et structurer leur action.
  9. Innover et expérimenter : s’inspirer des bonnes pratiques à l’international pour tester des dispositifs adaptés au contexte réunionnais, appuyés par un comité scientifique et éthique.
  10. Adapter le cadre légal : faire évoluer la réglementation nationale pour l’ajuster aux spécificités insulaires : densité animale, fragilité des écosystèmes, isolement géographique.

Clarifier la gestion des espèces ensauvagées

La proposition d’Éric Ferrere distingue clairement l’errance animale de la prolifération des espèces ensauvagées — deux réalités liées mais aux logiques différentes. Il appelle à une régulation ciblée, encadrée et non-confondue avec la chasse de loisir. Seules des équipes formées (chasseurs habilités, louvetiers) pourraient intervenir sur les zones les plus sensibles, dans un objectif de protection environnementale, et dans le respect de la règlementation et de la souffrance animale. “A cette souffrance animale s’ajoute un péril écologique grandissant (...) A La Réunion, la biodiversité originelle unique au monde est directement menacée”, alerte le président du Parc national.

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Un appel à la responsabilité collective

La création d’ARLEMA n’est pas pensée comme un projet administratif de plus, mais comme un véritable tournant. L’élu demande qu’une mission de préfiguration soit lancée avant la fin de l’année 2025, pour une mise en œuvre dès 2026.

« L’errance animale n’est pas une fatalité, mais un révélateur de nos défaillances collectives », écrit-il. « Ce combat ne concerne pas uniquement les associations ou les vétérinaires. Il engage l’ensemble de la société réunionnaise. » Au-delà de l’animal, c’est notre rapport au vivant, à la nature et à notre modèle de développement qui est en question pour le maire des Avirons et président du Parc national. 


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